‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 18 sur 50 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

De tout événement se croit-il préservé?

Quels combats ont ici révélé sa puissance? Quel pays s'est courbé sous son obéissance? Il revient en transfuge au sein de ses états; S'il a des partisans, nous avons des soldats. D'aujourd'hui seulement la lutte est engagée : L'élite du royaume à nos vœux s'est rangée; Les Craon, les d'Harcourt combattent avec nous.

MAILLARD

Viens les voir du dauphin embrasser les genoux.

MARCEL

Qu'entends-je! ils trahiraient leurs sermens...

MARIE

O mon père.' Que sur votre danger ce moment vous éclaire. Rentrant avec honneur sous le joug du pouvoir, Vos amis ont repris le chemin du devoir; De leur sage conduite imitez la prudence : Ne vous séparez plus de Maillard, de la France, Du roi qu'elle chérit.

MARCEL, à. lui-même.

Plus habiles que moi , Pour couvrir leurs desseins ils vont tromper le roi.

MAILLARD

Pourrais-tu balancer?

marie, à Maillard.

Son âme est attendrie...

A Marcel.

Mon père, ayez pitié des larmes de Marie.

maillard.

Je ne te parle pas des dangers que tu cours , De l'arrêt infamant qui flétrirait tes jours , Et s'étendant bientôt sur toute ta famille, A des pleurs éternels condamnerait ta fille;

Je ne te dirai point qu'en s'éloignant de toi , Beaucoup te trahiront... ils ont trahi leur roi. Mais vois de quels fléaux la France est menacée; Sur les maux qu'elle souffre arrête ta pensée : Ces désastres si grands les veux-tu prolonger? Vois sou sol glorieux souillé par l'étranger , Nos ateliers détruits et nos cités désertes, De soldats vagabonds nos campagnes couvertes, L'Anglais , de sa présence insultant nos remparts , Au drapeau navarrois mêlant ses étendards ; Soumis à leurs vassaux, des fantômes de princes Du pays en danger séparant leurs provinces , Ou déployant en paix leurs insolens drapeaux, Du trône de Valois s'arracher les lambeaux. Non, tu ne voudras pas partager leur furie, Tu ne seras pas sourd au cri de la patrie ; Jamais au cœur Français sa voix ne parle en vain.

MARCEL

Allons, je t'accompagne au palais du dauphin.

Page 1