‹ Marcellus de Bordeaux et la syntaxe française [microform]Chapitre 2 sur 12 · LE VRAI TEXTE DE MARCELLUS · texte numérisé non relu

LE VRAI TEXTE DE MARCELLUS

Marcellus, dans sa préface, avoue sans aucun embarras que son livre est fait de pièces et de morceaux : le fruit de ses conversations, de son expérience, de ses lectures, tout cela, dit-il, « sparsum inconditumque collegl et in unum corpus, quasi disjecta et lacera /Esculapius Virbi membra , composai : j'ai recueilli ces renseignements épars et désordonnés pour les rassembler en un seul corps : tel Esculape réunit jadis les membres dispersés et déchirés de \ irbius (sur-

* A plus forte raison est-il absolument inexact de qualifier notre langue, comme on l'a fait si souvent, de latin estropié.

nom lalin d'Hippolyte ressuscité par la protection de Diane) «. A vrai dire, le cl.aos et la confusion régnent encore sans conteste dans I intérieur des chapitres : nous aurons lieu d'v rev-nir.

Oue la.a-il don<. entendre par les n„.ts col^i et composai/ sJ'it-il d'un recueil de />wjc.s choisies des médecins les plus dlustrér textuellen.enl recopiées et cordonnées sans autre alléral.on quune disposition nouvelle on un n.élange avec daulres- ou l„en, dédai.MKuU la le.uc. Marcellus s'esl-il allacl.é au sens seulen.enl et a lexacf.tude dans la transcriplion des sul.slances et des proportions .^ Les auteurs nn'll va citer iipurenl-il> par IVagnietits intacls dans le IJc ,nedicamcnùs..u bien en snnt-ils scule.uent les sources, non les parties intégrantes? l.a question est pour nous capitale : élud.er 1 espr.l Iran- ,,,i. dans les locutions du lalin Caton ou de l'iine le c.sali.n,. sera, nne entreiuis,. fâcheuse, et non seulement vaine, ma.s ridicule : .1 convient donc avant tout de ne pas s'y exposer.

Or la suite du texte de Marcellus nous donne une liste son.maire, sinon' comi.léle. de^ sources auxquelles il a puisé : o il ne s est pas borne à une lecture des vieux auteurs de médecine r,iu ont cent m laiin les deux Pliue, Apulée, Gelse, Apollinaire, Designalianus et aussi' quelques contemporains illustres, cives ne majores nostn, Siburius iMitrope et Ausone ., ; il a aussi consulté l'expérien.e des paysans et des empiriques : « Sed eiiam ah n,,res,ibus et ,debe,s remedin fortuiln alqnc simplicia, qaœ experimentis /.roharerant, dulwi. » Constatons dès maintenant que louvrage n'est pas eu entier une transcriplion d'autres ouvrages; qu..l,,ue emploi que Marcellus ait fait des textes .p.il a lus, il a bien certai.u-menl rédige lui-même tout le reste, et écrit de sa propre main tout ce (pie les Paysans, les sorciers ou les /-on„c.s- /cmmw lui ont bénévolement raconte. VA deja pins haut il avait distingué ce qu'il savait pour lavoir lu, de ce que l'expérience ou les conversations lui avaient appris. Il y a donc du Ua,re//«.s- dans le Ue mediramenlis, et c'est bien quelque chose; reste à en déterminer la place et les proportions dans la mesure du pos-

sible. . r

Deux mélhodps se présenler.l à nous, et nous eniplo.eroï.s tour a

lour l'une et l'autre : i« rapprocher du texte de Marcellus celui des

auteurs cpi'll cite, quand nous l'avons conservé, et se rendre compte

de ses procédés à^ Inspiration ; 2« rechercher si les rythmes - qui

sont purement cicéroniens dans la préface, seul texte que de prime

abord on puisse attribuer à iMarcellus — ne distingueraient pas les lins de phrases de notre auteur de celles des auteurs peu « cicéroniens )) qu'il a pu transcrire. Nous devons à M. Louis Havet l'idée et les procédés de cette dernière méthode. Mais tout d'abord il faut savoir d'où vient ce texte, et si les manuscrits ne nous renseigneraient pas à quelque égard. Plus est obscure la nuit et épaisses les ténèbres qui nous entourent ici, plus est précieux le plus faible des ravons qui pourront nous éclairer : gardons-nous donc d'en laisser perdre aucun.

Nous n'avons actuellement qu'un seul manuscrit du De medlcnmentis : il est connu sous le non) de Laiidnncnsis, et se trouve sous le n*^ 120 à la bibliothèque de Laon. Il a été étudié et décrit avec le plus grand soin par Rose, dans son article iiber die Medicina Plini (Hermès, t. YIII, pp. 3o sqq.). C'est un fort beau manuscrit sur parchemin, du x" siècle environ, formé de terniones et de (jnaterniones irrégulièrement alternés. La première des feuilles a disparu, et, avec elle, le nom de Marcellus : un lecteur, voyant sans doute la suscription de la dernière des lettres qui précèdent le texte : a Epistula Vindiciani comitis archiatrorum ad Valentinianum imperatorem », a rétabli en titre Vindiciani medicina, et ce titre est reproduit en lettres d'or sur le dos du volume. Ainsi nulle part, dans ruui(pie manuscrit que nous ayons, le nom de Marcellus ne ligure. La lin manque également, h i)artir du chapitre xxxiv, 85, p. 356 de 1 édition Ilelmreich ; et de plus il manque en divers endroits, à l'intérieur du livre, un peu plus de huit feuilles ; bref, il n'en reste plus guère que vingt-six sur trente-quatre, soit environ les trois quarts. Tel qu'il est, ce manuscrit se trouve donc en pire état (pie l'infortuné

Virbius en personne.

• Par bonheur l'édition princeps (Bàle, Janus Cornarius, i536) a été donnée d'après un manuscrit plus complet, — sinon absolument complet: cela, nous ne le saurons jamais, et d'ailleurs peu importe, — et qui n'est pas celui de Laon : car Icdition imprimée présente, à onze endroits ditlérents^ , des mots et même des groupes de mots que

1 Le détail en est donné par Helnireicli; nous ne croyons pas devoir les relever ici, tant le texte même en est insigniliant.

le Laudunensis ne conlientpas ; disons mieux.que le Laudunensis ne contient plus, car les deux manuscrits se resseniblont 1^--°"P' J^ Piètre dérivent-ils directement d-un seul et môme archelvpe. D auUe part le manuscrit de ledition prince,,s send^le n'avoir pas contenu cert ins passages qui llgurent da,.s le Laaduncnsis, pu.sque le prenner éditeur ne lest pal reproduits et que l'un d'eux - est d une nnportan.^ telle que lonnssiou n'en peut être attribuée a quelque madvertance. Le plus singulier est que. dans celte lacune de treize paragraphes. „n seul au beau ndlieu. a été conservé dans l'édition pnnccps ; laulil croire qu'un demi-tovu'o a été déchiré, à ces deux lignes et dem.e ppès qui constituent dans l'édition llehnreich le § ', du ch. xx,x : Mai: dans ce cas. Cornarius n'aurait-il pas signalé cette lacune du manuscrit;. Tout cela est assez obscur; et dt, reste celte parhe du De medicamenlis est rédigée avec une telle confusion que. rnalgre le désordre où semble se complaire ordinairement l'auteur I .ncohe- .ence ici dépasse tonte mesure. Si le n.anuscrit avait une lacune, les " idées certes n'en présentaient pas; et l'absence, dans le tas d une douzaine de recettes analogues aux autres ne pouvait en soi être remarquée du plus scrupuleux des éditeurs.

\u point de vue de la critique du texte, toutes ces différences en quantité sont négligeables ; des divergences graves dans la rédaction de parties conservées par l'une et l'autre source auraient beaucoup plus de prix ; malheureusement on n'a pu en relever aucune, ^ous n avons donc, au fond, qu'un seul et même manuscrit, puisque les deux sources ne diffèrent guère que par des fautes ordmaires chez les copistes. Aucune mention n'est faite d'un côté ni de antre des passages transcrits d'ailleurs et que nous allons tacher de relever; tout est recopié de la même écriture, sans nulle distinction .sans que le copiste ail paru se douter qu'il y avait là des textes d origines lort différentes. La lacune môme que nous avons signalée ton a 1 heure porte, moitié sur un texte qui est probablement de Marcel lus. Litie sur un texte certain de Scribonius. 11 est clair que la tradition manuscrite ne nous apprend absolument rien.

i Depuis ch. x.vin, S 66, jusqu'au ch. xx.x, S 5 inclus, sauf ch. x.ix, S ^. Dans l'éd. Hehnreich, de la p. 3oo, 26, à la p. 3o3, 17.

Passons donc ;i la première de nos deux méthodes : Marcelhis a cité dans sa préface, à titre d'inspirateurs de son texte, les auteurs latins suivants : les deux Pline, Apulée, Gelse, Apollinaire, Desi^r„atianus et les contemporains — ses concitoyens — Siburius, Eutrope et Ausone.

Disons tout de suite cpie les textes de ces trois derniers auteurs nous sont inconnus, et que, dans ces conditions, aucune recherche n'est possible. Ajoutons que Marcellus a dû les mettre à contribution tlans une très large mesure ; il les connaît mieux, puisqu'ils sont ses compatriotes, à peine ses aînés : « Aliiqae nonniilli etiam proximo tempore illustres viri, cives ac majores noslri. » De plus ils parlent à })eu près la même langue, selon toute apparence ; ils sont probablement chrétiens ; bref, ils ne sont pas seulement du pavs de Marcellus, ils sont de son monde, et, au sens le plus large du mot, de sa génération intellectuelle : Gaulois. Bordelais même, de ces Gallo- Romains qui, à défaut d'une diction très pure, professaient du moins la plus haute estime pour la civilisation des conquérants, s'en étaient imprégnés dans la mesure du possible, et semblaient avoir perdu toute conscience des dilTérences d'esprit et d'origine qui, au fond, les séparaient si profondément de leurs vainqueurs ; c'était par eux que les lettres et la culture de Home devaient en cpielque sorte se survivre, jusque par-delà les invasions barbares, la délaitc et l'extermination, à la cour des plus odieux Mérovingiens. Que faire, en l'absence de tout texte? Ne faut-il pas renoncer dès maintenant à distinguer les semblables, à déterminer dans cette foule de recettes bizarres ou absurdes ce qui est de Marcellus, et ce qui est de gens probablement tout pareils à lui-même? Dirons nous que les superstitions les plus grossières sont à coup sur de Marcellus, qui avait admis dans son recueil des remèdes de paysans, et qui n'aurait pu découvrir dans les livres de contemporains si lettrés de si grotesques niaiseries? Ce serait faire beaucoup dhonneur à ces illustres vin que Marcellus nomme avec tant de déférence. Qui ne sait que Pline l'Ancien lui-même, le plus sérieux des compilateurs, ne sest que de loin en loin révolté contre la sottise des « sorciers » dont il rappor-

tait 1p^ formules ? Il est certes probable que les recettes les plus stupides viennent des illettrés, et que Marcellus en a été le premier et très naïf rédacteur, mais de là à distinguer formellement deux parties de caractères nellement trancbés, il y a loin. Les paysans ont pu donner des renseignements intelligents, malgré leur simplicité ; les savants, hélas ! ont pu, surtout à celte époque, dire mainte niaiserie. Bornons-nous à considérer tout cela comme une suuple indication :

ce sera prudent.

Mai* plus on ép.ome de difficulté à découvrir dans le De medicamenlis lelénient contemporain, plus il est probable que cette derouverle en soi n'aurait que fort peu d'importance pour l'objet que nous poursuivons. Siburius, Rutrope. Ausone. sont probablement, pour la forme, de vrais Marcellus':» Tant mieux pour notre et.ide : notre champ d'investigation en sera plus large. N'est-ce pas la langue dune époque, d'un pays surtout, qui nous intéresse? Et n avonsnous pas dit en débutant (pie peu nous importe en soi la personne de Marcellus 3 C'est à titre de représentant qu'il nous servira, et plut a Dieu que ses couten.porains fussent ses seuls fournisseurs, et que le

problème se bornât là ! .

Tlolmreicb suppose que Marcellus a bien pu exploiter aussi Vindicianus. qu'il ne nomme pas dans sa préface, et dont le traite de cxperlU medicnmenlis devait surtout lui convenir. En eiïet no.-s trouvons vu tète du De nmlieamcnth une assez longue épître de \.n- <llcianus. comte des Archiatri, à l'empereur Valenlmien (soit le \' du nom. 36.1-3:5 ; soit le second, 375-392: le 111= ne régna qu a partir de 4-ii. certainement après la rédaction du De medwamenUs). Nous cn.irions plutôt pour notre part qu'un si haut personnage eut été noniinalivenient désigné, si reellei.ienl son livre eût ele misa con- ,,il,ulion: le premier médecin de l'empereur ne pouvait être range

,.ani,i les atli nonnulli à moins qu'il ne soit effectivement

!lési<.ne sous l'un des noms Siburius. Eutrope ou Ausone, comme Scribonius par le nom de Designalianus (ainsi que nous le verrons plus loin), ou encore que son ouvrage ne fût. au su de Marcellus. qu'une compilation de ces trois-là. Quoi qu'il en soit de ces deux bvpotlièses, son cas serait le leur, et nous n'avons pas a y insister.

Ainsi, pour ces auteurs, toute recherche serait infructueuse, il est vrai; mais, jusqu'à nu certain [)()iut, ces invesligalions ne sont pas nécessaires. Il n'en est pas de même des six autres : « L'tenjac PUnius c( ApulcJLis d Celsus et Apollinaris ac Dfsi'ijnatianus. » Kt. lout d'abord. voici que l'un d'eux, Apollinaris, ne nous est i)as [)lus connu que les Bordelais. Il l'est même beaucoup moins : vivait-il sous les premiers empereurs comme les cinq autres":^ Était-il Romain ou provincial} Fut-il un rédacteur original ou un simple compilateur? Se préoccupait-il ou non de bien écrire? On ne sait; et, s'il faut prendre à la lettre la mention de Marcellus, s'il n'y a pas là quelque erreur dans la transcri[)tion du nom, nous voilà en présence d'une lacune dont l'importance môme nous échappe absohiment.

Mais est-ce bien une lacune? Apulée, dont le nom ligure précisément avant celui de Celse, n'est certainement pas rilluslrc écrivain du m' siècle, puisque celui-ci ne s'est jamais, que nous sachions, mêlé de médecine, non plus que l'un des auteurs de traités parus sous ce nom, puisque ces traités datent seulement du \' siècle, et eussent été par conséquent, comme Siburius et les deux autres, qualifiés par Marcellus de contemporains. Ne serait ce pas cet Apu/rins Celsiis que Scribonius nous présente comme un de ses maîtres i et qui était né à Ccniaripae, au pied de l'Klna? Cet homme, qui gardait si jalousement le secret de ses propres recettes-, en avait quelque [)art consigné les formules, ^lais il est plus Maisemblable que Marcellus a seulement lu son nom dans le livre de Scribonms-^ et qu'il le donne pour un de ses auteurs, quand il ne le cite que de seconde main. Lire Scribonius, c'était dans quelque mesure lire Apulejus Gelsus, et TeulTel a bien raison quand il traite de « prétendues

' Scrlhon., recettes 9 'i et 171.

•■i Scribon., rocellc ()4 : 'c Hoc mcdicaineiituin Apulci Celsifuit. pmcceiUoris \al,'ntis et nostri, et nanquain ulU se vivo composltionein ejus dédit, qaod nuignam opinmnem

ex ea traxerat. »

3 C'est encore le cas quand il cite, avec le pseudo Pline, le médecin grec Soranus (n. 180, 1. 3), puisque de son propre aveu il n'a consulté que des Latnis.

il!

sources » les auteurs cités dans la préface de Marcellus. Apollinaire, inconnu d'ailleurs, serait peut-être une source du même genre; mais

il y a mieux.

Le nom de Celse, l'un des plus sérieux auteurs dont nous ayons conservé les ouvrages, semblerait devoir être gros d'indications et d'explications ; contemporain de Scrlhonius, en somme, il est cite sous son vrai nom, Cornélius Celsus,en tête de la cinquième et de la sixième lettre placées entre la préface et le texte du De medlcamentis : c'est donc bien lui que Marcellus a voulu désigner, et non un autre? Rien n'est moins sur. La cinquième lettre, « Cornélius Celsus C. Julio CaUislo », est de Scribonius lui-même, le fait est là ; et, quant à la sixième, à Pullius Natalis. que peut-on dire ':> Elle ne figure pas dans ce que nous avons gardé de Celse, voilà tout. Ne pouvons-nous prévoir dès maintenant que Celse, Apulée et Scribonius ne font ici qu'un seul et même personnage, et que, s'il ne faut pas nécessairement lire « ApuL'jus Celsus n au lieu de « Apulejuset Celsus )), il est plus que probable qu'il y a eu confusion dans l'esprit de Marcellus entre le grand Celse et le maître de Scribonius?

Ici, du moins, une contre-épreuve est possible, par le rapprochement des textes de Marcellus sur les points communs. Nous avons fait ce travail en toute conscience : les résultats sont à peu près

négatifs.

Celse est aussi sérieux que Marcellus est simple; il parle des empiriques, au livre L avec justesse et bon sens. Les parties de ce qui nous reste de son encyclopédie, qui lui sont pour le fond communes avec Marcellus, sont le livre lY, le livre \ I et la fin du livre V, consacrés aux maladies des diverses parties du corps ; de plus, le livre V est en [)artie une pharmacopée comme le De medica mentis, et enfin (iv, /i. i) il recueille, à propos de l'angine, une sorte de superstition (ju'il s'excuse de rapporter. Or, cette superstition, revue, développée et embellie par Scribonius (recette 70), et par Marcellus lui-même encore beaucoup plus (ch. xv, 5, 6, 8, 9), n'est nullement rapportée dans les mêmes termes :

Celse : a Vuhjo audio, si quis pullum hinindinis ederit, angina toto anno non periclitari ; servatum(pie eum ex sale, cum is morbus urget, coniburi, carhonemque ejus contriUun in aquam mulsam, quae potui datur, infricari, et prodesse. »

Marcellus, xv, 8-9 : « Ad synanches molestiam et faucium doiorem periculosum efficax medicamen conficitur diligenter et reconditum in praesidio hahetur : jus, in quo hirundinum pulli cocti fuerint, accipitur tepens et intra fauces continetur atque aliquid inde transmittitur. Sed praecipue contra synanchen prodest, si hirundininos pullos in nido prendas et vivos incendas, ut pulvis ex his fiat, die Jovis liduna luna vetere. Sed observa ut impaires in nido invenias et quanti fuerint exuras. Horum in calida aqua pulverem bibendum dabis et de ipso pulvere digito locum synanches ab intro continges ; miraberis reniedium, etc. P. i42, 5 sqq.

Si Marcellus s'est ici, directement ou non, inspiré de Celse, certes, ce n'est pas dans la forme qu'il l'a suivi.

Des collyres, nommés du nom de leur inventeur, se trouvent é^-alement décrits par Celse et dans le De medicamentis : mais les noms des inventeurs sont seuls identiques. Rapprochons par exemple les

définitions, de part et d'autre, du collyre achariston :

« Celse, VI, 6, 6 : « At ipsius Theodoti, quod a quibusdani ày;JpijTCv nominatur, ejusmodi est : Castor ei, nardi Indici, singulorum p* /, lycii p* =r, papaveris lacrimae tantunidem, myrrhae p* If, croci, cerussae e/otae, aeris combusti, singulorum p* Mil, gummi p* XVIII, acaciae suci p* AX, stibis tantumdem ; quibus aqua pluviatilis adjicitur. »

Marcellus, p. 63, 19 : « Collyrium acharistum (mot bien gaucbement expliqué p. 206, 7) Theodotium ab Antigono inrentum, accipit haec : Acaciae denarios XX, Stibis d. X, croci d. I sem., aloes d. II, murrae d. II, cadmiae d. VIII, castorei victoriati duas tertias partes, opii d. I, lycii d. II, aeris usti d. VIII, cerussae d. IV, nardi spicae d. I et tertias ejus, cummis d. XX, palmarum ossa sioe nuclcos ustos d. XXX, trita haec ex aqua pluviatica conficiuntur. »

Et, p. 93, I : (( Descriptio acharisti collyrii : aeris usti et loti — II, cadmiae lotae — II et scrip. VI, croci — /, opi — / et scrip. VI, myrrae troglodytidis scrip. III, turis VI, gummis scrip. XVIII, vmi optimi quod safjiciat, quo omnia colligantur et collyria fingantur. »

Ces deux recettes de Marcellus diffèreni absolument l'une de l'autre, et aussi de celle de Celse. De même le collyre de Denys : Celse, vi,

Ii>

in

6. i. et Marcellus, p. 79- 7 ^ 'a -ette donnée P- /;'- -"'^^ quatre éléments, celle de Marcellus en a c,u,nze. dont un seul. cTomme se trouvait indiqué par Gelse.

° He ait fastidieux dinsister davantage et, dans un chap.tre q n n-et qu'une inl.oduction, d'exposer tout le détail, et non pas seule- Tentls conclusions de nos recherches : ni les -/>---■ p|,„ souvent les délinitions ne sont concordantes Ma,s nous pouvons quitter Celse sans présenter nue dern.ère observation, 'cet Ap'uleius Celsus, le .ai.re de Scribonius, ne se..,. s «e CeWe même dont nous possédons quelques hvres .^ Celu-c, et mcontestablemeut (Tou.el, , .80) ^' -- , o-né.a-.. a ,^ne ancen que Scribonius ; les deux textes Ces plus haut de hcub^ u^ portent t,«/..C././, ce qui dilTère b,en peu -'— ^ ^'V^f J^ ; 1 L/«. était, d'après le titre de l'ouvrage que nous P--'^- "^^J '^ no,u de Cornélius Celsus. La confusion la.le par Marcel us dans a A. lellros olacées en tète du De mcdicamenUs s exph-

::rc!;Scnl>o.uus;eniiull.stoi.eaelam

décha.gée du no. d'un Apule,us Celsus, --"-> ^^ ^ ^^^^^ ^^ double texte, tort discutable, de S.ibonu.s. On ne saU .;en lave de Gehe • on le dit Cisalpin, mais ou est la preuve dec.sne qui em ÎlieX le croire Sicdien P Une seule dimculte ^ P^^^-jJ^^^; dit-on vivait encore sous Néron, et Scribonnis, dans son l.re ecnt t;,, sept ans avant 1 avènement de .eron.sen.^^^^^ maître est déjà mort : « Hoc mcdicamcnUun Apnla (.^J Uls Jiut, " pLn. Llentls et nostri cl nan,un,n alli se vioo co,nposa.ne,n 'ri, ,nod majnam opinions c. en ira.erai (recette oAl -- ZiMal ipalei c/j Cclsi praeceptori. ,a.n ,uolann. co.,o..^ et rncre ,aod.n pMicc mUtel.t Centanpas, -^ ^ ^ (recette .^L » Pour nous, qui ne -- ^^^P^^^^^ '"^^^^^^^^^^^^ de Scribonius, il nous sutlit davoir pose la question . mais clair dès maintenant que Marcellus ne connaît ^f^'^^'^^;;^ Apuleius Celsus qu'à travers Scribonius, et qu d ^^^ J^f^^^ tant sétonner de ce que Sciibonius en personne, tant pdlc par Marcellus. ne fut même pas nommé dans sa prelace.

M.i. le tV.t e.t qu il Y est nomme : Desi<rnatianus n est autie que Mais le tait e.i qu ^ Aniilcius (et) Celsus et Apol-

Scribonius, et je propose de lire . « U Apul.jas (eij f

Unaris ac Dcsignatianas, Apulée, Celse (ou Apulejus Cel.us). Apol

linaire, et (leur compilateur) Designatianus. » Le changement de particule, ac au lieu de et, serait ainsi motivé par le changement de

relation.

Que savons-nous de ce Designatianus ? Rien, en dehors de ce que dit Marcellus, qui se borne à le nommer dans sa préface, mais qui cite de lui une lettre à ses fils : « Laryius Designatianus jUlls suis » ; et cette lettre sert de préambule à la traduction d'une lettre dlllppocrate au roi Antiochus (quel peut bien avoir été, au \' siècle av. J.-C, ce roi Antiochus ?), suivie elle-même d'une seconde lettre du même Hippocrate, traduite par Mécène : « Epistula alia ejusdcni Hippocratis ex Graeco translata ad Maecenateni. » Or Mécène mourut en 9 av. J.-C. Si nous considérons que Scribonius avait i)our surnom Largus (gén. Lanji^ comme celui de Largius), qud avait sérieusement consulté Hippocrate, et quenlin il serait vraiment extraordinaire que Marcellus eût oublié son principal fournisseur, celui dont il a emprunté à la fois le plan, et, en majeure partie, le texte, n'est-il pas à peu près certain que ses deux premières lettres sont entièrement de Scribonius, et que celui-ci est déjà nummé dans la préface P Pour la troisième lettre, le nom de Mécène, morl sans doute avant la naissance de Scribonius, présente une bien grave diiïiculté; mais l'auteur de la première lettre ne dit nullement qu'il en ait traduit deux. La cinquième, et probablement la sixième (qui est, comme la première, la préface d'une traduction), sont encore de Scribonius ; soit au moins quatre sur sept : justice lui est bien

rendue.

En résumé, Apulejus, Celsus, Apollinaris et Designatianus ne représenteraient qu'un seul et même auteur, Scribonius, et, pour celui-là, nous savons comment Marcellus l'a utilisé : il l'a presque littéralement copié. Helmreich a relevé, sur les 253o §§ dont se compose le De medicamentis, exactement 5i2 §§ extraits de Scribonius i ; et, comme ils sont en général fort longs, il n'est pas exagéré de dire qu'ils constituent le quart de l'œuvre. Ils sont ordinairement placés en tête des chapitres, tout comme dans la prélàce les lettres de Scri-

^ Peut-être davanlage encore : nous n'avons aucun manuscrit Je Scrlljonius, et IVd. princ. (Ruellius, Paris, i6u8y est fort incomplète et incorrecte ; iUst vraisemblable cependant que Marcellus aura pu consulter le texte dans son mtegnlé.

hi

— de -

bonlus en tête des autres ; mais 11 s'en trouve -^^^f^^^^ T e chaoitre xxn (p. 3o2) débute par un extrait d une longueur telle. ie es ts cinquièmes tout au plus du cl.apitre entier sont de Marcel u. D-aiileurs, nulle préoccupation de déguiser 1 emprunt : p. 6A. p Scrib.. recette 38). Marcellus oubliant qu'd s adresse a se hls, U 'sait • ., Non aaiem praeteri, me hahere le prudentes oealanos ^^^unonrlnadi^erisL. ingénies. « Telle os, la conclus.on cU,

T"" , j\onT • il s'occune ensuite des oreilles,

Scribonius pour les maux dNCUX, il s occupe

tandis que Marcellus continue ses recettes de collyres. -Le cl.a pi re xxix de Marcellus présente deux délinitions contradictoires. TZ donnée par Scribonius au S . de ce chapitre, 1 autre par Maicellus lui-même au § 1 1 :

, . „ Bene facil ad iléon qaod vitium est injlatio tenuium intesti-

,r7"sanat et inflationes perieulosas omnium vel plurimorum intestinorum, quem morhum Graeci iléon appellant. » Pa<.e 3,5. au début du chapitre xxx, notre auteur prend à son compta une transition, ou, si l'on veut, une prétérition de son modèle recette 35k, mieux encore, page rS; au début ^u cbap, re x voici aes détails strictement personne s r«. e 07 ^ ^ ^ J:^anièsla mort de son inventeur..., H. i^aesai l pti t

1^ st. et per eun. in UUotkeeis pul.licis posUa .en,t ,n n.anus ::;,r... ,«..' ante nullo modo e.tnéere potuimus, 7-™"-'""": .eerimns at seiremns ,n.e esset e. et. ; - âge . ■ o sc,,^^ « Hanun rompostlionum. si qna Ji'les tsi, et ipst t^ emper e.portus sum et alios idem sensissr conj.rmo ; nam et dh,d ri une in simiUOns caasis pleriqae amiconun meornm. qu,J>ns tp^'ac miki credo, eqreqia se e.pertos cum jure jarando a/J,rma- L etc. » C'est i; conclusion de Scribonius ; Marcellus qui 1 "te i!; se croit pas obligé pour cela de mettre à son livre le point

^'tprès cette longue et décisive citation, le lecteur est édifié sur l'esprit et «ur la méthode de Marcellus quand il emprantaU : celait p e que la lidélité honnête, pieuse et parfaitement -pte du. copie- Lires- ici, il s'attendrit sur la sincérité de ses amis , la I cite cl; autorité son contemporain Tibère, de quatre si clés ant^.rieur^ tel pour nous le roi Louis XI ; ailleurs, c est une discrète allusion

aux oculistes de son lils. Bref, on a pu justement : i" s'étonner de ne pas voir en toutes lettres le nom de Scribonius figurer dans la préface : nous avons proposé de l'y retrouver quatre fois plutôt qu'une, et, crovons-noiis, avec raison : — 2"* se demander si le leclor otiosus, le deus ex machina des philologues n avait pas complété de son chef les citations faites par Marcellus. L'intention est charitable ; mais, après avoir lu quelques pages de notre auteur, et les « mirifice prodest », les a ila proderil ut stupeas », qu'il ajoute à la description des plus absurdes formules, elle paraîtra bien superflue: c'est plus de la moitié du livre qu'il faudrait attribuer au bon leclor ollosus. — Disons, pour terminer, que Scribonius ne nous a laissé, dans ses Composiiiones que 271 recettes, et qu'en lui en empruntant, en 5i2 paragraphes (cf. sup.), 170, c'est-à-dire environ 2 sur 3, Marcellus a bien prouvé son absence de discrétion.

Toutefois, l'emprunt n'est pas une transcription pure et simple, en ce sens qu'on peut relever, entre le texte de Marcellus et celui de l'édition princeps de Scribonius, des divergences bien nombreuses pour ne représenter que les variantes ordinaires entre un texte et sa transcription. C'est ainsi que les dernières lignes de la préface de Scribonius ont été supprimées ; elles ne convenaient en efl'et qu'aux Compositiones; mais les scrupules de Marcellus n'ont pas toujours été si grands ni si opportuns. Les receltes 6, 10, 21, 2,3 (fin), 3i, etc., sont annoncées par des formules légèrement dilférentes, mais d'une construction toujours plus simple :

Scrib., 6 : Oporfet vero permanente capilis dolore materiam quoque detrahere ex eo...

Marc, p. 27, 3 : Permanente vero capilis dolore, materiam qiioqae oportet detrahere ex eo...

Scrib., 10 : Prodesl, cum diu caput dolef, adtondere ad ciitem et radere. . .

Marc. , p. 27, 32 : Cum vero diu caput dolel, et adtonderi pressius et adradi p rodes t. . .

Scrib.. 21 : Item compositorum collyriorum hoc maxime proho ad récentes epiphoras...

Marc, p. 5(), i/l : Compositio (sans verbej collyriorum quant maxime proho ad récentes epiphoras. ..

If^

it.

|if.'

ScHb ,3 (11... Pl-"' -l"'»" <""*' ^ "~ '"'*"' '" '"'"" ™

Ce sont U. dira-t-on. des négligences de détail ; Ma.cellns a copié , ,S: pl ce qu'il ^ovait.. Soit, et ces négligences n.en.es sont

„ Lr;:::, pL,ner,es so.,i,g.,cnt en quelque ^^;:;^::^

liculière de Marcellus (du n.oins en ce qu. coucen.e les '»« '^j"^ l.KUicaux), par le contraste qu'elles présentent avec 1 extrême sen.l.t. que nous avons signalée plus haut.

^ Ouoiquil en soit. Marcellus e.nplo.e volon Uers . f" "^;;™ tenq,. pnncipal dans lénoncé dune recette d '-;'■-": p.el'ixeLles verbes, pratique des coupures ^^^ J^ ^^ 'J^ ^ ' '. o crMiiniilo la Diéposi ion dcNaiU tous ils» m^^.

generalemen s, co,. ae 1 ^^^ Laudunensis et

r::::tro:;;:;s,';u:t:.ius se so.;,e plus souvent

. ,,,.,,Hus. ., .a..sc.i.,.t .0,. ......i.. c„.n,et pr^. e ^ ^ ^^^^^^^^^

,„e (comn,e ci ae.us) de„a/nc,o «.« .« • -J» ' ^J^ ,.„„„,, ,„, (eo.-.e .„„.,«, /.oc (comme c.-d.ssus) «.™. A" ^^ « ^^^„„,„.,,„, ^,, .,) „ écr.t :

ei.,,res) „... ...it ''■;;-;;-■- ;:;,: ,,L .au <.c,. ,. i,n,,o.iMe. .

somnos co//uere ora propter luiUtu., Ji igi'K^ ï

ùa,n .lolores... certa -F" -l^-^^^^ ^^^,^ ^^, ,,,, , ,trc a.ndlcaùo. tout au -i Nous revendrons a l oc( a.ion ,-,,llcnie.it conlormes aux

rnoui., et «luand ces diveruenccs nous sembleront

habitude* de style de notre auteur.

borné, en suivant le plan de Scribonius, à transcrire de son modèle toutes les recettes relatives à une certaine atTeclion, puis à y ajouter pele-méle des recettes empruntées à Pline, aux contemporains, aux bonnes femmes, jusqu'à ce que son répertoire soit épuisé : le cbapitre est alors iini. Un autre commence, et, comme le précédent, présente d abord les passag:es de Scribonius relatifs au nouveau sujet, ensuite le résultat des recberclies de Marcellus, et ainsi de suite. 11 y a des exceptions, bien entendu : néamnoins on [)eut maintenant se faire une idée des procédés dVuipruul de Marcellus aux Composilkmcs de son modèle.

Les emprunts faits aux deux Pline, ulerqiic PUnias, sont de nature absolument dinérenle : le texte n'est plus du tout respecté dans sa forme, Marcellus n'en a retenu que le sens. La lettre même du pseudo-Pline insérée page i3 (c'est la préface de la Medlcina /*linil), est transcrite avec fort peu d'exactitude, surtout vers la lin, qui est déjà un commencement de pbarmacopée :

l*s. -Pline : Omnibus (jar<jarizaiionibas calidis niemur. Marc. : (^anjarizationes vero omncs caiidac alcndae sunl, sicut et fomcnla, ut mcdendi ratio et usus ostcndit.

Et notons bien qu'ici Marcellus prétend citer un texte, et qu'il l'intitule Epislula Plini secundi ad amicos de mcdicina. C'est dire qu'il sera moins scrupuleux encore dans le corps de l'ouvrage ; à vrai dire, c'est [)récisément ainsi qu'avait procédé à l'égard du vrai Pline, auteur de ïllistoire Naturelle, l'auteur de la Medicina Plinii. On sait que ce dernier, de cent ans environ antérieur à Marcellus, s'est préoccu[)é de recueillir dans \'H. N, un certain nombre de recettes simples et d'ap|)lication facile pour les voyageurs éloignés de leur médecin ordinaire ou même de tout médecin. Les trois prenu'ers livres sont un résumé de 1'//. yV. (cf. 1 éd. Val. Rose, Leipzig, 1870), dont buit livres avaient été consacrés à la botanique médicale et cinq à la zoologie médicale, sur les trente-sept (pii for-ment l'ouvrage entier ; un (piai?iènie et un cirHjuième livre sont des extraits de Gargilius Marlialis, de cent an.s antérieur au pseudo-Pline, de deux cents à Marcellus.

C'est le titre du résumé, Medkina Plinii. qui a fait croire à l'existence d'un nouveau Pline, auteur de ce résumé et c est b.en au,s, que Marcellus la compris. Aussi faut-il traduire les mots : hpislula luni secand,. ad amicos (p. 13) » par : « Lettre du second des deux Pline ... abstraction faite de celu. que nous appelons ordma,rement Pline le .leune. Marcellus. comme il le dit. paraît b.en avo.r consulte i la fois labreviateu> ' cl le modèle (uter^ue). avec cette d.lTerence toutefois qu'il ne délaie guère le texte de l'abréviateur. et quau conl,.„ire il amplilie et altère souvent, à force d'additions supersffeuses. le plus ancien des deux. Nous croirions volontiers, vu son mcompelence personnelle, que Marcellus avait eu entre les mau,s un texte annotlde Pline l'ancien, pour en arriver à le moddier, par exemple, comme il suit :

Pline l'Ancien : Mel iitilis.vmnm ocalis, in qiw snnt apes immor-

tuae. ... . ,

Marc p 68. lo : Mel, in quoapesfuerint mortaoe, utihssimuniest

ocalis, si nilidum ac param opporUinc et paallaUm mfandalnr. Pline l'A,.cien : Mn terram sabstemunl laeerlae mruh excaecalae et iina in vUreo vase annulas incladunt e ferro solulo vel àaro : rjuom récépissé visum laccrtam apparaît pervUrum, emi^sa ca, annalis contra lippitudincm atuntiir. Marc ,, 08. , G. en termes différents et en vingt-deux l.gnes nous présente à son tour cette n.èu.e recelte délavée en deux longues variantes, qu'on nous dispensera de citer ici. Peut-être même, au lieu d'un texte simplement annoté. Marcellus aurait-il eu entre les mains une véritablement compilation analogue a celle de la Medicina /'Uni. mais beaucoup plus verbeuse, et trt lente • le progrès marqué dans la régularité de la construction est un ttoigna'ge^d'une inspiration moins directe que celle de ^nbo nius. Ajoutons que l'esprit des deux auteurs, quelles que soient les Lpersti'tions de'piine l'Ancien, est si différent Plme -.-^0- M rcellus garde une telle prudence et une telle régulante dans le L. une telle précision dans la forme, que Marcellus semble bien

i Sur les 2 53o ncra^raphcs qui composent les 30 cl,»,.llres de Marcellus. ,9, 'tilient'au pfeu-lo-lMine ; .ais, au rebours de ceux de Scrd.on.us, ..s sont

app assez cour

ts et lormont tout au plus un aixi."..nc du De mcdicamentis.

ne s'être inspiré de lui qu'à travers les commentaires diffus de quelque empirique. Et nous dirions volontiers que Marcellus, dans sa candeur et dans son désir d'être utile, a pu dédaigner quelque peu cet encyclopédiste correct, « semper ad evenlum fesfinans », dont l'œuvre n'est qu'une énorme table des matières, et qui de plus ne croit pas à la magie. Mais peu importe : les deux Pline en fait constituent, au point de vue qui nous occupe, une quantité absolument négligeable, même pour les contrastes dans la forme. Car ici, Marcellus ne retenant que le sens général du modèle, et ne le suivant pas mot pour mot, diffère trop de lui pour pouvoir lui èivv vraiment comparé. Autant comparer ensemble deux auteurs {)ris au hasard ; tandis qu'au contraire, pour une véritable transcription, comme celle de Scribonius par Marcellus, la collation vaut la peine d'être faite, et d'être étudiée toutes les fois que les divergences sembleront mériter quelque attention.

Ces réserves faites, constatons que les recettes des deux Pline sont adjointes à celles de Scribonius, chapitre par chapitre, mais d'une façon assez irrégulière : toi chapitre du pseudo- Pline, surtout au début de son premier livre, a été presque entièrement utilisé, quoique dans un ordre diflérent, tel autre semble avoir été ignoré : le troisième livre en particulier, avec ses trente-huit chapitres, a fourni en tout moins de trente recettes, tandis que sur les soixante-cinq chapitres du premier livre, les trente premiers ont été complètement mis au pillage.

Nous disions en commençant qu'il y avait certainement du Marcellus dans le De niedicamenlis : nous savons maintenant qu'il y en a beaucoup. Le fond est entièrement emprunté, c'est entendu ; la forme, à notre avis, ne 1 est guère que [)our Scribonius, c'est-à-dire pour le quart de l'œuvre à peu [)rès, et encore cela ne signilic-t-il pas que nous devions, sans autre examen, laisser de coté ce quart de l'ouvrage. La matière est donc assez riche et le lorrain assez solide. Les excellentes éditions de Scribonius, par llolniroich, et de la Medicina Plinii, par Yal. Rose, nous ont été d'un grand secours, avec leurs variantes, leurs renvois, leurs rappels de toute espèce, et la conscience extrême avec laquelle le texte a été étudié et établi. C est grâce à eux que nous avons pu entreprendre notre travail; s'il avait fallu tout d'abord, et réduit à nos seules forces, déblaver

le tetrain en vue de lélude que nous poursuivons, nous aurions té d'avance découragé. î^on. certes, que nous ayons comn,enc par un acte de f.,i à leur é.ard ; -nais notre Iravad de contrôle Lu. a eu l.entùt donne de tels résultats que nous avons pu le r Loi.ner une véritable contiance. et ,u,n cette fo. pure e, s,n,ple qui. en matière de philologie, est la négation mén.e de tout espnt scientif-que. ^ous en dirons autant des études f^-^^ ^ " Rose dans V Hcrnns (t. Mil, pp. .« (iG. nl.r '''-"'•'''7 fj " nii). Et quant à M. G. Hehnreicl,. le savant pro lesseur d Au sbourg, il .l'a é,li,é Marcollus , .88,,) q-aprés avo.r pu! ,e. en s a.d^nl du texte de Marcellus lui-M,èn,e. le texte conq.let ,1e Srd,o,„ns ( , 88| Nous' concluons donc avec lui ,p.e. suivant Inule ua.sernhlanre, la table qun a dressée (pp. 'M o-./mA de IVd. de Marcellus) des en.-

;,„„ J, peu près tevtuels laits par Marcellus à d'autres a. eurs est kacte dans tous les sens du n,ot, c'est-à-dire auss, conqete.

Toute notre argun>cntation. il est vrai, a porte sur la préface, dont l'authenticité n,èmo serait tout d'abord a discuter. Ma.s on ne voit aucune raison pour en contester l'origme. et nul cr.t.que iusqu'.ci ne l'a contestée. Marcellus. après avoir ote ses auteurs, dout aucun n'est n.édecin de profession, non plus que ln,-n,en.e. explique ;, ses lils ses intentions : il ^eul être utde a son procbain. et son prochain, c'est lou, le u,oMd... les pauv.es e les l,„„d,les tout dahord. nun <.lrcn,s nuuj. ,/ „rcnhs; n,a s aioute-t-il expressen.enl. aucun des ren.èdes qu'il donne ne devra être

;;,are ni administré sans .'a.sis,an,.e d'. edecin. I n,en ,onne

Ll'In les sep. lettres qu'il va citer, et dont, .les auteurs hu ont ^^s^^^^^^^

de „.odèle .. - ce sont, on le sut. Scrd,onH,> l'hue .■ ( \ M,d - ,;.,„„. et les soixante-div-huit Ners par lesquels d lernune . ;,,.,•,' ,,,,... di.-il. cet opuscule dan^ uu pelil .'oin de n.on manus- „it - .»-; .s-.rmom. uostro o/„r. h.u. sJl.-rlir, no.sira romposUa clan>lanlar ; - •.•' (nO "..jas noslras nn,lil,,lc.r foU.nun rclH o ,cctu. ■ „ c'est-à-dire, tout d'abord, pour tern.iner par un ccr.t personnel ce ;ecueil dû à nos soins - nous n'avons garde de comprendre : ,, Pour terminer par un texte de ma conq-sition ,-eUe compdat.on servile d'autres textes : » car. quand il u'aura,t du red.ger hu-n.eme nue les remèdes « forluilo ol^/nr .unpiicia, <puu- Oujr..<rs cl ,Mcy cxpcrimcntis ,.robavcn,nl •> d est évi.lent. nous l'avons. ht. qu d v a, dans le De mcdicamcnih. beaucoup plus de <; Marcellus .. qu on ne

croirait au premier abord. La préface nous révèle encore : le pays de Marcellus : c'est Bordeaux, puisque Ausonius. le père du poète ', et qu'il qualifie de civis suus, était de Bordeaux ; la date approximative de la composition de l'ouvrage : Tliéodose I" n'a pu être qualifié de scncx qu'après l'avènement de Théodose II (^o8) ; mais un ancien ministre de Théodose l" (mort en SjjS) ne pouvait être bien jeune en 4o8 et n'a pas dîi vivre longtemps après : l'ouvrage fut donc pidilié vers /jio, disons plus simplement au début du V' siècle. Marcellus est chrétien : d'abord [larce qu'il eut été dillicile sans cela d'èlrc ministre sous Théodose, et aussi parce que seul un ciirétien pouvait, sur le ton de la préface, parler aussi cliarilablemenl de son prochain. Remarquons enfin que sa préface elle-même est en partie inspirée de celle du pseudo-Pline, quand il parle de chercher parloiU des remèdes et de résumer les résultats de ses recherclies -.

Le plus superficiel examen de ces deux pages d'avant-propos nous révèle de sérieux ell'orts en vue de faire du u haut style » : les périodes sont longues, claires cependant et bien construites, et tellement ciccronicnncs, que la proposition principale est généralement précédée de ses subordonnées, qui reprisent ainsi sur elles, fduv. (^Juinlilien, on le sait, la proposition princi[)ale est [ilnlùt en tèle. et les aulres suivent comme si elles y étaient .iccrochces. et de telle façon (pi'a|>rès chacune d'elles ou peut croin^ la [ihrase leiiniuée. L aur,iil-il em- [)runtée, imitalis nmUindls, à cpielquc aulcui- du siècle d'Auguste!' et serait-elle conmie un cenloii de [)ériodes cicéionieunes !' Tout est possible et admifsiljle chez un auteur (pii. par délinilion, a paiiout pillé et grappillé ; mais, i'ùt-clle un centon. elle n'en serait [las moins de Marcellus lui-même, au contraire. Et. chose bien curieuse, tandis

' Auson., Praef. Epigrnmiii. , i5.

^ l^seudo-l^line : « Ncceasariunt iitilù visumst ut uiiditjue rmlUadinis aiixilU' conindiert'in cl Vf lui in irt-viariliin eoUigerem n: Matctllus ; a AdnolntLon'ibas farlum undciindc rolleciis. . . Id sparsain mcondUum'{ue coUcgi cl in luwnt corpus composai . »

— '24 — que dans le corps de son ouvrage Marcellus semble négliger absolument lobservation des rythmes de Svmmaque et même les préceptes moins étroits de Cicéron, cette préface à ce point de vue est vraiment

irréprochable.

Insistons sur ce point, ou plutôt résumons ici nos recherches, quelque stériles qu'elles nous paraissent maintenant a>oir été. C était la deuxième de nos méthodes. Voici, avec leur ponctuation, les fins de phrases ou de membres de phrases de la préface :

studiosonim

insùtiitione

nobiles

dillijentiaqiic

iindennde

legendo

Inconditiimrjiie

membra

sermone

Aiisonius,

lectione

atqiie

probaverant,

vigiluique

piisslmuni

alla

valetiidinis

studioqiic

ciiratloncnujiie

omnibus

no lis

comniunîcarc

egenoqiie

viroriim,

medicinac,

intuleriint,

conscripsiy

colle cils.

coqnovL,

colle (ji,

composai.

perscriptos,

commodarant,

scratalassiim,

simplicia,

didici.

faciendam,

daxi,

nascalar,

causa,

noslrOy

praestabit.

injirmis,

iijnolisqae,

dcbctis,

defertur.

paranda indiVuj enter expositione périt iordjus saepius semper alicujas para ta culpetarque

peccarit

m 0 naisse

consuhiisse

esse

déesse t y

poterit

diqestione

aliqaid

poema

blanda

codicis

composita

celet

medicamina,

habeantur.

diqcsserOy

conferantar,

retractentar ,

linbcantnr,

obrepat,

corrumpat,

medicina,

in caria.

sufflciet,

conveniet.

scripsi,

adjeci,

ad salulem.

compositis,

in carminé,

pelliciat,

conciliet.

collocavi,

claudantur,

objectus.

On le voit, la terminaison la plus fréquente est ^, ou ses équivalents, précédé d'un trochée ; puis — ^ précédé d'un ïambe, -- précédé d'un iand^e, et c'est à peu près tout; fort peu d'irrégularités et encore devant une simple virgule : ce n'est pas seulement le respect de Cicéron, c'est celui de Svmmaque lui-même, et il est

difficile, on l'avouera, quand on connaît les exigences de celui-ci^, de s'y soumettre, comme on dit, sans le faire exprès.

En est-il de même pour les lettres qu'il faut attribuer à coup sûr à Scribonius, au pseudo- Pline, ou même à Yindicianus? Nullement. La lettre de Cornélius Celsus à Pallias Natalis, qui est probablement de Scribonius, présente neuf phrases ou périodes nettement marquées :

6 sont irrégulières dans le système de Symmaque comme dans celui de Cicéron ; la dernière est régulière, il est vrai ; celle de Cornélius Celsus à C. Julius Callistus, qui est certainement de Scribonius, sur 67 fins nettement marquées en présente 26 nettement irrégulières, c'est-à-dire près de la moitié. Voici en particulier la fin de la dernière phrase: « sicut drachmae apud Graecos incurrant ». Faut-il espérer que la pureté des rythmes dans le De Medicamcntis sera un critérium sûr, en ce sens que Scribonius se distinguera par une extraordinaire irrégularité ? car le même travail fait sur la lettre du pseudo-P/m^ à ses amis sur la médecine nous révèle chez cet auteur une majorité de finales régulières (11, dont la dernière, sur 17). Il n'en est rien. Pour plus de sûreté, nous n'avons étudié que les fins de fragments ou de cbapitres, et voici ce que nous avons trouvé :

Marc, 129 finales, dont 82 cicéroniennes, 47 irrégulières ou inusitées ;

Scrib., 37 finales, dont 22 cicéroniennes, i5 irrégulières ou inusitées ; ^

soit, chez Marcellus, 7 finales régulières sur 11 ; chez Scribonius,

7 sur 12^.

^ Cf. les savantes et minutieuses recherches de M. L. Havet, sur la Prose métrique de Symmaque^ Paris. Bouillon, 1892. Nous ne croyons pas, du reste, en cherchant de ce côté une sorte de « jour pour la critirpie », mériter absolument le persiflage de Nisard [Poètes romains de la Décadence, I, p. 59). sur « ce travail ardu et sans utilité qui consisterait à ctiercher des différences et des ressemblances entre les poètes dans les longues et les brèves de rpiehpics vers isolés ». Ardu, c'est certain ; sans utilité, on ne peut le dire avant toute expérience.

^ Le même travail fait sur les fragments du pseudo-Pline a donné, sur 83 finales, 53 cicéroniennes, c'est-à-dire comme chez Marcellus, 7 sur 11 ; ceci ne saurait nous surprendre, puisque Marcellus a complètement remanié le texte du pseudo- Pline.

Si donc il fallait considérer dans toute leur rigueur les chiffres ainsi obtenus, il n'y aurait, pour ainsi dire, aucune différence rythmique entre nos deux auteurs; tout au plus une nuance distinguerait-elle Scribonius comme un peu moins régulier. Mais la vérité semble bien avoir été qu'ils ne s'en souciaient ni l'un ni l'autre dans le corps de leur ouvrage ; ce cpi'il y a de régulier, c'est ce qui était écrit en quelque sorte avec des réminiscences de Cicéron et des autres auteurs de l'école ^ des préceptes du grammairien et du rhéteur; cela se trouvait ainsi, mais sans avoir été cherché le moins du monde. — Tout autre est le système des lettres-préfaces : là, l'auteur se mettait en frais, revoyait ses notes de classe, ou sappliquait simplement à respecter mieux les règles d'un art toujours apprécié : bref, on soignait son préambule. Si tel n'est pas le cas de Scribonius, tel est du moins celui de Marcellus, qui, dans sa préface, n'a guère commis de faute; du pseudo-Pline qui est régulier deux fois sur trois; de Vindicianus. ce haut fonctionnaire, dont le style est si travaillé dans son rapporta son chef hiérarchique, que, sur /|0 (inales, il s'en trouve au moins 27, c'est-à-dire encore les deux tiers de cicé-

ronienncs- .

Une dernière observation nous paraît décisive, en ce qui concerne la préoccupation de Marcellus à cet égard : dans cette répétition qu'on ne saurait trop étudier, puiscpi'cUc est avouée par l'auteur luimême :

P. 353: InVklam potioncm ad sciatlcm ci artkritlcos facientem in titiilo siipcriorc de sciaticis plenissime srripsinuis. sed qaoniam tani divinus ejas elJeclus est, iterandam pulavi ne qais nrthritiris remédia reqiiirens fuijiis ifjnoratione fallatur,

l'auteur, qui s'attribue formellement la rédaction de l'un et l'autre

i Certains passages du De medicamenlis, sans être al>solumont corrects, semblent avoir été parlicaliéremenl soignés : pp. SA-SO. pp. i29-i3A, la prcnnere mo.tio du ch m; le style lui-même est pins châtié, et, par exemple, l'usage, ou plutôt I abus des prépositions, v est sensiljlement réduit.

2 Signalons cn\as^aui ce précepte qu'il cile con.me étant du vieux Galon :

Corporis niix'dium niedico commitle Jideli. Le Lnadaaens^s portait cligna cpn avait le double défaut de rompre la mesure et de ne présenter aucun sens; c'est Henri Estienne qui a rétabli aaxihum.

— Ti —

passage, ne paraît pas s'être préoccupé d'un côté plus que de l'autre de l'observation des rythmes en des formes de phrases d'ailleurs différentes : d'un côté (p. 2/49, 29 sqq.) 4 iinales irrégulières sur 6, de l'autre 3 sur 8. Et toutefois il s'est appliqué davantage dans la seconde rédaction, comme le prouve la phrase citée plus haut, avec ses finales : plenissime scripsimns, ejiis e(fectast, iterandam putavi, ignoratione fallatiir. Il arrive donc que Marcellus s'applique, et dans ce cas il observe beaucoup mieux les rythmes ; mais cette application n'est pas fréquente, et les remèdes ne sont pas seulement undeunde collecta, mais encore et surtout qiwqiio modo desrripta.

Nous en savons assez maintenant pour soutenir que la question des rvthmes ne saurait être ici en quoi que ce soit décisive : Marcellus ne s'en soucie guère en général, et Scribonius pas davantage, sinon moins encore. I/important était de savoir si nous pouvions dire : (( Ceci est mal rythmé, donc ce n'est pas de Marcellus, » or nous ne le pouvons absolument pas.

Est ce à dire que nous ayons le droit d'étudier indistinctement tout dans les 2018 paragraphes du De Medicamentis qui ne sont [)as textuellement tianscrits de Scribonius? Assurément non : il faut tenir com[)te encore de la tradition observée sans doute dans la rédaction des formules pharmaceutiques, des exigences du langage technique et du vocabulaire médical, sans exagérer cependant, puisque Marcellus s'est formellement [)réo(^ciq)é d'être intelligible au public le [)lus nombreux possible, et que les traces de cette [)réoccupalion apparaissent réellement dans bien des cas : cpiand il douFie par exenq)le — à douze reprises différentes — le nom gaulois, c'est-à-dire le nom vulgaire, de la plante en question, et une iois même le nom gaulois d'un oiseau '. 11 laut ajouter enfin l'inlluence du langage ordinaire et des locutions même non techniques des auteurs qu'il a longuement consultés. Mais, plus aura été sévère et rigoureux cet élagage, plus

' Baditis, Blulthagio, Bricamum. Calliomarcus, Cnlocatonos, Gigarus. Gilaram, Halus. Odocos, Ralis. Vernetus, Visnmnrus. Alattdn. E. du Méril, Essai sur la formation de la langue française, [». 117. n'en cite que 9, oubliant Bluttliagio. Calliomarcus et Vernetus.

-"assures aussi seront nos recherches, et plus sérieures nos conclusions ; du reste, même après tout cela, le texte à étudier est considérable

encore.

Ce qui est incontestablement de Marcellus, ce sont les transitions, les réflexions, les choses, remèdes ou formules, les plus simples, les plus ordinaires, les ip\us courantes ; non pas certes en général le vocabulaire, mais les tournures, la construction, l'outillage grammatical, les mille procédés de juxtaposition ; en un mot, précisément ce qui fera l'objet de notre étude. Marcellus a rédigé les renseignements oraux, rassemblé les documents écrits; là est sa personnalité, là est son vrai texte, là enfin gît peut-être en définitive tout l'intérêt de cette pauvre compilation ; et, puisque sa négligence nous est maintenant bien prouvée, par le peu que nous apprennent les rythmes, par ses défauts de composition, par les vices de sa critique, nous n'en sommes que plus encouragé à poursuivre notre lâche. 11 a parlé comme tout le monde : eh bien! dans ce parler vulgaire, qui n'est plus que le fantùme correct, mais sans consistance, de la langue latine, nous allons examiner ce qu'il y a de commun avec notre langue, avec S3i forme au sens le plus large du mot, avec son esprit, avec son o-énie, si nous le pouvons. Kt, quand nous ne trouverions rien, ce qui est peu probable, nos recherches n'auraient pas été stériles, si elles donnent à quelque autre plus heureux un encouragement ou même une sim[)le idée. La critique, a dit Uenan, est souvent plus sérieuse que son objet ; il n'est pas de recherche vaine quand le but en est sérieux : nous osons affirmer que c'est ici le cas.

Page 1