PREMIÈRE PARTIE. m
(lait un profond silence pour ne pas effaroucher le poisson.
Les deux pêcheurs avançaient lentement, arrêtés à la fois par la résistance de l'eau et par la pesanteur des filets déployés. Madame Hubert, Eugénie et Perrine, assises; i^ur Ip. sable à quelques pas de la mer, reg2^rdaient avec la tranquillité de gens accoutumés à un pareil spectacle. Agathe-^ au contraire, s'approchait tellement du bord qu'elle était; obligée de reculer précipitamment à chaque lame qui déferlait. LcC commandant, debout près d'elle , s'amusait tantôt à la railler de ses frayeurs , tantôt à inquiéter Marcel par des mouvements de tête décourageants, cherchant à lui faire croire qu'il se donnait toute cette peine en vain et qu'il n'amènerait rien. Celui-ci fixait siu* l'eau des regards scrutateurs et suivait avec anxiété les mouvements de ses filets, comme si son honneur eût dépendu du résultat. Pour Ivon, il faisait sa besogne du moment comme il en eût fait une autre,
avec un sang-froid imperturbable. L'incertitude ne fut pas de longue durée . Quelques poissons bondirent coup sur coup à la surface de l'eau. Marcel poussa un cri de triomphe et se mit à tirer avec plus d'ardeur que jamais. La comtesse battit des mains , en sautant de joie. M. Jacquin lui-même quitta aussitôt son air de raillerie et montra clairement qu'il ne prenait pas moins d'intérêt au succès de la pêche.
— Hurrah ! s'écria-t-il en aofitant sa casquette avec transport. Courage, Ivon ! En avant, mon garçon j en avant, sacrebleu ! Le poisson va s'échapper de ton côté.
Et comme celui-ci continuait à s'avancer à pas comptés, ni plus ni moins vite qu'auparavant , le bouillant grognard , cédant à son impatience, entra dans l'eau jusqu'aux genoux, et se mit à tirer avec tant de vigueur qu'il manqua tomber en arrière et entraîner Ivon dans sa chute.
La pêche avait été véritablement heureuse. Des maquereaux, des éperlans, deux