DEUXIÈME PARTIE
— Mais, reprit Tabbé, n'avez-vous rien fait pour vous opposer à cela?
— Que vouliez- vous que je fisse, mon père?
— Vous ne vous êtes pas plainte?
• -«—A qui? A ma mère, pour lui causer un chagrin inutile? A cette femme, pour exciter son dédain? Et , quand même Tune aurait pu , quand l'autre eût voulu faire quelque chose pour moi, croyez-vous que je me fusse abaissée à une dénonciation, ou à une humiliation? Plutôt mourir que de descendre à de pareilles indignités. Quant à Marcel, que lui dire? quel reproche lui adresser? quelle demande lui faire? Chacun est libre de disposer de son cœur, et je ne veux être aimée ni par pitié ni par devoir.
Le prêtre écoutait, sans étonnement, mais avec une émotion profonde, les nobles paroles de la jeune fille. Elle justifiait en ce moment l'opinion qu'il avait toujours eue d'elle, et déployait tout à coup devant lui tous les trésors de délicatesse et de fierté qu'il supposait enfouis dans son âme. A Tas-
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pect de celte énergie , il sembla lui-même reprendre courage.
— Allons! allons! dit-il, le mal n'est peutêtre pas aussi grand que vous vous l'êtes imaginé. Peut-être, et je l'espère, y a-t-il encore du remède. Voyons. Il faut que je sache bien à quoi m'en tenir. Apprenez-moi tout ce que vous savez.
Elle obéit, et rapporta au curé, avec un entier abandon et la plus parfaite bonne foi, sans rien ajouter , sans rien omettre , tout ce qu'elle avait vu, entendu, compris, même soupçonné. Il l'écouta attentivement, sans faire une observation, sans émettre un seul doute. Il avait en elle la même confiance qu'elle avait en lui. Quand elle eut terminé cette étrange confession , où elle racontait la conduite d'autrui avec la même candeur et la même loyauté qu'elle l'eût fait pour la sienne propre, où elle ne parlait qu'avec un extrême embarras et en rougissant de fautes qu'elle n'avait pas commises :
— J'étais biejpi^ûr, dit le curé, qu^ vous