DEUXIÈME PARTIE. 19a
d'un instant, il faut nous séparer. A demain, au Domaine; pas avant ni ailleurs. Si vous veniez me voir demain matin, on le remarquerait.
— A demain donc, au Domaine, répondit Marcel en la suivant des yeux pendant qu'elle s'éloignait rapidement.
Quand elle eut disparu sous la voûte, il attendit quelque temps encore, espérant qu'elle reviendrait ; puis, voyant son attente trompée, il reprit à pas lents le chemin de la Maison-Fleurie.
La comtesse, en rentrant, trouva sa tan la à dîner. Elle s'assit en face d'elle, et, après avoir fait signe au valet de chambre de se retirer :
— Vous savez, dit-elle, qu'il est ici?
— Qui? répondit la marquise sans se déranger, ton mari?
— Mon mari ! comment voudriez-vous qu'il fût ici? à quel propos y viendrait-il?
La marquise, qui pensait à la lettre qu^elle avait expédiée en secret quinze jours au-
paravanl, senlil son imprudence, et n'eut garde de répliquer un mot.
— Non, reprit Agathe, ce n'est pas mon mari; c'est bien pis : c'est l'autre.
— Quel autre? se hasarda à demanderjla marquise.
— L'abbé.
— Quel abbé?
— Quoi ! ne vous rappelez-vous pas que le curé de ce village, celui qui est parti le soir même de notre arrivée, se nomme Pascal ?
— Eh bien?
— C'est le même.
— Pascal?
— Oui.
— Devenu curé? en vérité! en es-lu bien sûre?
— Je viens de le voir.
— Et lui, t'a-t-il vue?
— On nous a présentés l'un à l'autre.
— ^^On vous a présentés...