PREMIÈRE PARTIE. >I
Et elle acheva résolument de vider le verre que Marcel avait commencé. Le jeune homme, en proie à un trouble étrange où la honte se mêlait à la joie, n'osa plus lever les yeux ni ouvrir la bouche. La comtesse eut pitié de cet embarras, dont elle était la cause , et chercha à porter l'attention d'un autre côté.
— Ça, mon cher commandant, maintenant que vous nous avez montré vos talents comme cuisinier, il vous reste à faire vos preuves comme chasseur ; voilà ces grands oiseaux de mer qui reviennent encore planer au-dessus de nos têtes comme pour vous insulter.
— Oui-dà ! répliqua M. Jacquin en se levant : eh bien ! vous allez voir quelles leçons je donne à ceux qui ont l'air de se moquer de moi; regardez et profitez.
Il alla prendre son fusil; mais, avant qu'il eût le temps de l'armer, les mouettes qui tourbillonnaientau-dessus de lui, comme si elles eussent deviné ses dispositions hos-
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tiles, s'éloignèrent à tire-d'ailes en poussant un cri de ralliement, et allèrent s'abattre au milieu d'une troupe innombrable de leurs pareilles qui stationnait à un demiquart de lieue de là. Au lieu d'être déconcerté par leur retraite, le commandant trouva moyen de s'en applaudir.
— Voyez-vous cela? dit-il d'un air de triomphe : ces bêtes ne sont pas si sottes qu'elles en ont l'air; elles voient du premier coup à qui elles ont affaire. Mais c'est égal, ajouta-t-il en secouant la tête, elles ne perdront rien pour attendre, et je m'en vais tâcher de justiûerla bonne opinion qu'elles paraissent avoir de moi. Marcel, tu vas m'accompagner, n'est-ce pas?
— Excusez-moi, commandant, mais il faut que je fasse sécher mes filets.
— Parbleu! avec une pareille chaleur, ils sécheront bien tout seuls, et j'ai besoin de toi pour rapporter ce que je tuerai.
Il n'attendit pas la réponse de Marcel, et, se retournant vers Agathe :