DEUXIÈME PARTIE. 20;i
— Qu'il m'aime encore, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Ce changement d'état, cette vieillesse précoce, cette fuite récente, tout le prouve. Pourquoi s'estil fait prêtre? parce qu'il croyait que Dieu seul pourrait remplir dans son cœur la place que j'y avais laissée vide. ^Pourquoi celte tète sitôt courbée sous la main du temps? parce qu'il porte à la fois deux lourds fardeaux, le regret de la passion et la passion du regret. Pourquoi s'être éloigné au moment même de mon arrivée? pour éviter l'émotion de ma présence, si je repartais, ou pour s'y préparer, si je restais.
— C'est évident, répondit la marquise, qui était trop femme et trop tante pour contredire sa nièce Ik-dessus.
— Si ma première supposition est vraie, si c'est la paix qu'il veut, je la lui laisserai. Mais je crois , mais je crains autre chose. Maintenant qu'il a acquis la force de soutenir ma présence, il va peut-être vouloir me faire reculer devant lui.
— Comment cela?
— Il espère peut-être me faire peur au moyen du passé, et m'imposer ses volontés au moyen de la peur.
— Quelles volontés lui supposes-tu? Est-ce que, par hasard, il penserait encore?...
— Oh! non, ce n'est pas 'de cela qu'il s'agit. Cet homme a trop d'orgueil pour me montrer ce qui lui reste d'amour. C'est plutôt quelque vengeance. Par exemple, il pourrait lui prendre fantaisie de me chasser d'ici. ,
— A quoi bon?
— Vous ne savez donc pas quelle j ouissance certains hommes trouvent à blesser dans ses affections et surtout dans son amourpropre la femme dont ils croient avoir à se plaindre? Car, selon eux, c'est toujours nous qui avons tort. Je me plais ici, dans cette vie simple et tranquille , au milieu de ces bonnes et dignes gens qui me témoignent tant d'estime et d'amitié. Eh bien ! concevezvous quel triomphe ce serait pour lui de