PREMIERE PARTIE
mouettes que feu Tantale après son dîner. Mais il ne devait pas être plus heureux que son devancier mythologique. Il eut beau avancer, tourner, manœuvrer en tous sens, il ne put atteindre l'objet de sa convoitise. On eût dit une chasse fantastique. Les mouettes abusèrent de sa constance pour le mener à d'énormes distances , à travers des mares souvent profondes et des vases infectes.
Quand Marcel , qui ne le quittait pas des yeux 5 le vit hors de portée , il se hâta de retourner vers l'endroit où les dames étaient restées. Mais, pour ne pas s'exposer aux reproches du commandant, à qui le mauvais succès de ses tentatives pouvait inspirer de l'humeur , il eut soin de masquer sa fuite. Il se mit donc à circuler avec précaution au milieu des rochers, tournant ceux qui n'étaient pas en vue , escaladant par quelque brèche ceux qui faisaient saillie sur la grève. Arrivé au sommet d'un escarpement assez élevé, il aperçut tout à coup sous ses pieds la comtesse qui dormait étendue sur le sa-
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ble, la léte enveloppée dans son écharpe de gaze.
Accablée par la chaleur, elle avait quitté ses deux compagnes, et cherché un coin retiré oii elle pût faire tranquillement la sieste. L'endroit était heureusement choisi : c'était une petite crique presque circulaire, tapissée d'un sable lisse et fin, qui s'abaissait en pente légère vers le rivage, et bordée de rochers. Agathe s'y était installée avec confiance, espérant bien n'y être troublée ni par la brise ni par le soleil. Mais, si elle eût été plus forte en astronomie , elle aurait prévu que l'astre, en continuant sa tournée, viendrait à coup sûr la visiter. Déjà en ce moment un rayon indiscret, se glissant à travers une échappée qui s'ouvrait sur le sud-ouest, commençait à se jouer dans les flots dorés de sa chevelure.
Marcel vit le danger qui menaçait le sommeil de la jeune femme : il se laissa glisser avec une rapidité silencieuse de l'autre côté du rocher qu'il venait de gravir, et se plaça