PREMIERE PARTIE. A'é
admirations sont silencieuses : pas une parole ne fut prononcée. Agathe regardait devant elle, les bras croisés sur la poitrine, les yeux fixes, immobile et comme ravie en extase. Marcel , placé un peu en arrière d'elle, la contemplait en même temps que l'horizon, comme s'il eût voulu réunir dans le même regard, dans la même pensée, ses deux enthousiasmes, identifier la nature entière avec son idole, faire converger vers un seul point tous les rayonnements de son être, répandre sur un seul objet tous les transports de son âme. Eugénie et sa mère se serraient doucement la main en attachant sur le ciel leurs yeux pleins de larmes. Il n'était pas jusqu'au commandant dont le mâle visage n'eût pris une expression re^ cueillie et presque rêveuse. Quant à ïvon et à Perrine, agenouillés à quelques pas en arrière de leurs maîtres, ils élevaient vers Dieu le pieux hommage de leur foi naïve, et le remerciaient instinctivement d'avoir
mis à la portée de tous ses enfants les merveilleuses beautés de la création.
Mais la déplorable infirmité de notre nature ne permet pas la durée des grandes impressions. Notre âme ploie vite sous le poids des hautes contemplations, et, facilement fatiguée de ses excursions dans l'infini, sent bientôt , comme un oiseau épuisé par un vol trop rapide, le besoin de replier ses ailes appesanties, et de se reposer dans les bas-fonds de la réalité. Nous tentons éternellement le voyage des cieux, et, semblables à ce géant, symbole antique de notre misère, nous avons sans cesse besoin de toucher la terre pour retrouver nos forces.
Ce fut Agathe, dont les émotions plus vives s'émoussaient aussi plus promptement, qui rompit la première le silence.
— Ah ! que c'est beau ! s'écria-t-elle, mon Dieu ! que c'est beau ! 11 faut que je voie plus loin encore.
Et, se retournant vers la falaise de droite, elle s'élança en courant dans un sentier de