ACTE IV, SCENE IV
CONSAC.
Silence !
LAIGNEVILLE.
Nos jours sont menacés , je brave sa présence. Sur mon propre danger je veux être éclairci , Approchons.
MARCEL, les apercevant.
Malheureux ! que cherchez-vous ici?
LAIGNEVILLE.
Marcel, d'un bruit affreux notre oreille est frappée. D'un soin nouveau, dit-on, ton âme est occupée; Tu t'éloignes de nous : on t'a vu dans ce jour, Du prince aux fleurs de lys saluant le retour, A la soumission abaisser ton hommage , Et d'un vieux courtisan reprendre le langage!
MARCEL , froidement.
J'ai fait ce que j'ai dû.
LAIGNEVILLE.
Qui te l'avait permis?
Qui t'a donne le droit d'exposer tes amis, De violer ta foi , d'engager leur promesse? D'un prince courtisan la dangereuse adresse A suffi pour te faire oublier tes sermens. Tu trahis à la fois tous tes engagemens, Tu compromets nos jours , et d'un pardon sans gloire Ta coupable frayeur flétrit notre mémoire. Eh! qui, d'un fer sanglant osant armer nos mains, Nous a delà révolte enseigné les chemins? Qui nous fit .une loi du meurtre, du carnage? Nos forfaits sont les tiens , nos crimes ton ouvrage. Accablés sous le poids de nos adversités, Dépouillés de nos biens, errans , persécutés, Des querelles du trône innocentes victimes, Sous nos toîts dévastés nous végétions sans crimes!
Malheureux, mais soumis; mécontens , mais discrets.
Tu vins de notre vie épier les secrets ;
D'un superbe avenir flattant notre indigence,
Tu forças nos douleurs à rompre le silence.
Nos malheurs se taisaient, tu les fis murmurer;
Par toi le désespoir apprit à conspirer;
Sur ton ambition tu réglas notre audace;
Et couvert aujourd'hui d'une honteuse grâce,
Tu livrerais nos jours pour racheter les tiens !
Tu nous trahirais... toi! non, tu nous appartiens.
Par des liens de sangle crime nous rassemble;
Et nous devons mourir ou triompher ensemble!
MARCEL
Imprudent, de Marcel tu sondes les projets! D'où sais-tu qu'oubliant ses plus chers intérêts, J'ai du peuple à Valois immolé la puissance? De mes secrets desseins te dois-je confidence? Et chef de conjurés , aux conjurés soumis , Me faut-il pour agir attendre leurs avis?
olivier , à part.
Qu'entends-je ! cruels discours !
êiARiE , à part.
O douleur qui m'accable !
LAIGNEVILLE.
Tu ne nous trahis point?
Si j'en étais capable, Seriez-vous en ces lieux?
LAIGNEVILLE.
Mais ta bouche a promis Au régent...
MARCEL
J'ai juré de servir mon pays , De protéger ses droits, de défendre sa cause,