PREMIÈRE PARTIE
Elle tendit sa main à Marcel, qui l'effleura en rougissant de la sienne et s'enfuit sans ajouter un mot.
— Je t'assure , ma petite , dit la marquise , que le potage ne sera plus mangeable. Un potage gras surtout! quand ce n'est pas brûlant , adieu.
En rentrant à la Maison-Fleurie, Marcel trouva, comme il l'avait prévu, sa tante et sa cousine qui l'attendaient avec inquiétude.
— D'où viens-tu donc si tard , mon enfant? lui dit madame Hubert.
— Je viens de me promener à cheval avec le commandant , répondit-il.
Madame Hubert fut dupe de ce mensonge.
Comment ne pas croire celui qu'on sait ne jamais mentir? Mais il n'en pouvait être ainsi d'Eugénie. En parcourant le jardin pour apercevoir Marcel , elle avait , deux ou trois heures auparavant, vu M. Jacquin débarquer seul de son bateau. Elle laissa toutefois , suivant son habitude de réserve,
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passer l'assertion de son cousin , sans dire un mot, sans faire un geste d eioiinenient. Pendant ce temps, au château , les deux dames achevaient de dîner. Le valet de chambre, après avoir disposé le dessert, reçut de la marquise l'ordre de se retirer. Il allait obéir , lorsqu'elle se ravisa.
— Attendez , Frédéric ; j'ai quelque chose à vous dire. Rappelez-vous bien une fois pour toutes que l'acier donne mauvais goût aux fruits, et ne manquez pas désormais de nous donner les couteaux d'argent au dessert.
Frédéric répara son oubli et sortit.
— Ça, maintenant, reprit la vieille dame, en se mettant à peler avec précaution une magnifique pêche d'espalier, maintenant, mignonne, parlons un peu raison. Que comptes-tu faire de ce petit bonhomme?
— De qui voulez-vous parler , ma tante ? dit la comtesse d'un ton sérieux.
— Eh ! de ce monsieur Marcel donc ! Il t'a tirée de l'eau , — en cela plus adroit et