‹ MarcelChapitre 60 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dans les rameaux frémissants; la terre s'embrase aux ardents baisers du soleil ou sourit mystérieusement aux regards des étoiles; la nature tout entière, éprise de sa beauté, semble s'adorer elle-même dans son harmonieuse variété , et vous invite , par le magnétisme de son exemple, à compléter votre existence en la doublant.

Aussi est-il presque impossible à un homme bien organisé de passer huit jours à la campagne sans devenir amoureux. Marcel était dans les meilleures conditions pour obéir à la fatalité de sa situation. Jeune, ardent, naïf, naturellement affectueux, il ressentit bien vite pour la comtesse une passion d'autant plus profonde qu'il ne s'en rendait pas compte, et s'y livra avec toute la fougue d'une âme vierge.

Une seule chose eût pu l'arrêter ^ l'idée qu'il affligerait sa famille en aimant une étrangère. Mais rien de semblable ne se présentait à son esprit. D abord il ne savait même pas qu'il aimait. Il se sentait bien

^^t MARCEL.

agité d'un ^rouble inconnu , mais il n'en devinait ni la cause ni la portée ; il s'apercev^jt bien que tout changeait d'aspect à ses yeux et qu'une nouvelle lumière transformait pour lui tous les objets , mais il ignorait le nom du prisme, et n'en soupçonnait pas même l'existence. On ne peut reconnaître que ce que l'on connaît déjà; et, dans cette chaste maison où s'était écoulée sa vie, c'est à peine s'il avait jamais entendu prononcer le mot d'amour. Sainte et dangereuse ignorance !

L'avertissement ne pouvait donc pas lui venir de lui-même. Des autres, pas davantage.

Madame Hubert, qui avait vécu en chrétienne des premiers âges, n'avait aucune idée du danger des tentations et de la puissance des passions. Chargée de la direction de deux jeunes âmes, elle était comme un novice placé au gouvernail d'une barque sans avoir jamais auparavant quitté la terre. Rien ne lui avait appris à distinguer les

pREMiÈàfe Partie. ih

i^ij^ridptômes précurseur.^ des ôrageé. Instinctivement effrayée de la corruption des Villes, elle croyait avdir rempli tous les deVoii^S de

'h. prudéiice ëii abritant darié là solitude lés chèrs objets de sa sollicitude matèriïelfé , et, pei-sualdëe qu'elle leur avait donné une iett'aite inexpugnable, se reposait sur la force de leur position dû sditi de leut* salut. Là pensée ne lui vint pas de surveiller Martel, et la présence de là cortitessë né Ihi iîiSpirà pas mi instàht la pliis légère inqiïietilde. ^ • -"'^^

Pour Eugénie , Marcef H'^' i'étâit jâUSîs figuré qu'il pût l'aimer d'ahioùr. C'était pour lui une sœur : ce n'était pas unefehfïrfïe. Elle, de son côté, ne i^:i iivait jarriaîs ïéiiidigué (|A'uiié aii'ection frateriïtrré'j éVli'Àvait laissé soapçi^nner à personne qu'elle ne p:^r-

' iàgeât pâé le calme et la naïveté de son cmiëin. Il est vrai que les femmes sont en ce point, comme en bien d'autres, plus précoces qtie les hommes. La délicatesse de

^ tèur organisation leur donne une sorte d'ih

tuilion divinatoire , et l'habitude de se replier sur elles-mêmes leur fait découvrir au fond de leur cœur, qu'elles scrutent sans cesse, le trésor d'une science innée. Mais si Eugénie était douée de la seconde vue , elle en gardait les révélations pour elle seule. Un exquis sentiment de pudeur lui faisait voiler à tous les yeux les mouvements secrets de son âme. Elle était d'ailleurs trop fière pour se plaindre des souffrances qu'on lui eût causées , et pour demander jamais grâce. Une seule personne eût pu lire dans sa pensée, suivre la trace des ravages intérieurs qui s'y pouvaient produire, et avertir l^arcel du danger de sa conduite : c'était l'abbé Pascal. Mais il était absent.

Quant au commandant, qui se trouvait souvent en tiers dans les relations du jeune homme avec la comtesse, il se disait à part lui qu'il y avait quelque anguille sous roche, et que son petit officier était en train de faire ses premières armes. Mais, habitué à regarder les affaires de femmes comme

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