‹ MarcelChapitre 66 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE. /I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. /I

parvenu au sâbie , que Marcel, précédé de Griffon, arriva portant a la main le chapeau d'Eugénîè et sur Tëpaiile le lourd bagage de ses filets. Il était vêtu d'un costume de matelot, pantalon et chemise de laine bleue ; un bonnet de laine rouge était gracieusement posé sur ses cheveux bouclés.

— Ma foi! lui dit Agathe, cela vous va bien de conseiller la prudence aux autres. Voilà une coiffure qoi vous donnera beaucoup d'ombre et de fraîcheur.

— Oh! moi, répondit-il, c'est différent; je suis dur : l'eau, le vent et le soleil me connaissent ; ce sont mes amis ; ils ne me font jamais de mal.

Et, comme pour prouver ce qu'il avançait, il ôta ses souliers, qu'il fourra dans ses filets, releva son pantalon, et, pieds et jambes nus, il se mit à courir sur le sable. Il prit ainsi la tête de la colonne, qu'il commença bientôt à laisser en arrière.

— Marcel! s'écria la comtesse, attendeznous donc.

— Marcel tout court ! déjà ! dit le commandant à demi-voix. Tiens! tiens! tiens!

Elle s'aperçut de son étourderie, et, s'adressant à madame Hubert, à qui elle demandait toujours protection contre les attaques de M. Jacquin :

— Excusez-moi, madame, pour la liberté que je prends envers votre fils ; mais je ne peux m'empêcher de le considérer comme un enfant, et c'est pour cela que je le traite si familièrement.

— Vous avez raison, répondit madame Hubert; c'est un privilège qui appartient, sinon à votre âge , du moins à votre position.

— Un enfant! un enfant! grommelait en riant le vieux militaire, un enfant qui...

— Ah! des coquillages! s'écria Agathe, heureuse d'échapper aux gênants commentaires de son compagnon, et, lui quittant le bras, elle se mit à ramasser quelques-uns de ces mollusques acéphales que l'on trouve répandus sur les rivages de la Bretagne,

— Ils sont bons là, les coquillages! se disait à part lui le commandant : des ricardeaux, des ormets, des oursins, des fuseaux, un tas de vilaines bêtes qui ne sont bonnes à rien, pas même à manger. Voilà la première fois qu'ils auront servi à quelque chose.

Le temps était magnifique. Un soleil radieux montait joyeusement au milieu d'un ciel sans nuages. La falaise de droite étalait sa grande ombre sur le tapis doré de la grève, tandis que la gauche^ inondée de lumière, détachait aux regards les moindres accidents de ses masses rocheuses. Une légère brise nord-est, toute chargée des parfums salés de la haute mer, venait rafraîchir l'atmosphère, qui commençait déjà à s'échauffer. Les promeneurs s'avançaient gaiement vers le rivage, s'arrêtant parfois, les uns pour attraper des crabes qui couraient dans les mares, les autres pour faire collection de ces coquillages qui excitaient les dédains du commandant.

\^m ^' XiARCEL.

• Ils atteignirent bientôt l'extrémité de la baie. Alors un sublime spectacle s'offrit a leurs yeux. L'horizon, n'étant plus borné par les falaises, se déployait dans toute son immensité. En face, l'immobile azur de l'Océan semblait dormir sous la voûte limpide du ciel, oii le soleil se balançait comme une lampe d'or suspendue par une chaîne invisible. A gauche, à une distance de plusieurs lieues, le cap Fréhel s'avançait dans la mer, semblable à un géant gardien de la terre. A droite, les côtes de la Bretagne, s'égarant à perte de vue en longues ondulations, semblaient chercher dans la brume lumineuse les côtes lointaines de la Normandie.

L'amour de la nature a cela de suprême qu'il ne se lasse et ne s'assouvit jamais. Quoique, à l'exception d'une seule, toutes les personnes présentes fussent accoutumées à la vue de ces magnificences, aucune n'y resta insensible. Une émotion profonde s'empara de tous les cœurs. Les grandes

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