‹ MarcelChapitre 59 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l'agitation, aiguillonnez sans cesse votrp défiance, cultivez la jalousie con^m^ ^n^ plante rare , et qui , après vous être dévoré en tourments insensés, après vous être dé" pouillé, aux yeux de l'être dont vous vouliez rester l'idole , de tous les attraits qpi faisaient votre grandeur et son enthousiasme , après lui avoir donné le long spectacle de vos avilissants soupçons et de yojs impuissantes colères, finissez toujours par étrangler votre bonheur de vos propres mains.

Autant les villes sont contraires au développement de l'amour et mortelles à sa durée, autant la campagne est favorable ^t salutaire. On dirait que, comme une fleur des champs , il a besoin pour prospérer de la vue du ciel et du grand air de la solitude. Là, point d'entraves, point de pièges; nulle barrière qui vous force d'attendre; nulle voix qui vous crie : Arrête! L'instinct vous mène à sa guise à travers des espaces sans

Mmites. Jamais de distractions qui vous dé-

tournent (le votre pensée ; jamais d'incidents qui diminuent, en la partageant, la longueur des journées. On s'étudie , on se connaît mieux en trois jours à la campagne qu'en trois mois à la ville. On ne se cherche pas sans se rencontrer; on se rencontre sans se chercher. On est souvent deux, souvent seul, rarement plusieurs. On a le temps de parler; on a le droit de se taire. Le cœur, livré à lui-même , n'obéit qu'à sa fantaisie , tantôt se repliant jusque dans ses dernières profondeurs, tantôt se déroulant à loisir, comme une couleuvre au soleil, actif jusque dans son repos. Tout conspire contre son inertie. Partout autour de vous la vie déborde à grands flots, vous envahit, vous entraîne, et vous force à vivre quand même. L'oiseau chante ses amours sous la feuillée ; l'insecte murmure , dans le sein des fleurs dont il boit les parfums, un voluptueux bourdonnement; le ruisseau promène sur les cailloux de son lit l'incessante caresse de ses ondes ; la brise s'endort en soupirant

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