PREMIÈRE PARTIE
laissa aller de toute !a îoîirdeor des gens vieux et gras dans les bras que loi teiid-^/it M. Jacquin. Celui ci eut besoin de tojles ses forces pour ne pas la laisser tomber, et fut obligé de se pencher un momenî en avant. Moment funeste! Tout le poids de la personne portante et de la personne portée se trouva concentré sur un seul point d'appui , et fit entrer comme un pilotis dans la vase la jambe droite du commandant. La base venant à se déplacer de la sorte 5 l'édifice ne tarda pas à chance^^r et finit par s'écrouler tout à fait; ce qui veut dire que le digne maire et la noble voyageuse, victimes, l'un de son dévonement, Fautre de sa confiance, tombèrent ensemble sur le sol humide et fangeux, où ils disparurent a moitié.
Alors s'éleva un quatuor des plus cnrieux. Le commandant exécutait un rou'ement de jurons à effrayer tous les diabies qu'il invoquait, la vieille dame poussait d(^s crisde merlusine, et Agathe et Marcel, fidèles
à ce mauvais instinct de la jeunesse qui s égaie de toutes les chutes et surtout de celles des gens âgés, se livrai(^nt à des éclats de rire homériques. Us riaient encore lorsque déjà les deux victimes , après s'être relevées, avaient gagné la terre ferme. Ce fut M. Jacquin qui mit un terme à cette folle joie en adressant la parole à Marcel :
— Ah çà! dis-moi, quand tu auras fini de rire, tu me rendras mon bateau, j'espère, pour que j'aille me nettoyer. Tu ne t'imagines pas que je m'en vais rester ainsi toute la journée, costumé comme un Fleuve de l'antiquité ? Mille tonnerres ! à mon âge, c'est dur. Je sens la marée au point de m'infecter moi-même, et je crois, le diable m'emporte! que j'ai du poisson pris dans mes poches.
Pendant cet éloquent monologue, les deux jeunes gens s'étaient lestement élancés à terre. Le commandant monta dans la barque et se mit en devoir de s'éloigner.