ACTE III , SCENE I
Que de maux ont marqué les jours de votre absence!
Le devoir près du prince enchaînait ma présence. A travers les dangers sans cesse renaissans , Tantôt du Navarrois bravant les partisans; Ou, trompant par la fuite une cité rebelle, Tantôt sur les remparts d'une ville fidèle, Pour la gloire du trône affrontant le trépas , J'ai toujours du dauphin accompagné les pas. Peut-être on vous a dit que partout sa présence, Bans les cœurs abattus ramenant la vaillance , Au parti de son père a conquis des soutiens; Que brisant à sa voix leurs imprudens liens , Et consacrant leurs bras au vœu de la patrie, Les enfans égarés de l'antique Neustrie, D'une ligue honteuse empressés de sortir, Ont aux pieds du dauphin porté leur repentir. Vous aurez su qu'Amiens par un retour sincère Du prince de Navarre a banni l'émissaire; Que Soissons a suivi cet élan glorieux, Et rendu son amour au roi de nos aïeux. Cher ami , si j'en crois ma secrète espérance, Le ciel prend en pitié les destins de la France : Par vingt ans de revers ce roj^aume éprouvé , Au terme de ses maux est enfin arrivé. CHARNY.
Ah ! ne vous livrez pas à cette erreur fatale ! Ici tout est danger. Dans cette capitale L'anarchie eu tyran règne avec ses fureurs; Imprimant chaque jour de nouvelles terreurs A ce peuple stupide usé par la misère, Elle arme ses transports d'un glaive sanguinaire : Le retour du dauphin enflamme son courroux.
3o MARCEL ,
OLIVIER
Il vient aux révoltés porter les derniers coups.
CHARNY
Je frémis en songeant où s'étend leur puissance.
Si ce n'est point assez des droits de sa naissance Pour réduire au néant quelques sujets ingrats , N'a-t-ll pas son épée et l'appui de nos bras !
CHARNY
Oui, Paris compte encor des serviteurs fidèles; Mais ils n'égalent point le nombre des rebelles.
OLIVIER
D'une vaine terreur votre esprit est frappé. Aux pièges d'Edouard par miracle échappé, Le daupbin , que le ciel protégea dans sa route, Retrouverait ici les malheurs qu'il redoute! Quedis-je, son courage aurait bravé l'Anglais Pour venir succomber... Jugez mieux des Français! Lorsqu'à leur loyauté le dauphin se confie, L'honneur de tous ensemble est garant de sa vie : Le trône n'eut jamais de rempart plus sacré. Paris, séjour brillant par nos rois consacré, Noble et riche cité, berceau de nos ancêtres, Par ta fidélité, toi, si chère à tes maîtres, Les livrant aux poignards des conjurés obscurs, D'un parricide affreux tu souillerais tes murs; Et des plus saints devoirs, par le crime affranchie, Renversant de Clovîs l'antique monarchie, Tes enfans subiraient le joug du Navarrois! Tu placerais l'Anglais au trône de tes rois! Non, l'on te calomnie! Et si quelques infâmes Ont senti de l'honneur s'éteindre en eux les flammes , Citoyens criminels, sujets ambitieux, S'ils ont osé former ces complots odieux,
Archivés de la Ville de Bruxelles ArchiefvandeStadBrussel t