PREMIÈRE PARTIE
— Adieu, commandant, lui cria malicieusement la jeune femme, et mille remerciements pour votre belle conduite. Ce n'est pas votre faute si cela a mal tourné, et ma tante n'en est pas moins reconnaissante de votre complaisance. N'est-ce pas, ma tante?
— Certainement, fît avec son éternel sourire madame de Terray, qui ne ressemblait pas moins à une Naïade que M. Jacquin à un Fleuve, certainement, je suis fort obligée à monsieur.
— A votre service, madame, repartit le commandant en faisant avec sa casquette un profond salut.
Et, comme l'alliance bizarre de sa politesse cérémonieuse avec sa mine ridicule excitait chez la comtesse une nouvelle explosion de gaieté, il s'en prit à Marcel, qui ne riait plus , et lui dit avec colère :
— Vraiment, Marcel, tu ris comme un imbécile. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle dans tout cela.
9^2 MAHCEL.
Et il s'cloigim à force de rames, maugréant contre l'univers, contre lui-même, et surtout contre la marquise, qu'il traita, Dieu me pardonne! de pécore.
Elle, de son côté, ne le maudissait pas moins, en gravissant, à la suite des deux jeunes gens , le rude sentier qui conduit au château. Pour eux, tout entiers au bonheur de se sentir alertes et libres au milieu d'un magnifique paysage, ils s'en allaient ensemble, sautillant et chantant, comme des oiseaux.
— Quel beau soleil î s'écriait Marcel.
— Quel air pur ! répliquait la comtesse.
— Comme la mer et le ciel sont bleus ! Ils se confondent à l'horizon et ne forment plus qu'une masse d'azur. Ils ont l'air de s'aimer.
— Voyez ces plantes sauvages ! Elles palpitent de joie aux caresses de la lumière, et il semble entendre la sève bouillonner dans leur sein. El ces vigoureuses senteurs qui s'élèvent des buissons ! Cela fortifie et