‹ Marcel ProustChapitre 5 sur 28 · INTRODUCTION A LA MÉTHODE DE LÉONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA MÉTHODE DE LÉONARD DE VINCI

M. Paul Valéry vient de réimprimer un opuscule déjà ancien, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, en le faisant précéder d'une nouvelle introduction à cette Introduction, si l'on peut ainsi dire. L'auteur de la Jeune Parque n'est pas seulement un poète de premier mérite, mais encore un remarquable philosophe. Comme son maître Mallarmé, il aime à réfléchir sur son art, et sur les sujets voisins, c'est-à-dire sur tous sujets. Et comme Mallarmé encore, il se montre, dans les deux parts de son œuvre, également profond et subtil, mais également ardu. Lequel est le plus difficile à lire du poème de la Jeune Parque ou de l'essai sur Léonard ? On en peut disputer. Lorsqu'on rend compte d'un ouvrage de cet écrivain, la prudence commande d'avertir d'abord qu'il n'est pas impossible qu'on n'ait pas tout compris.

= VALERY

Dans la mesure où l'on espère en avoir pénétré le sens général, Y Introduction à la méthode de Léonard de Vinci est un petit manuel d'intellectualisme. Léonard ne peut être, comme disait Nietzsche, qu'un thème à considérations inactuelles, c'est-à-dire fort salutaires pour notre époque mais très contraires à ses tendances ou à ses modes. On imagine que M. Julien Benda aura lu ces pages avec allégresse. « Quoi de plus séduisant, demande M. Paul Valéry, qu'un dieu qui repousse le mystère, qui ne fonde pas sa puissance sur le trouble de notre sens, qui nous force de convenir et non de ployer, et de qui le miracle est de s'éclaircir... Est-il meilleure marque d'un pouvoir authentique et légitime que de ne pas s'exercer sous un voile ?... » Est-il plus belle victoire sur les monstres que de les pénétrer moins de flèches que de questions, de se révéler moins leur vainqueur que leur supérieur, et le triomphe le plus achevé n'est-il pas de les comprendre ? Pour M. Paul Valéry» Léonard est le héros intellectuel et apollinien par excellence. Comparons à sa lumineuse fécondité le triste saturnisme d'un autre génie de même envergure, mais douloureusement stérilisé par un faux principe. « Il (Léonard) ne connaît pas le moins du monde cette opposition si grosse et si mal définie que devait, trois demi-siècles après lui, dénoncer entre l'esprit de finesse et celui de géométrie un

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