‹ MarcelChapitre 35 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE. W · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. W

terreur. L'âîige! où est l'ange? — On couinait chercher Marcel. Dès qu'il était rentré, elle commençait à se calmer, faisait, tîomme ies enfants, succéder à ses cris de petits gémissements interrompus, puis des soupirs, puis le silence , et finissait par s'endormir en souriant. Elle subissait parfois des crises plus violentes oii il était obligé d'intervenir directement. Prenant ses mains dans une des siennes, il lui ordonnait avec une douce autorité de s'endormir; elle obéissait, mais sans vouloir lâcher la main qu'elle avait saisie ; et Marcel , qui n'eût pu recouvrer sa liberté sans troubler le repos de sa malade , passait quelquefois ainsi des '"heures entières pht-ës- d'elle , le regard fixé sur son visage .

Mais ces attouchements, qui calmaient la

comtesse , jetaient au contraire le jeune

homme dans un trouble profond dont il ne

^se rendait pas compte. Aussitôt qu'il avait

%n moment de libre , il allait se promener

dans le jardin , seul si c'était la nuit, et , si

c'était le jour, avec le commandant, qui passait la plus grande partie de son temps à la Maison-Fleurie.

— Je ne sais vraiment ce que j'ai, disaitil naïvement à son vieil ami, en marchant avec précipitation et en aspirant l'air à grand souffle ; je crois que c'est la fièvre.

— Non, ce n'est pas précisément la fièvre, répondait malicieusement le grognard, je connais ça.

Et, comme Marcel l'interrogeait de ses regards étonnés, il détournait la tète en fredonnant entre ses dents l'air de Ça ira, ça ira.

Vers le commencement de la quatrième nuit^ la fièvre cessa. La comtesse , aussitôt qu'elle eut recouvré ses idées, exprima sa reconnaissance dans les termes les plus vifs et les plus affectueux. Madame Hubert lui répondit en l'embrassant ; Eugénie et Marcel gardèrent le silence , agités d'émotions différentes, mais qu'ils ne s'expliquaient à eux-mêmes ni l'un ni l'autre.

Page 1