‹ Marceline drame en quatre actesChapitre 11 sur 65 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MARCELINE, puis MADAME DE MONTPERRIER.

MARCELINE, regardant la carte.

Madame de Montperrier ?... Non, je ne connais personne de ce

nom-là... (Pierre rentre suivi de madame de Montperrier.) Ah ! mon Dicul

(Gaiement.) En croirai-je mes yeux? Jeanne! Jeanne Lerouex! Oh 1 c’est trop fort! On parlait' de toi, ici, à l’instant même!

MADAME DE* MONTPERRIER.

Et on disait?...

On disait.. ... bien des choses...

MADAME DE MONTPERRIER.

Alors on sait?...

Ton malheur... ton abandon...

MADAME DE MONTPERRIER.

Hélas!... Enfin! Ce qui est passé est passé, n’est-ce pas?... Aujourd’hui, Dieu merci, les apparences, du moins, sont sauvées.,. et ma carte...

Madame de Montperrier!...

MADAME DE MONTPERRIER.

Madame de Montperrier.

Pour de bon?

MADAME DE MONTPERRIER.

Tout ce qu’il y a de plus « pour de bon. » Le nom est joli et de plus parfaitement honorable et authentique ... Tu vois que je puis venir te voir sans être déplacée ici, et ton tuteur, monsieur de Mirmont lui-même , qu’on dit être un homme trèsbien, très « comme il faut, » ne trouvera rien à redire.

J’en suis convaincue.

MADAME DE MON'TPERRIER , lui tendant la main. ,

Puisque tu me fais un si bon, un si indulgent accueil, ma chère Marceline, il est juste que je te fasse une confession ent ière et que je te mette au courant de ma situation ....

Parle.

MADAME DE MONTPERRIER.

Quelque temps après mon malheur et ma folie, je rencontrai, par le monde, monsieur de Montperrier... Monsieur le comte de Montperrier, — car je pourrais me faire appeler comtesse! — monsieur le comte de Montperrier s’éprit sérieusement de ma personne, si sérieusement qu’il m’oifrit de m’épouser... et m’épousa... il y a de cela quatre ans/

MARCELINE, riant.

Eh bien ! mais voilà qui est pour le mieux, madame la comtesse. Tu nous présenteras monsieur de Montperrier.

MADAME DE MONTPERRIER.

Non... monsieur de Montperrier est, depuis quinze mois, consul au delà des mers !

Oh! oh!

MADAME DE MONTPERRIER.

Lorsque monsieur de Montperrier m’épousa, il n’avait plus guère qu’une quinzaine de mille livres de renies... Au bout de deux ans, il ne restait plus du capital que soixante mille francs environ...

Vous alliez bien 1

MADAME DE MONTPERRIER.

Monsieur de Montperrier avait compté sur l’héritage d’un oncle fort riche, seul parent qui lui restât... L’oncle boudait, il est vrai, depuis notre mariage, auquel il s’était vivement opposé; mais mon mari se croyait cerLiin de le ramener, avec le temps, à des sentiments meilîeurs... Hélas! ma chère, cet abominable oncle mourut en nous déshéritant. La vie devint dure.. .Le caractère de monsieur de Montperrier s’aigrit... C’étaient tous les jours des scènes de jalousie, des reproches de ma dépense... que sais-je ? Il regrettait ce qu’il avait fait. Je ne lui en veux pas, c’était naturel...

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