PREMIÈRE PARTIE
— A bas! s'écrièrent en même temps Eugénie, blessée de la familiarité que son favori témoignait à Fétrangëre , et Marcel, facile de k voir si incommode.
— Pourquoi donc? répliqua gracieusement la comtesse en retenant ie chien par les pattes : pourquoi à bas? Griffon est aussi mon sauveur ; il me demande , je crois, de l'embrasser, et je n'ai pas le droit de lui refuser cette faveur.
Et elle déposa un baiser sur le museau du chien , qui souffla d'un air d'assentiment et se retira satisfait.
— A la bonne heure ! s'écria M. Jacquin en riant , voilà de la justice; pas de jaloux : le chien est récompensé comme le maître.
Cette fols l'embarras fat plus grand encore que la première , et la comtesse , qui avait compris, perdit tout à fait contenance.
— Commandant, s' écria madame Hubert en se levant avec impatience, vous êtes insupportable.
— Allons donc î répondit-il avec une tran-
qiiillilé narquoise, quel mal y a-l-ila dire à une jolie femme qu'elle a embrassé un joli garçon ? Moscou n'est pas brûlé pour ça .
La comtesse se leva de son côté, et, prenant le bras de madame Hubert, reprit avec elle le chemin du salon.
— J'espère que vous ne m'en voulez pas, chère madame, lui dit-elle avec timidité*
— Moi vous en vouloir , madame ! et de quoi? Vous n'êtes pas responsable des inconvenances de M. Jacquin. Vous avez cédé aux inspirations d'un bon cœur, et vous avez eu raison. Je ne fais que vous en aimer davantage.
— Vous êtes mille fois bonne.
— Eugénie, reprit madame Hubert, donne le bras à madame la comtesse.
— Merci. Je suis déjà assez forte pour marcher seule; je n'ai plus d'autre mal qu'une faim terrible, et, quand j'aurai déjeuné, je ne m'apercevrai plus d'avoir souffert.
Euqénie alla donner l'ordre de servir.