PREMIÈRE PARTIE
— Sous ce rapport-là, je ne dis pas; mais tu sais bien que le rouge contrarie les animaux : la preuve, c'est qu'en Espagne on excite les taureaux avec des petits drapeaux rouges; il n'y a pas à dire non, je l'ai vu. Je ne conçois même pas que tu n'aies pas fait peur aux poissons avec cette ignoble coiffure ; il est vrai que les poissons vivent dans l'eau : c'est une autre affaire, j'en conviens.
Le digne commandant courait risque de s'entortiller de plus en plus dans son raisonnement, lorsqu'il s'avisa tout à coup d'une nouvelle idée.
— As-tu ton mouchoir? dit-il vivement.
— Non, répondit à tout risque Marcel sans chercher dans sa poche. Il avait deviné du coup toute la portée de la question.
— Ah ! tu n'as pas ton mouchoir, reprit le commandant désappointé.
Il pensa bien un moment à donner le sien à Marcel , pour que celui-ci se le mît autour de la tête; mais il s'avoua à part lui qu'il
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faisait excessivement chaud et qu'il lui serait désagréable de n'avoir rien pour essuyer son front, où la sueur coulait à grosses gouttes.
— Puisque tu n'as pas ton mouchoir , reprit-il après un moment de réflexion , va-t'en! • .
Marcel ne se le fit pas dire deux fois et tourna rapidement les talons ; mais M. Jacquin ne put se décider à lâcher complètement sa victime , la seule , hélas ! qu'il eût jusqu'alors sous la main.
— Écoute, écoute , dit-il à Marcel qui s'éloignait à fond de train : reste à portée de la voix. Tu peux, par exemple, aller t'asseoir à l'ombre de ce rocher; puisque tu crains le soleil aujourd'hui, tu t'y trouveras parfaitement à ton aise. Quand je t'appellerai, tu viendras pour m'aider à porter ma chasse. Tu m'entends?
Le brave homme ne renonçait pas facilement à ses illusions : il se remit donc encore une fois en route , aussi acharné après ses