PREMIÈRE PARTIE. 4M
sentiment tout à fait involontaire, tout à fait indépendant des convenances sociales et des calculs diplomatiques. La seule chose qui puisse, selon moi, en arrêter l'expansion, c'est le devoir. Si j'avais le malheur de ressentir pour un autre que mon mari un sentiment de ce genre, sachant ce que je me dois à moi-même, je saurais aussi mettre d'un même coup mon cœur à l'abri d'un penchant criminel et mon honneur à couvert de tout danger. Vous pouvez donc vous rassurer et vous en rapporter k moi, qui, sans avoir votre expérience, ne suis plus une enfant, du soin de mon avenir.
— Mon Dieu, ma toute belle , reprit la marquise d'une voix d'autant plus douce que ses paroles allaient devenir amères, je ne mets pas un seul moment en doute la bonté de tes principes et la force de tes résolutions ; mais, comme dit l'Écriture, si l'esprit est fort, la chair est faible. Personne n'est sûr de soi, tu ie sais bien. Il y a quelques années, quand tu étais encore demoiselle, tu
Ul MARCEL.
n'avais pas des principes moins excellents ni des résolutions moins fortes, et cependant...
— Eh bien! si aujourd'hui, comme alors, interrompit avec vivacité la comtesse, qui avait légèrement pâli, les événements, plus forts que ma volonté, trompaient mes espérances, je saurais, comme alors, ne demander protection qu'à moi-même. Et comme votre prudence vous met toujours ostensiblement en dehors de toute action, elle vous dégage naturellement de toute responsabilité. Du reste, je n'entends en aucune façon compromettre cette tranquillité d'âme et de corps à laquelle vous attachez tant de prix. Si vous avez quelque inquiétude àmon égard, il vous est bien aisé de vous en délivrer. A tort ou à raison, j'ai résolu de passer ici le reste de la belle saison; mais vous n'êtes pas forcée d'en faire autant. Je vous suis infiniment obligée de la peine que vous avez prise de venir me chaperonner jusque dans ce désert, comme vous dites; mais je ne veux