‹ Marcel ProustChapitre 14 sur 28 · LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE SERPENT

Voici une superbe édition du Serpent de Paul Valéry, illustrée de quinze compositions originales en lithographie par Jean Marchand, avec vingtquatre bandeaux et sept culs-de-lampe dessinés et gravés au canif par Sonia Lewitska. Joie de relire le merveilleux poème dans ce volume de luxe, si artistement orné. Quelque janséniste dira que, malgré tout, ce qu'il y a de mieux, c'est encore le texte. J'en conviens, mais les beaux livres ont bien leur attrait. Ils ne deviennent ridicules que s'ils enchâssent un texte médiocre. Ici, il faut féliciter l'éditeur et les artistes qui ont donné cette éclatante parure à un chef-d'œuvre.

Le Serpent a paru d'abord en 1922, en plaquette séparée, aux éditions de la Nouvelle Revue française. Dans les deux éditions de Charmes, le titre est devenu : Ebauche d'un serpent. Les trois derniers vers de la dernière strophe primitive ont été changés ; une strophe supplémentaire et désormais finale a été ajoutée. La présente édition Eos a

= VALERY

repris le titre de 1922, mais maintenu le texte de Charmes. Je vous ai déjà entretenus du Serpent et n'essayerai pas de vous en rien dire de nouveau. Dans la Revue de Paris, M. Henry Bidou écrit à ce sujet : « Je m'émerveille que M. Paul Valéry ait pu servir de prétexte à un débat sur la poésie pure : car ses vers sont surchargés de sens, et ce qui fait leur plus sûre beauté, c'est qu'ils suggèrent en quelques syllabes rythmées ce qu'une page de prose n'expliquerait pas... La concision du dessin, la vigueur de l'image sont admirables. Quelle peine si l'on voulait remettre en langage commun cette strophe aérienne !... On est contraint de transcrire en badigeon ce que le poète suggère d'un seul trait de diamant... » M. Henry Bidou est peut-être un critique, si M. le secrétaire perpétuel le permet 1 : avec la même permission, M. Albert Thibaudet en est peut-être un autre, qui a bien parlé aussi de ce Serpent dans son « Cahier vert » sur Paul Valéry. Mais il se pourrait que les critiques manquassent à la Revue des Deux Mondes, où l'on a pour la première fois imprimé le nom du poète de la Jeune Parque au lendemain de son élection à l'Académie française, et pour le comparer à Jean Aicard...

1. M. Victor Giraud avait été désigné un peu distraitement, à l'Académie, comme le seul critique d'aujourd'hui.

ANALECTA

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