PREMIÈRE PARTIE. nU
lieux et un magnifique bar, escortés d'une foule de petits poissons, se débattaient sur le sable ou dans les filets. La victoire une fois remportée^ on s'occupa de ramasser les prisonniers. Les trois hommes, qui en* avaient Thabitude, y réussirent lestement. Agathe voulut s'en mêler aussi ; mais à peine avait-elle saisi un poisson que, effrayée de sa résistance, elle le laissait tomber en poussant des cris d'effroi. Quand on eut fait le choix/ on rejeta le fretin dans la mer.
— Petit poisson deviendra grand, di^ solennellement M. Jacquin, en rendant là liberté à un imperceptible caplan.
Il avait l'habitude, commune à presque tous les gens qui savent peu de chose, de citer à tort et à travers le peu qu'il savait.
Puis on s'occupa du déjeuner.
M. Jacquin, qui était gastronome, ne voulut céder à personne le soin important de présider aux opérations culinaires. Il plaça lui-même la marmite dans une position favorable, comme un héros d'Homère,
çit fit en même temps préparer le poisson par Perrino et allumer le feu par Ivon. Puis il mesura exactement la quantité d'eau de mer nécessaire, y mêla des herbes aromatiques, y jeta le poisson , et fît bouillir le tout, la montre ^ la main. ^^
Le moment venu : ^
— Mettez le couvert, cria-t-ilavec autant d'autorité qu'il j^ûf commandé le feu dans une bataille. nnhur.u' 'h
On obéit pron^ptemej^l à $on ordre, Tp^^^ le service, qui se composait pour chacun d'une assiette, d'un couteau, d'une fourchette et d'un verre, fut tiré d'un grand panier plein de paille et rangé en un clin d'œilsur le sable qui servait de table. Deux bouteilles de bordeaux furent débouchées ; le poisson, servi dans la marmite même, fut déclaré excellent, à la grande satisfaction de M. Jacquin. ,, , , . V
— Je demande, dit celui-ci en élevant son verre , que des actions de grâces soient votées au cuisinier.