PREMIÈRE PARTIE
debout à l'entrée de la crique ^ de manière à intercepter les rayons du soleil. La comtesse, qui commençait à éprouver au milieu de son sommeil un malaise instinctif, s'éveilla en le sentant disparaître. Elle entr'ouvritles yeux, vit le jeune homme, et comprit tout; mais elle fit semblant de n^avoir rien compris ni vu, et referma les yeux. Marcel s'y trompa complètement et la crut rendormie. Tant que les rayons du soleil purent l'atteindre, il resta immobile à la même place, lui faisant ombre de son corps. Mais quand il eut vu l'astre disparaître derrière les rochers, quand il n'eut plus rien à craindre pour le repos de sa protégée , il s'en approcha à pas de loup , retenant son haleine; puis il s'agenouilla près d'elle et la regarda dormir.
Elle était charmante ainsi. Les lignes ondoyantes de son beau corps , dont aucun apprêt de toilette n'entravait la souplesse , se dessinaient vigoureusement sous sa légère robe de guingamp. Sa poitrine , que souIe-
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vait à intervalles réguliers une respiration forte et calme , déployait à loisir l'élégante richesse de ses formes. Sa tête, légèrement renversée en arrière, laissait voir dans toute la rondeur de ses contours un cou ferme et blanc comme le marbre. Son front rêvait doucement sous la transparence de la gaze, tandis que ses cheveux couraient en frémissant de ses joues embrasées à sa bouche , dont les lèvres rouges et humides s'entr' ouvraient comme celles d'une grenade mûre.
Le jeune homme, en la regardant, se sentait gagner par une sorte de fièvre; des nuages passaient devant ses yeux; tous ses membres étaient agités d'un tremblement nerveux. Plus d'une fois il mit la main sur son cœur pour le contenir, s' imaginant que le bruit de ses battements allait réveiller la comtesse. Cependant il ne pouvait se décider à s'éloigner; une force invincible le retenait agenouillé à la même place. Bientôt un magnétisme plus puissant l'attira vers elle; il sentait sa tète se pencher malgré lui
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vers celle d'Agathe. Saisi d'u*ie terreur mystérieuse, il la relevait avec vivacité, tnais en vain; elle retombait aussitôt pl&s bas qu'auparavant. Un moment vint où l'haleine de la comtesse se mêla à la sienne ; son sang, tout à coup embrasé, bouillonna dans ses veines; sa pensée se perdit dans un vertige, et, se laissant aller a l'irrésistible moiïvement qui l'emportait, il appuya ses lèvres sur celles * d'Agathe , et y déposa un baiser brûlant.
Mais aussitôt , épouvanté de son audace , il se releva d'un bond et s'élança au milieu des rochers, courant à toutes jambes, sans' oser jeter un regard en arrière. Tout à coup,en face de lui, sur un rocher plus élevé, ili aperçut Eugénie debout. Une suetJï* froide' couvrit son front. Éperdu, bouleversé, n'o*-' sant plus ni reculer ni avancer , il se détourna brusquement à droite , et se mit à gravir la falaise. l
L'entreprise paraissait impossible, tant M (ïète était roide et haute; à peine s'y troiï^ Vait41 quelques saillies, quelques anfractua-^
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sites où il pût mettre le pied ou la; main. S'il eût réfléchi un instant au danger qu'il courait, s'il eût pris le temps de laisser tomber un coup d'œil au-dessous de lui, il était perdu. Ma}s il n'y songea seulement pas; il n'avait qu'une seule pensée, celle; d'échapper aux deux femmes. Guidé par l'instinct, soutenu par le désespoir, il réussit bientôt à atteindre le sommet de la falaise. Au moment où il y mettait le pied , il entendit deux cris retentir en même temps au milieu des rochers. Il ne put s'empêcher de tourner la tête, et vit les deux jeunes femmes qui le regardaient, chacune de son côté, pâles de terreur. Sans chercher à se rendre compte du sentiment qui les agitait, il continua sa fuite désordonnée et se mit à courir au travers des landes.
0 merveilleuse jeunesse du cœur ! verre grossissant qui nous montres toutes les choses de la vie dans des proportions gigantesques ! que d'émotions profondes nous, trouvons dans l'optique de tes iUrsioust