‹ MarcelChapitre 86 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

bon dans la vie que ce qui est déraisonnable, et les prêtres veulent mettre de la raison partout.

— Je ne connais pas les autres. Mais vous ne connaissez pas celui-là. Personne au monde n'est plus doux et plus indulgent que Tabbé Pascal.

— Pour vous, c'est possible. Il est habitué à vous et vous l'êtes à lui. Il vous traite peut-être comme un père de famille traite ses enfants. Mais moi, je suis une étrangère, et, qui pis est, une femme du monde. Pour les gens d'église, le monde, c'est l'enfer. Votre curé est capable de me prendre tout d'abord pour un diable à forme humaine , et, qui sait? de me métamorphoser à vos yeux.

— Oh! Agathe!

Marcel oubliait en ce moment de dire madame, comme Agathe avait le matin oublié de dire monsieur. Ils étaient quittes. Aussi reprit-elle le fil de son discours sans paraître s'apercevoir de cet oubli

— Vous avez l'air de me reprocher ma supposition? Eh l)ien! s'il vous défendait de me voir, que feriez-vous?

— Quelle idée! me défendre de vous voir! Et pourquoi?

— Dieu sait ce que peut s'imaginer un prêtre, quand il s'y met. Ne connaissant rien, il soupçonne tout; tout est pour lui texte de blâme , tout sert de prétexte à sa manie de voir partout le mal. Selon son dire , ceci est un abîme couvert de fleurs , et cela une source de perdition. Bref, je fais un pari : c'est que huit jours ne se passent pas sans que votre curé vous ait fait un sermon à mon propos et dit du mal de moi...

— Je suis sûr du contraire.

— Parions. — Je parie encore autre chose : c*esl qu'il trouvera moyen de vous faire croire ce mal qu'il vous aura dit de moi...

— Jamais!

— Attendez, je n'ai pas fini : et qu'en fin décompte, après quelques hésitations bientôt fixées, après quelques petites résistances

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