PREMIÈRE PARTIE
mit à les donner en augmenta rapidement le nombre ; de sorte qu'à force d'activité, de persévérance et d'économie, elle mit sa petite famille au-dessus du besoin, et bientôt après dans une sorte d'aisance. Tous les moments qui n'étaient pas employés au la beur quotidien, elle les consacrait à Eugénie et à Marcel, qui grandissaient ensemble, tranquilles et souriants, sans se souvenir du passé, sans s'inquiéter de l'avenir. Sa plus grande fête était de les mener aux Tuileries le dimanche, pendant la belle saison. Là, heureuse de leur joie, fière de leur beauté, elle les contemplait avec une ivresse à peine contenue, pendant que^ semblables à de jeunes épagneuls en gaieté, ils remplissaient les allées de leurs courses fantasques et de leurs cris triomphants.
Cet état de choses dura quelques années, au bout desquelles arriva un héritage inattendu. Madame Hubert se trouva maîtresse de soixante mille francs. Son parti fut pris sur-le-champ. Ses malheurs lui avaient ins-
pire contre Paris une horreur presque superstitieuse; et^ se voyant libre de choisir son genre de vie, elle résolut de soustraire à jamais ses enfants à tous les dangers, à toutes les inquiétudes, à toutes les misères des villes.
C'était le temps de la guerre d'Espagne , sous la Restauration. Le cours des fonds publics avait beaucoup baissé. Madame Hubert, qui avait le bon sens de croire à la fortune de la France, acheta pour moins de cinquante mille francs une inscription de trois mille francs de rente. Elle trouvait à ce marché le double avantage de toucher de forts intérêts, sans compromettre son capital, et d'éviter les difficultés, toujours si grandes pour une femme, que présente l'administration d'une propriété quelconque.
Après avoir réglé toutes ses affaires à Paris, elle partit pour la Bretagne, son pays natal, décidée à s'y fixer. Dès les premiers jours de son arrivée, ayant appris la mise