‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 10 sur 50 · ACTE I, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V. i

La nuit d'un voile épais couvrait déjà ces murs;

Des artisans grossiers, des citoyens obscurs,

Des étrangers, sans cesse à nos troubles fidèles ,

Reparaissant toujours au sein de nos querelles,

Emissaires honteux du prince Navarrois,

Se dirigeaient ensemble au palais de nos rois.

Le désordre... les cris... ce farouche visage

Où brillait je ne sais quel espoir de carnage;

Tout semblait présager un horrible malheur.

Clermont, de nos vieux rois le digne serviteur,

Cherchant à réprimer cette audace effrénée,

S'est montré tout à coup à la foule étonnée ;

Son aspect un instant fait pâlir ses bourreaux :

« Que voulez-vous? » Ta mort, disent-ils. A ces mots ,

Furieux , agitant leurs armes criminelles ,

J'ai vu, j'ai vu soudain cet amas de rebelles,

Franchissant le palais, dans le sein du vieillard

A coups précipités enfoncer le poignard :

Il n'est plus...

MAILLARD

Ah! grand Dieu!

MARCEL y froidement.

Clermont était coupable ; Il a subi son sort.

MAILLARD

Que dis-tu, misérable!

MARCEL

Abandonné par vous aux mépris insultans,

Le peuple de son joug est las depuis long-tems :

Il veut la liberté.

MAILLARD

La liberté du crime ï MARCEL.

Quel blasphème !

i6 MARCEL,

MAILLARD

Ainsi donc, une illustre victime A de vos noirs complots révélé la fureur. Des anus du pouvoir zélé réformateur, Tu prétends de ton j>rince éclairer la justice, Et déjà d'un forfait tu te rends le complice; Tu reproches aux grands leurs coupables excès, Et tu baigues tes mains dans le sang d'un Français. MARCEL.

Le peuple dans son sang a lavé son offense!

MAILLARD

Depuis quand la justice est-elle la vengeance? Et s' armant au hasard d'un pouvoir clandestin, Rend-elle ses arrêts un poignard à la main? MARCEL.

Un exemple terrible est souvent nécessaire.

MAILLARD

Sur tes affreux projets ce crime enfin m'éclaire. Exécrable assassin des sujets de ton roi , Je romps tous les liens qui m'attachaient à toi. MARCEL.

Cours des Valois mourans embrasser la querelle : A défendre ses droits le peuple entier m'appelle.

Il sort.

MAILLARD , à Charny.

Oui, suivant le péril, guerrier ou magistrat, Fidèle à mes sermens, à mon prince, à l'état, Dérobant à ses mains d'innocentes victimes, Maillard sera partout pour prévenir les crimes.

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