‹ MarcelChapitre 93 sur 155 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

la pluie, la tête découverte, sans y faire attention. Elle ne put se défendre d'une certaine émotion à l'aspect de cette forte piété , dont le recueillement semblait ne tenir aucun compte des souffrances matérielles ; et, se tournant vers sa tante :

— Quelle différence, lui dit-elle à voix basse , entre ces paysans qui oublient tout pour leur salut, et les gens du monde qui ne pensent qu'à leurs plaisirs !

— C'est tout simple , répondit madame de ïerray : les uns font ce qu'ils peuvent, les autres ce qu'ils veulent. Nous aussi nous serions très-dévotes, si nous n'avions rien de mieux à faire.

A la suite de cette poétique réflexion, les deux dames entrèrent dans l'église. Pour gagner le banc du maire, où elles avaient leurs places, il fallut parcourir la nef dans toute sa longueur. Il y avait tant de monde qu'elles eurent de la peine à avancer. Elles entendaient une voix grave et forte qui chantait l'Epître, Bientôt la voix se tut, et

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uu <;erUiin mouvemcut ont lieu parmi Ics:! aHsistanls. Elles en proûlèrent pour percer le§ derniers rangs de la foule. Mais à peine éti^ent-elles parvenues dans la partie libre de Ja nef, qu'elles se f'ej.icontrèrent avec Vdhbé Pascal. C'était lui qui officiait. Il venait de laisser 5 selon l'usage , sa chasuble à l'autel, et, revêtu seulement de la longue rabe blanche et de l'étole, il se dirigeait vers la chaire pour prêcher. En l'apercevaiit ainsi toyt à coup face à face, dans toute la majesité du sacerdoce, la comtesse se sentit saisie d'uiie sorte d'effroi mystérieux et recula ea palissant. Pour lui^ il leva sur les deux dames un regard calme et ferme qu'il détourna lentement sur ceux qui les entouraient, puis il continua sa route.

— Tu avais raison , dit la marquise à sa nièce quand elles furent arrivées à leurs places, il est incroyablement changé; car je dois avouer que c'était autrefois un fort beau c'ai'çon.

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