‹ MarcelChapitre 75 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE. iiB · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. iiB

avec ton petit air doucereux. Est-ce que tu crois que je donne là-dedans? c'est-à-dire que tu aimerais mieux être assis auprès de ces dames , à faire le joli cœur. Voilà le fond de ton sac. Mais je ne veux pas être la dupe de ton hypocrisie : tu as eu ton tour pour la pêche, il est juste que j'aie le mien pour la chasse. J'ai dit à ces dames que je leur rapporterais des mouettes, et nous leur en rapporterons ^ ou le diable s'en mêlera. Nous allons tourner.

Il y avait beaucoup à dire contre cette argumentation 5 et il n'eût pas été difficile de prouver à M. Jacquin qu'il y avait dans son affaire autant d'injustice que d'égoïsme ; mais le jeune homme n'avait pas l'habitude de contrarier son vieil ami, et il aima mieux subir sa tyrannie monïentanée que de s^exposer à lui faire de la peine. 11 ne répliqua donc pas, et suivit, la tête basse, le commandant, qui se mettait en devoir d'exécuter la fameuse manœuvre dont il attendait un si beau résultat. La manœuvre dura

long-temps, vu sa complication : ce qui ne l'empêcha pas d'échouer complètement. Les chasseurs étaient a peine arrivés à une centaine de pas des oiseaux, que ceux-ci, fidèles à leur plan de campagne, s'éloignèrent encore une fois en masse ; c'était à n'y plus tenir.

— Pour le coup, s'écria M. Jacquin en frappant avec colère le sable de la crosse de son fusil, pour le coup ce n'est pas possible; il y a quelqu'un qui les avertit.

Marcel ne put retenir un éclat de rire.

— Tu ris, reprit son compagnon d'un air scandalisé ; c'est cependant bien clair. Eh , pardieu ! c'est toi qui les avertis !

— Moi? répondit le jeune homme stupéfait.

— Oui , toi , avec ton maudit bonnet rouge : cette idée, de mettre un bonnet rouge ! On te verrait venir de deux lieues avec ton bonnet rouge !

— Mais ce serait encore bien pis s'il était blanc.

Page 1