PREMIERE PARTIE. a
en vente d'un petit bien situé sur le bord de la mer, à moitié chemin de Saint-Servan et de Saint-Brieuc, elle partit pour Kadoré. Également enchantée de l'isolement de la contrée, de la beauté du paysage et du caractère paisible des habitants , elle acheta lefcien, fit réparer la maison, la meubla avec une élégante simplicité, et s'y installa avec sa famille. Elle prit dans le village, pour la servir, un pauvre paysan et sa femme qui n'avaient pas d'enfants. Le mari fut chargé de la grosse besogne et du jardinage ; la femme, de la cuisine et de tous les ouvrages domestiques.
Une fois ces arrangements pris, la jeune veuve ne s'occupa plus que de réaliseï* l'avenir qu'elle avait rêvé. Heureuse de voir ses enfants, désormais à l'abri du besoin, développer leurs forces et affermir leur santé au milieu d'un air pur , au sein d'habitudes régulières, elle s'attacha uniquement à diriger de son mieux leurs idées et leurs sentiments. Sans négliger leur instruc-
lion, qu'elle espérait rendre sulfisanle en leur apprenant tout ce qu'elle savait, elle s'occupa surtout de leur éducation morale. Elle lâcha de leur inspirer son goût pour la solitude et la tranquillité, combattit courageusement en eux tous les penchants frivoles, et chercha à déraciner tout germe d'ambition, de vanité ou d'égoïsme. Grâce à un heureux concours de circonstances, elle réussit à merveille. L'aimable naturel des enfants se prêtait facilement aux nobles efforts de la mère, et leurs cœurs se remplissaient, se nourrissaient de ces bons principes, présentés avec tout le charme de l'affection , avec toute l'autorité des beaux exemples.
Madame Hubert eût été au comble de ses vœux , si elle n'avait reconnu dans ces deux jeunes créatures, objet de sa sollicitude, des tendances inquiétantes pour leur bonheur, et d'autant plus difficiles h réprimer que, loin d'être vicieuses, elles semblaient plutôt l'excès de bonnes qualités.