PREMIÈRE PARTIE
— Adopté, répondit Agathe, mais à condition que le même tribut de reconnaissance sera auparavant payé au pêcheur, première cause de notre bien-être.
Une vive discussion s'engagea entre le commandant, qui soutenait ses prétentions à la priorité, et la comtesse, qui faisait valoir les droits de Marcel. Celui-ci crut devoir intervenir.
— Pour mettre tout le monde d'accord , dit-il, je propose de boire d'abord à la santé de madame Agathe, dont la présence a porté bonheur à notre pêche.
Et il approcha son verre de ses lèvres; tout le monde imita son exemple en por^ tant la santé de la comtesse. Celle-ci voulut faire honneur au toast et chercha partout son verre, mais inutilement; M. Jacquin s'aperçut de son embarras et ne manqua pas d'en profiter.
— Ah ! vous pourrez le chercher longtemps, votre verre, fit-il en ricanant; ne
voyez-vous pas que M. Marcel s'en est emparé?
— Moi? répondit vivement celui-ci , devenu rouge comme une cerise : je....
Mais il ne put continuer : en baissant les yeux, il venait d'apercevoir, devant lui, près de son assiette, son verre à moitié vide; la comtesse vint à son secours.
— Puisque vous vous êtes emparé du mien, dit-elle en riant, il est juste que je prenne le vôtre ; je ne dois pas souffrir de vos distractions.
Et elle porta la main sur le verre de Marcel. Celui-ci eut Fadorable maladresse de vouloir Pen empêcher,
— C'est que, répliqua-t-il avec hésitation, c'est que...
— Eh bien, quoi? fit Agathe en fixant sur lui des regards tendrement railleurs.
— J'ai déjà bu dans le mien.
-^ Que voulez- vous que j'y fasse? je ne puis cependant pas me laisser mourir de soif pour vos beaux yeux.