PREMIÈRE PARTIE
enivre à la fois. Ah ! qu'il Tait bon vivre !
Et ils s'avançaient et s'arrêtaient tour à tour, cueillant une fleur, poursuivant un papillon, aspirant la brise, contemplant l'espace.
La marquise montait péniblement, bien loin derrière eux.
— Oh ! mon Dieu ! disait-elle en soufflant, mon Dieu ! qu'il fait chaud ! quel horrible soleil ! Et ces mouches qui bourdonnent ! Et ce vent qui vous glace par instants ! Quel ennui que la campagne ! Et pourquoi suis -je venue ici?
Triste et éternel contraste ! La vieillesse souffre de tout ce qui réjouit la jeunesse.
On arriva au château. Les ouvriers y étaient encore, ils achevaient d'organiser l'aile droite, la plus rapprochée de la mer. Pour s'y rendre, il fallait passer sous une grande voûte presque en ruines, qui avait autrefois servi de porte au manoir, et traverser une vaste cour, remplie de hautes
herbes et de fleurs sauvages. Il y avait dans ce mélange d'architecture seigneuriale et de nature solitaire une grandeur mélancolique qui contrastait vivement avec la grâce coquette des appartements que l'on venait d'improviser. La noirceur des murs extérieurs prêtait un nouvel éclat à la fraîcheur des tentures, et l'aspect délabré de la forteresse relevait encore l-élégance des meubles. La mode, en touchant du bout de sa baguette ce débris du moyen âge, y avait fait éclore d'un coup toutes les fleurs de la fantaisie moderne.
Marcel, accoutumé à la simphcité de la vie campagnarde, fut ébloui et comme enivré de ce luxe charmant. Identifiant, par une erreur, hélas ! bien commune, la propriété avec la propriétaire, il fit honneur à la comtesse de toute la poésie de son nouvel entourage. Il lui sembla que c'était elle qui avait inventé , créé toutes ces petites merveilles ; et, prenant l'eff^et pour la cause,