‹ MarcelChapitre 92 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

et ces violentes émotions. Je te conseille de prendre da repos ce soir, pour avoir demain tous tes moyens.

La marquise embrassa sa nièce et se retira dans sa chambre.

— Il est clair comme le jour, se dit- elle à elle-même , que ce n'est pas pour le seul plaisir de satisfliire je ne sais quelle lubie d'amour-propre qu'elle s'engage dans une pareille lutte. Je la connais; elle serait partie dix fois , si un autre motif ne la retenait ici. Mes prévisions se sont réalisées ; elle en tient pour le petit bonhomme. Et son imbécile de mari qui n'arrive pas , qui ne^me répond seulement pas! Qu'est-ce que tout cela va devenir , mon Dieu î qu'est-ce que cela va devenir ? ^ ^

Malgré son inquiétude, elle ne larda pas à s'endormir.

Le lendemain matin, les cloches se mirent en branle et préludèrent par de joyeux carillons à la célébration de l'office divin. Les paysans du village et des environs se

rondirent a l'église, malgré une pluie assez lorte, vêtus de leurs plus beaux habits. Ces braves gens, si durement économes dans le cours ordinaire de !a vie , ne craignent pas, dans les solennités religieuses , d'exposer leur modeste luxe aux intempéries de l'air. Ils croient ne pouvoil* faire trop grande toilette pour aller , comme ils le disent naïvement, rendre visite au bon Dieu.

L'église, assez grande pour contenir tous les habitants du village, était trop petite pour recevoir tous ceux de la paroisse ; de sorte que les jours de grande fête il y avait encombrement. Les derniers arrivés étaient obligés de rester dehors, s' associant d'intention aux prières qu'ils ne pouvaient entendre.

La grand'messe était déjà commencée lorsque la comtesse arriva avec sa tante. En descendant de sa voiture , que le mauvais temps l'avait forcée de prendre , elle vit avec surprise une centaine d'hommes agenouillés sur la terre humide et recevant

Page 1