PREMIÈRE PARTIE
D'un homme il fait im dieu. Éphémère divinité que réclame déjà le néant ! Horizon trompeur, menteuses images, qu'emportera, comme la fantastique décoration d'un nuage, le premier souffle du vent ! Vains fantômes de bonheur qui ne tarderont pas à se perdre dans les lueurs douteuses du matin ! Sommets inaccessibles, frais cristal des fontaines inconnues, tout s'évanouira d'un coup pour nous laisser retomber dans les misères de la réalité, plus captifs, plus enfouis, plus altérés que jamais. N'importe. Revenu à la dure vérité, l'homme se rappellera sans cesse les riants mensonges de son délire, toujours prêt à en chercher le retour dans une nouvelle ivresse, jusqu'à ce qu'il aille ensevelir à la fois ses regrets et ses désirs dans l'éternel sommeil de la mort.
Mais il est des conditions plus ou moins favorables à l'amour. Il varie dans la rapidité de son développement et dans l'intensité de ses manifestations, suivant l'âge , la
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position et le caractère des individus. Les natures calmes ressemblent à ces lacs profonds dont les eaux ne s'échauffent qu'avec lenteur aux rayons du soleil. Elles déroulent un a un les replis de leur cœur , parcourent successivement tous l s degrés de Faffection, et n'arrivent à la passion que par le chemin de l'habitude. Quant à ceux qui ont déjà subi les épreuves de l'initiation, éclairés par l'expérience , ils ne s'engagent qu'avec circonspection dans des tentatives dont ils connaissent les difficultés et les périls. Sachant bien que l'amour est un combat, ils examinent minutieusement les accidents du terrain, calculent les forces de l'adversaire, et n'entament la lutte qu'après en avoir pesé toutes les chances. Beaucoup sont retenus ou gênés par les entraves matérielles. Les uns, obligés de plier la nature au joug de la société, ne peuvent donner au plaisir que ce que leur laissent les affaires, et se font les tyrans de leur cœur parce qu'ils sont les esclaves de leur position ; les