PREMIÈRE PARTIE. 'U
Dans les moments les plus difficiles, dans les endroits les plus sombre§, la comtesse était obligée de s* appuyer davantage sur lui. Quelquefois un des dogues commis à h garde du village se mettait brusquement à aboyer tout près d'elle ; cédant , malgré son courage, à la terreur du premier moment , elle se serrait contre son guide , qui sentait son sein battre contre sa poitrine et ses cheveux effleurer les siens. Alors, frappé d'une sorte de vertige , il voyait tout tourner autour de lui. Son sang refluait tumultueusement vers son cœur, ses oreilles bourdonnaient, ses yeux se fermaient, ses jambes tremblantes se dérobaient sous lui; et plus d'une fois il serait tombé évanoui si Agathe ne l'eût soutenu à son tour. Mais, quand elle lui demandait ce qu'il avait, honteux de sa faiblesse , il rappelait toute sa force , et, sans répondre, il reprenait sa marche. Elle n'insistait pas ; et ils arrivaient souvent à la porte du château sans avoir échangé une parole. -^Içjjs seulement ils se repar-
m MARCEL.
laient pour se dire bonsoir et à demain. Puis, la comtesse rentrait chez elle, précédée du domestique qui l'attendait chaque soir avec une lanterne. Pour Marcel, remis de l'excès de son émotion, tout entier à la joie que lui inspirait l'espoir du lendemain, il redevenait enfant en se retrouvant seul , et s'élançait vers la Maison -Fleurie , gambadant comme un jeune chevreau, poussant des cris de triomphe^ le cœur palpitant, la tête en feu. Le fidèle Griffon, qui accompagnait tous les pas de son jeune maître , se croyant provoqué par ses turbulentes manifestations, y répondait aussitôt par des bonds désordonnés et des aboiements formidables. C'est ainsi que les deux amis parcouraient le chemin du retour.
Quinze jours environ se passèrent de la sorte.
Un soir on se sépara, après être convenu d'une partie de pêche pour le lendemain.
Le lendemain matin, en effet, tout le monde était réuni à la Maison-Fleurie. La