‹ MarcelChapitre 91 sur 155 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

troubler cette paix^ de détruire ce bonheur que je goule d'autant mieux que j'y suis moins accoutumée , de remplacer enfin par la haine et le mépris les bons sentiments dont je suis l'objet ?

— Hé ! hé ! je ne sais pas si cela est juste; mais, par ma foi ! ma chère enfant, c'est bien raisonné. Je t'avoue que je ne te croyais pas de cette force-là surl'anatomie du cœur humain, et je ne me hasarderai plus à te donner des conseils. Cependant, en y réfléchissant bien, je ne pense pas que tes craintes se réalisent. L'abbé ne peut t'attaquer sans scandale pour lui-même, et, dans sa position, il ne l'oserait point.

— Vous ne le connaissez pas. Il est capable de toutes les audaces et de toutes les violences.

— Tu m'as dit cependant qu'il montrait un grand calme.

— Oui, le calme de la mer qui couve parfois d'horribles tempêtes.

ItOS MARCEL.

— Si lu redoutes réellement un éclat, il est facile de l'éviter.

— Comment?

— En parlant des à présent.

— Partir ! mais ce serait m'a vouer vaincue sans combattre. Il dirait, il penserait au moins que j'ai eu peur de lui , que j'ai ployé sous son ascendant. J'aime mieux m'exposer à tout que de lui donner une pareille joie. D'ailleurs, vous savez que je ne hais pas la lutte.

— Mais enfin, quel parti vas-tu prendre?

— J'attendrai. Je le verrai venir , et je Jerai ce qu'il fera, la paix ou la guerre. Tout dépend de lui. Dès demain nous serons fixées là-dessus. N'oubliez pas, je vous prie, ma chëre tante , que nous devons dîner au Domaine. Il v sera.

— Je n'aurai garde de manquer au rendezvous. La rencontre sera trop curieuse pour que je néglige d'y assister. Bonne chance, mon cher cœur, et bonsoir aussi. Tu dois être fatiguée, après cette longue promenade

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