‹ MarcelChapitre 45 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— Un peu, madame.

— Ayez donc la bonté de voir s'il est d'accord, pendant que j'irai donner un coup d'œil a ma garde-robe, que j'ai envoyée ici ce matin.

Elle s'enfuit, emportant un des pots de fleurs dont on avait eu soin de garnir le boudoir.

Marcel s'assit machinalement à la place qu'elle venait de quitter, et, pour lui obéir, se mit à promener au hasard ses doigts sur le clavier ; car son âme était ailleurs. Où ? il ne le savait pas lui-même. Il sentait tout son être bouleversé, non-seulement à l'aspecl, mais encore à la pensée de cette femme étrange, si grande dame et si bonne enfant^ qui apportait à toutes choses à la fois tant d'audace, de fougue, d'imprévu et d'abandon. En montant la côte, il avait vu éclater dans toutes ses paroles, dans tous ses gestes^ une admiration enthousiaste de la nature. En passant soas la voûte et dans la grande cour du château, elle avait pâli, en prome-

nanl autour d'elle des regards rêveurs ; et, a peine entrée dans son nouvel appartement, elle avait repris son caractère mutin et son humeur pétulante.

Était-ce une femme ou un sylphe qu'il avait devant les yeux? Quant à un ange ou a un démon, il n'y pensait pas. Les habitants du ciel ne s'étaient jamais présentés à lui sous cette apparence turbulente et mobile , et il n'avait pas assez vécu pour croire qu'une nature diabolique put revêtir une belle enveloppe.

Perdu dans le trouble de ses pensées, il avait depuis long-temps cessé de faire résonner les notes du piano, et, la tête tournée vers la porte par laquelle avait disparu la comtesse, il attendait son retour.

— Eh bien ! dit tout à coup à son oreille une voix vibrante, pourquoi n'avez-vous pas continué à jouer ?

Il se retourna vivement et aperçut debout, derrière lui, la comtesse vêtue d'une robe blanche légèrement décolletée, avec

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