‹ Marceline drame en quatre actesChapitre 3 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SYLVIO

Un beau jour ?

DE VE R NES

Les Barbares entrent dans Rome !

Morale : fallait pas faire des pâtés de foie gras avec les oies du Capitole !

DE VERNES

Et voilà !! 1 voilà comme on s’en tire ! .. (Regardant le dessin dont s'occupait SyiTio.) Tiens, c’est très-joli ce que vous avez crayonné là... C’est pour Marceline?

SYLVIO

Ah ! s’il ne s’agissait que de charbonner des croquis pour plaire à la divinité de céans...

DE VERNES

Bon ! vous voilà amoureux, et amoureux de Marceline encore! Ce n’est pas assez de croire à l’art, vous croyez à l’amour. Rengaines, mon cher, que tout cela. Vous me faites l’effet d’un homme qui voudrait trafiquer par le monde avec d£s monnaies qui n’ont plus cours... Vous n’étes pas de chair et d’os comme nous, mon brave.... Vous êtes fait d’écus de six livres et de pièces de quinze sous. Si bien que vous êtes sérieusement épris de la charmante pupille de notre ami de Mirmont.

SYLVIO

Sérieusement non, mais»je la trouve adorable !

SA INT- AIGNAN

Et moi aussi !

DE VERNES

Et moi aussi !

SYLVIO

Vous allez voir que tout à l’heure vous serez obligé de convenir que vous en tenez, comme nous tous, un peu plus que vous ne dites pour cette belle indifférente !

DE VERNES

Non pas... je ne me frotte pas aux valeurs qui ne sont pas en circulation.

SAINT-AIGNAN, ricanant.

Vous attendez le premier versement.

DE VERNES

Vous croiriez-vous en mesure de l’opérer?... Fat I .. Mes

pauvres petits, j’en suis fâché pour vous ; mais vous en serez pour vos frais : Marceline n’aimc et n’aimera jamais personne !

SAINT-AIGHAN.

Parlez pour vous.

SYL VIO.

Ils sont trop verts les raisins.

DE VERNES

Pardon, pardon ; ... je demande à développer ma proposition.

SAINT-ÀIGNAN.

Ah 1 je serais curieux...

* SYL vio.

Silence ! la parole est au préopinant.

DE VERNES

Que pensez-vous de notre ami Armand de Mir.nont, notre hôte ?

SYLVIO

Mais Armand...

SAINT- AIGNAN

Armand est un homme...

DE VERNES

Je réponds pour vous : Armand est un homme hospitalier, gracieux, obligeant, brave, spirituel, riche, très-riche, directeur d’un grand chemin de fer, propriétaire de canaux, de mines , etc. C’est partait... voilà qui est entendu... Il tient, en prince magnifique, table ouverte et cour plénière , ici, dans sa splendide villa d'Auleuil , où nous sommes ses commensaux assidus. . . Mais ce qu’on appelle généralement le sens moral, l’avez- vous jamais entrevu sous une forme quelconque chez Armand ? Non ! Armand , qui heureusement possède une espèce de bonté naturelle et qui a toujours été riche, Armand n’a absolument aucune espèce de principe en quoi que ce soit...

SYLVIO

C’est pourtant un très-honnête homme !

DE VERNES

Et qui vous parle de cela?... Il a les principes des affaires... Mais je dis et il l’avoue ingénument lui-même, je dis qu’en morale il est profondément sceptique, indifférent, égoïste et facile... , Or, vous savez ou vous ne savez pas ce que c’est que Marceline. Marceline...

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