PREMIÈRE PARTIE
il crut que c'était l'idole qui embellissait le temple.
Ce luxe produisait d'autant plus d'effet sur lui qu'il n'en paraissait faire aucun sur la comtesse. Où il ne trouvait qu'à admirer, elle ne trouvait souvent qu'à blâmer ; et , tandis qu'il n'imaginait pas de plus déli- "*tîieux séjour, il l'entendait faire des reproches aux ouvriers, et témoigner maints regrets.
— Pourquoi ne m'a-t-on pas envoyé des tapis d'Aubusson? J'ai horreur des moquettes. Cela sent la maison garnie. Voilà des perses qui datent d'une année au moins, peut-être bien de deux. Ces causeuses sont d'une forme ostrogothe, en vérité. Pourquoi cela?
— Madame la comtesse, répondait humblement le maître tapissier, avait demandé quelque chose de simple.
— Oui, mais quelque chose de convenable.
— Que madame la comtesse veuille bien
m'excuser ! Mais j'ai ëlé pris à l'improviste ; il a l'alhi apporter tout cela dans la nuit ménn^5 et nous n'avons pas les mêmes ressources qu'à Paris.
— C'est juste, reprit-elle en souriant, et je vous remercie toujours du zèle que vous y avez mis. Voyojis au moins si les sièges sont bons.
Et, pour ies essayer, elle se mit à sauter dessus à pieds joints. Marcel était ébahi. Il n'aurait pas osé seulement s'y asseoir.
— Et le piano, s'écria-t-elle tout d'un coup, est-il arrivé?
— Il est dans le boudoir de madame.
— Très-bien ! monsieur Marcel, voulezvous que nous allions l'essayer?
Sans attendre sa réponse, elle entra dans le boudoir^ dont un ouvrier venait de lui ouvrir la porte. Marcel l'y suivit. Il la trouva déjà assise et préludant.
— Les sons ne m'en paraissent pas mauvais, qu'en dites- vous? Vous êtes musicien, n'est-ce pas ?