PREMIÈRE PARTIE
les bras nus et des fleurs dans les cheveux. Il était tellement absorbé, qu'il ne l'avait pas entendue entrer par une autre porte et s'avancer sur le tapis. En la voyant apparaître tout à coup si gracieusement parée, si fantastiquement belle, il eut le vertige et ne put trouver un seul mot. Elle reprit :
— C'est dommage; j'étais enchantée de m'habiller en écoutant la musique. — Allons, puisque vous ne voulez rien foire, cédez-moi la place , paresseux.
Et , de sa jolie main , elie lui poussa légèrement l'épaule. Cooime s'il eût obéi à l'impulsion d'une force toute -puissante, il suivit le mouvement qui lui était imprimé et s'en alla tomber plutôt que s'asseoir sur une ottomane, à l'autre bout du boudoir. Elle commença à préluder.
— Aimez-vous Schubert, monsieur Marcel?
— Je ne le connais pas , madame , murmura t il.
— \'ous ne le connaissez pas ! Vous êtes
un vrai sauvage. Ne pas connaître Schubert, ce roi de la mélodie, qui a si bien compris et rendu tous les sentiments , tout^ les passions! qui a une plainte pour toutes les douleurs de l'âme et un chant pour toutes ses joies ! Quant à moi , c'est mon musicien favori. Il y a surtout la Sérénade dont je suis folle : cela parle à la fois au cœur et aux...
Elle n'acheva pas sa phrase et reprit vivement :
— Tenez , je vous en fais juge.
De cette même voix qui, en éclatant tout à coup au milieu du silence de la nuit, avait si délicieusement ému Marcel , elle se mit à chanter la Sérénade. Tout ce que cette divine canlilëne renferme de désirs voilés, de tendresses ineffables, de délirantes espérances, elle le fit sentir, voir, presque toucher du doigt à Marcel , tant elle interprétait habilement la pensée du maître.
Un moment de silence suivit le chant, silence plein d'émotions et de dangers ! Ce