‹ Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 16 sur 33 · A CELLE QUE J’AIME · texte numérisé non relu

A CELLE QUE J’AIME

Toi que l’amour m’offrit pour désarmer le sort, Toi qui me fis douter du pouvoir de la mort,

D’où tiens-tu le pouvoir de tes accens magiques ? Qui t’apprit à former ces philtres poétiques,

Dont le charme enivrant soumet tout à ta voix? Enseigne-moi ton art et ses divines loix Aimable enchanteresse, ange de Poésie;

Fais couler dans mes vers ta céleste ambroisie. Messie harmonieux, promis à mon amour,

Le bonheur par tes mains me compte chaque jour. Je voudrais l’exprimer, je voudrais le répandre, Peindre ce que j’éprouve, à te voir, à t’entendre; Expliquer de mon cœur les doux étonnemens; Cette ivresse des cieux, ces purs enchantemens.

Dans mon sein sommeillait mon âme détendue; Cette âme à ton aspect tressaillit, éperdue;

Je m’éveille et j’existe. Oh! jamais dans l’Eden L’homme allumant sa vie au flambeau de l’hymen Ne sentit de plus douce et suave harmonie Quand l’amour s’éveilla dans son âme endormie. Voyageur sans amour, perdu sur le chemin, Abandonné sans guide à mon triste destin, Fatigué, jeune encore, on eût dit qu’à mon âge, J’achevais du malheur le long pèlerinage.

(1) Les vers sont de l’écriture de Valmore.

D’un cœur né pour aimer le funeste présent Ralentissait mes pas sous son fardeau pesant;

La tristesse étendait son voile sur ma route,

Et du ciel à mes yeux il dérobait la voûte;

Le rire était sans fleurs, ou les fleurs sans parfum; Tout était pour ma vue un objet importun. Cependant, au milieu de cette solitude, J’éprouvais du désir l’ardente inquiétude,

D’un bonheur éloigné le doux pressentiment,

Ce vague avant-coureur du plus cher sentiment. Telle, éveillée aux feux d’une naissante flamme, Marbre encor, Galathée a deviné son âme,

Tu m’apparus, la vie en moi se révéla;

Je m’arrêtai, j’aimai, la douleur s’envola.

De tes traits adorés la tendre mélodie Dissipa de mon cœur l’amère maladie,

Et sur ton frais chemin par mes vœux emporté Avec toi je commence un voyage enchanté.

Hier, l’astre des nuits sur le fleuve rapide,

De ses feux argentés enflammait l’eau limpide.

Ses flots en s’écoulant s’éteignaient dans leurs cours. Sans cesse aux mêmes lieux l’astre brillait toujours. Amour, telle est ma vie en son brûlant voyage : Mes jours, en s’écoulant, me laissent ton image !

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