PREMIÈRE PARTIE
l'ut la comtesse qui le rompit la première.
— Eh bien! qu'eu dites -vous? iîl elle sans se retourner.
Le pauvre jeune homme ne répondit que par des larmes. Elle ies devina sans les voir, et, pour lui en ôter l'embarras, elle se mit à exécuter des variations briilaoîes qui lui donnèrent à la fois le temps et le moyen de se calmer.
— N'est-ce pas, reprit-elle au bout de quelques instants en continuant ses gammes , n'est-ce pas que c'est beau?
— Bien beau , répondit Marcel , à qui les paroles manquaient pour peindre son admiration.
— Voulez-vous qae je vous l'apprenne?
— A moi?
— Eh ! sans doute, à vous.
• —Oh! merci. Mais je ne pourrai jamais chanter cela, moi.
— Pourquoi?
-^ Parce que...
Parce que j'en mourrais, allait-il s'écrier;
mais il s'arrêta, u'osanl achever sa pensée. En ce moment, madame de ïerray entra en disant :
— Veux-tu venir, ma toute belle? Le dîner est prêt, et la soupe va refroidir.
— Voulez-vous nous l'aire le plaisir de rester à dîner avec nous, monsieur Marcel? dit la comtesse.
— Merci , madame , répondit-il en courant à la fenêtre pour regarder le soleil ; mais il est au moins six heures, et ma mère va être inquiète. Déjà six heures! comme le temps passe rapidement ! Il faut que je coure bien vite. Mon Dieu, que lui dirai-je, a ma mère, pour m'excuser?
— Que vous teniez compagnie à sa malade, et elle vous pardonnera bien vite. Présentez-lui, je vous prie, tous mes respects, et vous, promettez-moi de venir me voir. Je vous dois trop pour n'avoir pas besoin de vous dire souvent que je suis reconnaissante. Et maintenant une poignée de main , à l'anglaise.