‹ Marcellus de Bordeaux et la syntaxe française [microform]Chapitre 3 sur 12 · AUXILIAIRES DE LA MORPHOLOGIE DES NOMS : LES PREPOSITIONS · texte numérisé non relu

AUXILIAIRES DE LA MORPHOLOGIE DES NOMS : LES PREPOSITIONS

La substitution des prépositions aux cas obliques simples et la disparition des désinences casuelles sont, dans l'histoire des langues néo-latines, deux phénomènes corrélatifs; d'une façon générale, on peut dire qu'une époque quelconque se distingue toujours de la précédente par le nombre croissant des prépositions, substituées en tant qu'outils grammaticaux aux désinences des cas obliques. Lequel des

deux phénomènes a logiquement précédé l'autre? ou, en d'autres termes, lequel des deux est cause, lequel effet P II est bien acquis aujourd'hui que la dislocation du latin synthétique a eu pour cause, moins la prépondérance de plus en plus exclusive de la syllabe accentuée au détriment de la désinence, que la tendance de notre esprit à l'analyse, que l'habitude, devenue toujours plus constante et plus impérieuse, d'exprimer par des mots distincts (et placés entre les deux termes) le sens d'un rapport, bref, de préciser toujours davantage le sens des désinences enclitiques par des particules indépendantes et proclitiques. Mais ce supplément de précision était à ce point clair et décisif, que l'instrument primitif, la désinence, devint en fait inutile, et l'on se conduisit bien vite comme si l'on s'en apercevait. La désinence toutefois a survécu longtemps, en organe témoin, à l'époque où elle était nécessaire, et, en France, ce n'est guère qu'au VII* ou au viii^ siècle que toute désinence oblique ^ a définitivement disparu. En réalité, il y avait longtemps qu'elle était en train de disparaître, et au v'' siècle la tendance était déjà parfaitement marquée; disons mieux, le travail préparatoire était plus qu'à moitié fait.

11 importe, avant d'aller plus loin , de définir sommairement la préposition et de montrer, de rappeler plutôt, comment ce mot de création secondaire a pris peu à peu une fonction distincte. Mais, disons-le tout de suite, ce qui distingue par-dessus tout la préposition, c'est sa place entre les deux termes du rapport, par conséquent devant le second terme : cette particularité lui a valu son nom de Trpoôsjt; (DIl. conip. 2, Plut. M., 1,009 c) • ^^^ ^-^ auro. D'une façon plus générale — et les rares anastrophes connues ne font que confirmer la règle- — la préposition est un mot indépendant, un ancien adverbe, devenu proclitique, c'est-à-dire nécessairement placé devant le mot auquel son sens l'a lié. Homère, qui dit si librement : /.aià oaxpj '/^o)v, iizl vj; TstaTJci j^poToiJi , ne place jamais après le mot qu'il explique cet ancien adverbe jadis plus libre ; jamais cay.cu y£o)v 7,aTa, jamais sans modification de l'accent vu; Texaiat jiipcToTtTLV £-{, c'est-à-dire sans maintenir l'accent primitif, ^jpzzoXav/ £::i ; mais alors ce n'est plus la préposition. La préposition était un mot

^ Sauf quelques génitifs isolés.

2 Par exemple, vobiscum, AO'/jvwv 21:0. C'est l'ancien emploi adverbial.

explétif, û l'on entend par là qu'il n'était jadis nécessaire ni à la syntaxe, ni au sens; c'était simplement une explication utile. Quand Thucvdide. VI, 91, dit : -f,z à-b to)v zy^^Àyur, -pc^icsu, que fait-il autre'^chose que d'expliquer le génitif ...x-^.â'/ov, et d'en préciser le sens subjectif i> mais à la rigueur Tf,ç Ttov 7. rpc-iocj aurait suffi.

Le fait que l'on voyait d'une façon régulière la préposition devant le terme qu'elle expliquait a fait dire et croire qu'elle régissait ou fjouvernait tel ou tel cas, qu'elle était la cause de l'emploi de ce cas, au lieu de dire simplement qu'elle se construisait avec lui, qu'elle l'accompagnait. Vainement on avait sous les yeux ces prépositions sans réçiime qui sont placées en tête des verbes, et les tmhcs d'Homère, et les exemples nombreux où l'emploi de la préposition est facultatif, c'est-à-dire à coup sur non nécessaire, et ces mots qui sont tour à tour prépositions ou adverbes : rien n'y a fait; il n'y a pas cinquante ans que les grammairiens ont découvert d'une façon sûre l'origine et le véritable rôle de la préposition.

Mais, ce qui n'a pas été bien précisé, ce sont les circonstances où toutdabordon a pu employer la préposition en tant que préposition. 11 s'en faut que la i)lirase de Tliucydide citée plus liant soit une construction primitive. La préposition n'a été d'abord usitée qu'avec un verbe, et seulement avec le verbe [)ropre : vas ex aaro factum. Seconde étape : le verbe propre est facile à sous-entendre, et c'est un verbe préfjnant qui est exprimé : Vcrg., G', m, i3 : Icmplum de marmore (factum) [)onam. Longtemps le verbe propre a été ainsi exprimé ou suppléé, ou même sous-entendu, mais de telle façon qu'il était aisément rétabli, et qu'il semblait qu'on y pensât toujours. Tant qu'on n'a pas mis librement une préposition entre deux substantifs sans le souvenir d'aucun verbe, le rôle de la préposition n'était que rudimentaire, et les cas obliques, avec leur désinence, tenaient bon. Les désinences n'ont cédé i)eu à peu que sous la double inlluence : — r du principe du moindre etloit en vertu duquel la langue emploie, pour être comprise, le minimum de moyens ; — 2" de l'existence des prépositions employées sans verbe aucun et qui, doublant en fait les désinences des cas obliques, les ont expulsés. iMais ce dernier phénomène devait singulièrement se développer en terre gauloise, et

voici pourquoi.

D'après tout ce que nous savons et voyons encore, il est de tradition sur notre sol de ne plus prononcer dans un mot la i)artie qui

suit l'accent ^ ou, en d'autres termes, l'accent tient dans nos oreilles une telle place qu'après lui il n'y en a plus aucune pour quoi que ce soit ; même les syllabes qui le précèdent sont comme écrasées devant lui, sans toutefois disparaître absolument : monastérium, moustier. Plus encore que chez les Latins, l'accent, suivant l'heureuse expression de Diomède (Keil, Gramm. lat., i, pp. 43o, 3i), était en Gaule Vâme du mot ; « Est accentus velut anima vocis. » Il en est même devenu \e corps, si l'on entend par là qu'au lieu d'être marqué, comme en grec et encore en latin, par une simple élévation de la voix, il l'est incontestablement par une insistance de la prononciation. La désinence, principal indice en latin du rôle syntaxique de chaque mot, était donc sacrifiée, au grand détriment de la clarté, à laquelle nos ancêtres semblent avoir tenu plus que les autres peuples.

On a dit ou pensé assez souvent que si nos ancêtres recherchaient si fort la clarté dans l'expression, c'est qu'ils n'étaient pas bien intelligents : (( Quand je songe, disait Gallus (Sulpit. Sev. Dial. I,2o), que je suis Gaulois, et que j'ai à parler devant des Aquitains, je crains que vos oreilles trop polies ne soient choquées par mon langage un peu rustique — Elève des écoles, lui répond Posthumius, tu agis adroitement en vrai élève des écoles : il ne sied ni à un moine d'être si rusé, ni à un Gaulois d'être si jin. » Groyons plutôt que ces Gaulois si bavards étaient en même temps très honnêtes, et que leur intelligence seule, sans l'amour de la probité dans le langage, n'aurait pas suiîi à faire de notre langue la plus loyale qui existe : elle n'aurait été que la plus lourde. On sait que latin, tel qu'ils l'ont reçu, se décomposait déjà dans le sens analytique. Est-il donc surprenant que les prépositions, comme les proclitiques en général, se soient à ce point développées dans la syntaxe française P Ge terme est indépendant ; il est placé avant le mot principal : il est donc toujours elîectivement prononcé; d'autre part il n'a pas d'accent, il fait presque corps avec le mot suivant ; il ne tient donc pas trop de place. Si les

' Déjà en latin les syllabe* finales étaient bien mal prononcées, puisqu'elles n'exercent plus aucune inlluence sur la place de l'accent : dominas , domino . C'est un aclieniinenient vers la suppression gallo-romaine des post-toniques. En grec, il n'en était pas ainsi : avOpoJTTwÇ, «ZvOpco-C'J ; aussi le grec a-t-il gardé intactes la plupart de ses désinences.

prépositions ont servi à quelque chose en grec et en latin, le souvenir de leur origine adverbiale persistait encore : en français, rien de pareil, ce mot est une nouvelle partie du discours.

Insistons un peu. Lorsqu'on dit en français : un temple de marbre, il n'y a plus dans la pensée de celui qui parle aucun souvenir d'un verbe quelconque, non plus que dans l'expression latine : templum marmoream. Le rapport entre les deux termes est immédiat, i\ n'y a nul verbe intermédiaire, de marbre fait fonction d'épithète, non d'attribut ; de remplace véritablement la désinence du génitif ou de l'adjectif. Rien de pareil dans le latin ni dans le grec classique. Il semble vraiment que marmoris, composé en principe du radical marmor, de la vovelle de liaison / et de la désinence s, se soit purement et simplement analysé en de marbre :

marmor — {î)s, de — marbre,

deux mots au lieu d'un, un proclitique au lieu d'une désinence, le mot principal devenu en fait indéclinable, puisque les flexions ont disparu. Mais il faut bien remarquer que cette transformation ne s'est pas eflectuée d'une manière directe, que la préposition a d'abord longtemps coexisté avec une désinence casuelle parce qu'elle servait à en expliquer et à en préciser le sens, et que bien lentement la particule explicative, sans avoir grammaticalement (vu sa place) rien de commun avec la désinence, a fini par en tenir lieu ; tant et si bien qu'aprés ravoir soutenue et étayée, elle l'a éclipsée, supplantée, expulsée. La particule a fait comme ces Maires du Palais qui, en quelques années, à force de signer pour le roi, enfermèrent enfin leur maître dans' quelque monastère d'obscurité et d'oubli. Mais il fallut plus d'un siècle aux prépositions pour détrôner les désinences : de l'auteur de l'Iliade qui traite encore les prépositions en adverbes, à celui de la Chanson de Roland qui les utilise presque entièrement comme caractéristiques de cas obliques, il sest bien écoulé deux mille ans; dix nouveaux siècles ont passé, et les Allemands comme les Grecs déclinent toujours leurs substantifs.

Dans cette course méthodique vers l'analyse, les peuples ont marché d'un pas inégal, et la France tient la tête ; l'édifice à triple étage des langues synthétiques s'est écroulé, les conmmns et les dépendances qui faisaient corps avec lui sont maintenant dans son

voisinage. Autrefois, une centralisation excessive, maintenant un fédéralisme libéral ; si libéral, qu'il fût devenu dangereux pour l'unité et la cohérence de l'expression, si l'évolution n'avait été somme toute sage et progressive, sans à-coup ni rupture brusque avec le passé. Nos pères ont pu ainsi, à chaque nouveau sectionnement, bien établir les liens conservateurs de l'unité ; l'expression des rapports a été l'objet dune attention toute particulière ; rien ne s"est vraiment avarié, ni détaché sans retour du pouvoir central, qui est le verbe. Un bon élève de rhétorique, impuissant à traduire en français sans la briser une longue période cicéronienne, donne toute son attention aux particules propres à rattacher entre eux. dans de justes rapports, les débris de la phrase primitive, et réussit enfin à ne rien perdre de l'ancien sens, tout en en facilitant l'intelligence et l'expression : ainsi, sur la terre gauloise, la synthèse antique s'est résolue en ses éléments sans dommage, et pour le plus grand profit de la probité, notre première vertu. Seulement, là où l'élève met un quart dheure, les Français ont passé des siècles, et cela pour deux raisons : la première, c'est qu'il est plus malaisé de modifier la lourde et complexe machine qu'est toute une langue, que d'alléger une phrase de version latine ; la seconde et la vraie, cest qu'ils ne l'ont pas fait exprès et qu'ils ne pouvaient agir consciemment, l'intelligence et le langage étant en fait modelés l'un sur l'autre. Mais, tandis que le langage est de soi inerte et passif comme un instrument qu'il est, l'intelligence est active, elle veut plus et mieux, dinstinct, sans toujours s'en rendre compte ; le créateur a mis en nous le désir obscur du progrès, et cet élément viviiiant réagit sourdement sur la pesante masse, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la perfection dont elle est capable par essence ; il faut redire avec les Stoïciens, les premiers des grammairiens dignes de ce nom :

(( SpirUus Intas alli totamqiic infusa per artus (( Mens afjilat molcni. » ^

Nulle part l'agitation, l'évolution n'a été aussi rapide dans sa lenteur, que dans la transformation du latin en notre langue ; et le plus actif, le premier en date des ferments de perfection, celui que, sans l'avoir absolument inventé, nous avons le plus heureusement exploité, c'est h préposition, que Marcellus utilisait déjà presque aussi bien, sinon autant que nous.

Le plus fragile des cas obliques était assurément le datif: en tant qu'il exprime le point d'arrivée, il est assez précis ; mais, en tant qu'il exprime aussi la relation, il a un sens naturellement bien vague, puisque les relations sont très diverses ; il semble vraiment que les innombrables cas primitifs soient tous venus peu à peu se fondre dans le datif, et nous assistons à racbèvement de cette confusion en grec, puisque le locatif et rinslnimental y ont à peu près la même forme que le datif. Du jour où le datif exprima tout, il n'exprima nettement plus rien, et la résolution de ce cas en des éléments plus clairs fut plus nécessaire que toutes les autres. Ce fut probablement le premier cas analysé, et cela, à l'aide des prépositions les plus diverses. C'est au datif, c'est à la pluralité excessive de ses sens qu'est due la dislocation du moule casuel et l'origine de la clarté analytique. En fait, le <latif d'intérêt n'était presque plus employé danJla lan-ue écrite dès le second siècle de J.-C. Marcellus le remplace régulièrement par AL) et l'accusatif:

prodesse ad, alli^jare ad, adponere ad, suspendere ad, utile ad,

toutes expressions qui existaient déjà dans le latin classique, mais seulement avec le gérondif ou le verbal en -ndum ;

faccre ad (en parlant d'un remède), être bon ou efficace contre : facere saffasioncm ad oculos ; (sans verbe) anthcra ou medicamen ad ulcéra, remède pour ou contre les ulcères; (sans substantif ni verbe) : ad capitis ^/o/om' (oo, 21) ad vehemenles feminanim

capltis dolorcs et salfocationca , et ad eos qui caduci appel-

lantur, et ad frêne ti nos et qui vertujines hahent : pour les violentes douleurs des femmes... et pour les épileptiques ou ceux qui sont sujets au vertige, etc.

ad solem, ad ujnem, au soleil, au feu ;

ad awjulos pcrfricarc, frictionner aux bords.

Et, comme il arrive très souvent dans le De mcdicamentis. on trouve juxtaposées les deux tournures :

P. 116, 17 : prodest gingivis et AD omnia ulcéra quae in ore fiunt utile est.

Marcellus, ici comme dans l'explication des autres cas, répète volontiers la préposition que Scribonius néglige ' :

P. 77, 10 : AD sordida ulcéra oculorum crustasque hahentia, quas medici escharas vacant, et AD carbunculos oculorum quos anthraces dicunt facit hene niel...

Scribonius, au lieu de et AD, avait écrit item ; encore Marcellus l'a-t-il ici bien scrupuleusement suivi, puisqu'il transcrit à la suite :

(mel) pyxidc conditum,

au lieu de : in pyxide qu'il emploie partout ailleurs. L'exemple cité est donc particulièrement significatif. Du reste et d'une façon générale, quand Marcellus emprunte le texte même de Scribonius, il Tenricbit volontiers de prépositions explicatives ; nous reviendrons au besoin sur ce point.

La préposition explicative ordinairement employée au datif d'intérêt est AD ; rarement PRO, PER, CONTRA ou IN, toutes pré[)0sitlons de sens plus précis que AD, dont la signification en quelque sorte approximative convenait fort bien au sens général du datif, sans le préciser toujours assez. Ainsi :

P. 3*2, r : per niediam fronteni circunidetur.

P. 70, I : intra oculos infundere.

P. ,'),'), 1 1 : rasamen pasiae quod in maglde adhaeret, etc.

Fronti, oculis, magidi, seraient corrects ; les prépositions emplovées donnent un sens plus net, plus pittoresque dans sa clarté :

à travers le milieu du front, verser dans l'intérieur des yeux, à l'intérieur du pétrin, etc. ;

' Suétone, dans un passa^re rélèl)rc, Octav. 80, dit que l'empereur Auguste mettait un soin particulier à exprimer ses idées le plus clairement possible : pour y arriver plus aisément, et ne jamais troubler ou retarder ceux qui le lisaient ou l'entendaient, il n'hésitait pas à employer des prépositions devant les noms de villes et à répéter plusieurs fois les conjonclions.

Le plus fragile des cas obliques était assurément le datif: en tant qui» exprime le point d'arrivée, il est assez précis; mais, en tant qu'il exprime aussi la relation, il a un sens naturellement bien vague, puisque les relations sont très diverses; il semble vraiment que les innombrables cas primitifs soient tous venus peu à peu se fondre dans le datif, et nous assistons à l'acbèvement de cette contusion en grec pui'^que le locatif et l'instrumental y ont à peu près la même forme que le datif. Du jour où le datif exprima tout, il n'exprima nettement plus rien, et la resolution de ce cas en des eléuients plus clairs fut plus nécessaire que toutes les autres. Ce fut probablement le premier cas analvsé, et cela, à l'aide des prépositions les plus diverses. C'est au datif, c^est à la pluralité excessive de ses sens qu'est due la dislocation du moule casuel et lorigme de la clarté analytique En fait, le datif diulerét n'était presque plus employé danJ la langue écrite dès le second siècle de J.-C. Marcellus le remplace régulièrement par AD et laccusalil :

prodesse ad, allhjarc ad, adponere ad, saspendere ad, utile ad,

toutes expressions qui existaient déjà dans le latin classique, mais seulement avec le gérondif ou le verbal en -ndam ;

faccre ad (en parlant d'un remède), être bon ou efficace contre : facere suffasioncm ad ocalos ; (sans verbe) anthcra ou medœamen ad ulcéra, remède pour ou contre les ulcères; (sans substantif ni verbe) : ad capitis dolorcs (3o, 21) ad véhémentes femmarum

capitis dolorcs et suffocationes , et ad cos qui caduci appcl-

lantur et ad freneticos et qui vertiijincs hahent : pour les violentes douleurs des femmes... et pour les épileptiques ou ceux qui sont sujets au vertige, etc.

ad solcm, ad ujnem, au soleil, au feu ;

adawjulos pcrfricare, frictionner aux bords.

Et, comme il arrixe très souvent dans le De medicamentis, on trouve juxtaposées les deux tournures :

utile est.

prodest fjingivis et AD omnia ulcéra quae in ore fiunt

Marcellus, ici comme dans l'explication des autres cas, répète volontiers la préposition que Scribonius néglige ' :

P. 77. 10 : .4/) sordida ulcéra oculoruni crustasque habcntia, quas medici escharas vocant, et AD carbunculos oculoruni quos anthraces dicunt facit bene niel. . .

Scribonius, au lieu de et AD, avait écrit item; encore Marcellus l'a-t-il ici bien scrupuleusement suivi, puisqu'il transcrit à la suite :

(niel) pyxide conditum,

au lieu de : in pyxide qu'il emploie partout ailleurs. L'exemple cité est donc particulièrement significatif. Du reste et d'une façon générale, quand Marcellus emprunte le texte même de Scribonius, il l'enricbit volontiers de prépositions explicatives ; nous reviendrons au besoin sur ce point.

La préposition explicative ordinairement employée au datif d'intérêt est AD ; rarement PRO, PER, CONTRV ou IN, toutes prépositions de sens plus précis que AD, dont la signification en quelque sorte approximative convenait fort bien au sens général du datif, sans le préciser toujours assez. Ainsi :

P. 3*2, T : per mediam frontem circumdetur.

P. 70, I : intra oculos infundere,

P. 33, 1 1 : rasamen pasiae quod in mafjide adhaeret, etc.

Fronti, oculis, maijidi, seraient corrects ; les prépositions employées donnent un sens plus net, plus pittoresque dans sa clarté :

à travers le milieu du front, verser dans l'intérieur des yeux, à l'intérieur du pétrin, etc. ;

' Suétone, dans un passage rélchrc, Octav. 86, dit que l'empereur Auguste mettait un soin particulier à exprimer ses idées le plus clairement possible : pour y arriver plus aisément, et ne jamais troubler ou retarder ceux qui le lisaient ou l'entendaient, il n'Iiésitait pas à employer des prépositions devant les noms de villes et à répéter [)Iusieijrs fois les conjonclions.

- :36 et disons une fois pour toutes que, si Marcellus, vu le caractère plutôt populaire des lecteurs auxquels il s'adressait, cherche a être auss. clair que possible, l'instrument était à sa portée, il n'a eu qu a en multiplier l'usage. Mais cette multiplication même, dans sa régularité, est quelque chose de nouveau.

Les prépositions de sens plus spécialement locat.f sont employées sans beaucoup de discernement avec l'accusatif ou 1 ablatif:

P. 72. 21 : capitli s\i\)ev Icstam comhusti.

P ?i'k iq : terra sub lectnm collocuta.

['. loy, 2J : in noclcm s,u\>ev cihumdandus enl.

I^J construit avec mllkre et ses composés est généralement à l'accusatif bien que ce verbe n'ait plus du tout son ancien sens d enooyer, mais simplement celui de mettre; de môme avec fan.kre. ce qui est plus naturel, puisque ce verbe a gardé son sens de mouvement. Au contraire, avec /,on.,v et ses composés, bien qu'ils soient exactemen pour le sens les équivalents de mittere chez Marcellus, c est 1 ablatif qui est préféré :

P. .3o. I.'?: rcponetur'm vasojiclili.

P. Gj, iG : in amindla repolies.

P. 75, i!\' in vaso repones, etc.

Il est intéressant de constater ici, malgré la confusion des sens, la distinction traditionnelle des cas régimes.

Mais cette distinction est-elle vraiment faite.» nous en doutons ort : depuis longtemps déjà, au point de vue de la prononciation, domi- ,aL et domino, ro.am et rasa, homincm et homine devraient être i„li„imei.t plus aisés i> confondre que dominos et domims, rosascV rosis homines el hominilms. corpora cUorporibus, lempla tUemphs ; aussi remarquons-nous que toutes les confusions de cas que nous avons relevées dans Marcellus et dont nous avons cite plus haut quelques exemples alTeclent des cas du singulier.

Les quelques exceptions qu'on peut signaler à la règle de nuitere

et de ponerc :

P. 33, 1 4 : in vino milles,

P. f\^' 19 • i" 0''^ mlssay

P. 143, 10 : parlicLilani in qaa milles.

P. 167, i : inlromisso m vaso igné ,

P. 169, 12 : \nsexlario... Iria cocliaria... miltantur ;

d'autre part:

P. 16/i, i5: in calice diffandes, P. 175, 9 : ovuni incocUim in calice defiinditar, P. 35. 3o : in aceto inlinrjiies , — ^ . 66, 5 : in conchamtransfandes, P. 6q, 20 : in charlam vinjineni scribe cjcai/.. — 23 : si mcharla virgine scribas... qpup^apav,

portent sur des exemples au singulier ^ .

Il semble donc que la prononciation ait ici joué son rôle et exercé sur la syntaxe de notre auteur une véritable action: il est naturel que les substitutions de tel cas à tel autre, sinon les additions de prépositions, ne se soient pas propagées avec une vitesse égale pour

les deux nombres.

L'extension croissante de l'emploi de l'accusatif, même sans préposition, en guise de cas oblique de direction ou de relation, prête aux mêmes remarques ; on trouve ordinairement l'accusatif, et l'accusatif du singulier, avec les verbes suivants :

Dolere : aiiriciilam, capiil, iivam, jeciir, splenem :p. 261, 9 : pede

quem dolel slans ; Laborare: p. 1 32, 25 : verlicem si (jais uvam laboranti mordeal; Pâli: p. 25i, 32 : qui nesciam patilur ; Horrescere: p. 278, 7 : siaeger cibum horrescil : Gralalari: p. 107, 7 : g ratalabe ris remeàïum; Remediare : p. 34, 33 : dolorem ; p. 101, 25 : surdiginem ;

rarement dolere pedes ; plus souvent oculos.

i Dans un seul cas à notre connaissance, mittere est construit avec l'ablatif pluriel :

P. 365, 26 : solvendum galbanam manus calidis, sicut solet cera molliri, et in supra dictis speciebus mittendum ; est-ce l'influence de supra dictis speciebus adniiscendum qu'on peut lire à la liprne précédente, c'est-à-dire une sorte de lapsus ? est-ce pour éviter .p.elque équivoque résultant de ce que species semblerait être le régime de supra? Nous n'osons rien allirmer, sinon le caractère tout à fait exceptionnel de cette construction.

Avec uti on rencontre l'accusatif singulier du pronom neutre :

P. 212, 7 : quod miilieres iitiintiir ;

P. 202', 24 : epiihematiiim faciès quod wulUshoris... uti potueris ;

avec le comparatif, l'accusalif de l'adverbe qui le modifie :

P. 347, 9: hoc quantum ieneriorihus infant ibus feceris, éventa

cjjicaciorc provenict.

Enfin, les prépositions explicatives de lablatifoudu locatif sont

prodi-uées au détriment parfois de prépositions plus justes ; amsi :

P. 68, 9 : lino ad colliun suspende rc ;

P. 42, 21 : rubus'm quo nwra nascuntur :

P. 52, 3o : in locum canornni niyri emicahunt capdli:

P. 55, 5 : caput in calore, etc. ; non que Tusage des prépositions soit devenu hahih.el au point d'être partout nécessaire : loin de là. Rien ne ressemble moins à un tbeme impeccable que la prose de Marcellus ; il dit fort bien :

P. G9, I : laccrtwn eodem loco in quo cepcris dinnttes, construisant tour à tour le même ablatif avec ou sans préposition, la préposition accompa^Miant le second, non le premier. Mais en gènerai quand Scribonius lui fournit, i)ar exemple :

Recette 37 : liaec misceri oporlet mortario deinde patella fictili fervefacere ut spissentur, alque ita rccondere quolibet vase, dum ne aerco,

Marcellus copie :

P l'yo. 23 : haec misceri et leri oportet in mortario, deinde in pa- ' lella Jictili ferrejieri, ut spissentur, alque ila recondi in quolibet vaso, dum ne aeneo {sic).

Nous bornerons là nos observations relatives au cas oblique de direction et à ses dépendances: aussi bien, et tout complexe qu il est est-il encore singulièrement clair et concret : direction, but, intention, sont des cboses faciles à saisir, même pour les intelligences les plus simples.

Tout autre est le caractère du cas oblique du point de départ : les idées abstraites qui s'y rattacbent sont aussi nombreuses que délicates, puisque le plus souvent, si l'on a en cours d'action une conception très nette du but visé, on ne songe guère à se retourner vers le passé pour examiner rétrospectivement les diverses causes eflicientes ; il a même fallu attendre jusqu'au créateur de la logique, Aristote, pour rencontrer une distinction formelle de la cause efficiente et de la cause finale. Au point de départ concret se rattacbent donc la cause efficiente, l'instrument, le moyen, h partie, la manière: autant d'ablatifs (en morphologie) dont les sens respectifs exigent, pour être mis en lumière, une attention et un esprit d'analyse souvent subtil ; de là tant d'incertitudes dans l'emploi de l'accusatif de direction et de l'ablatif: tels (cf. sup.) locoelin locum. Quand on dit:

(( Etre excité par le désir de la victoire « , Le désir est en tant que mot à l'ablatif, mais il est signe de direction, puisqu'en le sous-entendant on dirait :

(( Être excité à (ou vers) la victoire. » La construction de désr^ en instrumental ou cause efficiente ne lui enlève pas sa portée de cause finale. C'est ce qne Marcellus a parfois souligné quand il écrit :

P. i42, i4 • ub intro,

P. 36, 29 : lanam oviciilae de inte.r femora velles,

P. 3ii, 12 : pilosque ejus [leporis) de siib ventre folles, etc.

Quoi qu'il en soit, le développement que Marcellus donne à l'emploi d'une préposition, pour exprimer le point de déi)art, est tel, que nous voyons dès lors apparaître notre génitif d'origine, de propriété, du tout divisé en ses parties. Sans négliger absolument l'emploi de la préposition EX, plus fréquente dans le latin classique, il semble préférer la préposition DE, qui. commençant par une consonne, s'entendait mieux sans doute, et faisait, même devant les voyelles initiales, l'effet du D de l'ancien ablatif:

Eiiboead, Cajod,

d'Eubée, c?e Gaïus, etc.

40 - \ tous égards, linstinct populaire devait préférer DE, qui. susceptible de s'élider, tient moins de place, et cependant par sa consonne initiale est plus significatif que ta préposition K. Nous n'.ns.sterons pas sur des locutions telles que les suivantes :

prenderc de lacii, destillare de verendis,

ollam loUere defoco, pars de qua sangms flml,

cxlirpare de, '^^sci de,

légère de vile, etc. ', ni même sur des cas analogues, mais où le verbe est sous-entendu, tels que :

ossa (le persicis, qlandes de rohore, samjiiis de loco pinnarum, cortex de fraxino, (jrana de mails, farinani de faba.

terra de liniine,

poma de morn,

lapilli de tribus cerasiis,

aliorum de caille folio mm,

adeps de anseribiis,

viscnrn de (piercii, etc.,

toutes expressions qui indiquent généralement l'origine; ajoutons-y cependant :

P. o'i. 'i' ■ fel porcinnm, dum non de scrofi, preuve évidente de léquivalencc absolue de ladjectif (éq.iivalcnl luimême du génitif) et de l'ablatif avec DE. Du reste la phrase enl.ère est à citer :

Tune addesfel hirciniim vel caprunum vel verrinum aut porcinnm, dum nondesrrofa, et commovebis, et iteriim concoques, etc.

De pareilles constructions, il faut le dire une fois de plus, se rencontrent parfois chez le pseudo-Pline et même dans le texte de Scribonius; ainsi :

P. 35, 6 : de liorto collée tum ; mais le plus souvent quand Pline fournit :

cinis testarum ostrearum.

1 Cf. S. Chabert, De latinitate Marcelli, p. loo.

Marcellus traduit — c'est une vraie traduction déjà :

P. i32, 3o : cinis testarum ustarum EX ostreis.

Ce qui est plus intéressant que tont cela, c'est l'ablatif de la matière et en particuliei de la partie (plus exactement, du tout divisé en ses parties), d'une part, et, d'autre part, de l'instrument, du moyen ou de la manière. A l'époque de Cicéron, sans verbe, on écrivait plus volontiers vas aureum ou vas auri que le vas ex aura du bon Lhomond ; Marcellus dit constamment :

siiciis de betac radice, de alio, de moris, de terebinthi fruticibus et

foliis, cinis ex ossibiis, de iinqula, oleum ex niice,

fomenta de farinis, polenta de hordeo^ piilvis de ipso rosto ;

ce qui ne lempccbe pas d'éciire. presque tout à coté :

P. io8, 'lô : iwae immatiirae siico codem modo composito, qiio suciini de moris componi debere supra diximus ;

P. t3^i, 29: sedant liimores faucium et iwaeperunclionesquaedam, ut sucus de moris coctiis in mellis spissitudinem, item mali punici (iranorum sucus, item iwae acerbac sucus eodem modo decoUvs.

Concluons- en qu'au besoin ou à sa guise l'auteur emploie sans scrupule et presque sans discernement le génitif de la matière d où est tiré l'extrait, ou l'ablatif avec EX, plus souvent avec /JE.

Être considéré comme partie dun tout, c'est encore être un extrait, mais d'ordre mécanique, plutôt (pie d'ordre pbvsique ou chimique : peu importe à Marcellus , peu importait à tous ceux qui, avant lui, en l'absence de tout verbe, avaient usé du génitif pour exprimer ce rapport si simple du tout à sa partie. Avec un verbe, on avait bien :

Horat. Ep. ad Pis. 027 : si de quincunce remota est

Uncia, qiiid superest ?

' Le pseudo-Pline, I, i, p. n, avait écrit simplement: « polenta ».

Mais on disait, sans verbe :

Id., ibid. 24 : maxima pars vatum, bien rarement :

Id., Ep. IL 2, 212 : de pluribiis una.

L'originalité de Marcellus consiste à dire couramment, sans verbe :

P. 122, lo : hysopi de denario duas partes;

P. 125, 17 : si in. . . cavaliiris eorum de hoc ipso dentifricio ali-

qiiid resederil ; P. 39, 20 : de mûris Jimo pilulas très ; P. 47, 9 : addes. . . et cocleare unum de suco ocimi ; P. 137, 6 : qaod (ce qui) do his lifjucfartum fiierif; P. ï47, i3 : plcnnm cocleare de hoc pnlvere ciim vino dabis ; P. 58, 7 : de ipso aiitem medicamine si succenderis in cubiciilo, elc;

c'est-à-dire bien involontairement à remonter au sens primitif, philosophique, du génitif dit partitif, et à l'exprimer par une préposition d'éloignement. Le pseudo-Pline avait écrit :

I, I, p. 12 : aqaa pota (jaae siiperfait de bovis aut asini potione remédiât, si ter potetur ;

le manuscrit de Dresde porte même simplement :

Aqiia pota quae superjliiit bobus aut asinis potione remédiât ;

Marcellus traduit :

P. 34, 33 : ex eadem aqua de qua bos aut asinus biberit paululum sumptum et potatum tollit efficaciter capitis dolorem ;

et ce qu'il faut remarquer aussi, c'est l'emploi. Indistinct en somme,

de DE ou EX partitif.

Tout autre en principe est le sens du cas de l'instrument, du moyen ou de la manière : ce n'est plus ici la cause première, ni le point de départ le plus éloigné. Cependant, c'est encore un point de départ, ce sont les circonstances qui en second lion précèdent l'action. Les noms employés à ce cas sont chargés d'un rôle absolument passif: quoi déplus inerte en soi qu'un instrument, qu'un moyen (ou intermédiaire), et, à plus forte raison, la manière, qui est en-

tièrement abstraite? Néanmoins le langage courant ne saurait conserver des distinctions aussi subtiles ; et de même que les rois barbares faisaient décapiter le porteur d'une mauvaise nouvelle, que les sultans turcs inauguraient une guerre en mettant aux fers l'ambassadeur du pavs désormais ennemi, — et que les entremetteurs de mariages ultérieurement malheureux sont aussi énergiquement qu'mjus^ement rendus responsables : « Que maudit soit le bec cornu de notaire qui me lit signer ma ruine ". » — de même aussi on a bien vite confondu l'instrumental et l'ablatif, le médiateur et le véritable auteur, et l'on dit également :

TO) zi^ii -s-A'OTiJ^^vs;, oculis videri,

etT(o È7OCO) i:£7:XYiYy.=vc;, Paulo'^ videri.

Il est vrai que le véritable autour actif était plus spécialement distingué par une préposition, et qu'en latin comme on grec l'emploi de pré'positions pour expliquer les cas obliques ou les résoudre en éléments plus simples sesl d'abord et surtout applique aux substantifs exprimant des agents : ces prépositions étaient T:pd;, à-s, O-i, ab, per. Le langage des Romains et des Grecs n'en était pas moins injuste, en confondant le responsable et l'irresponsable; mais en fait, c'est chose inévitable • la vraie cause est trop délicate à trouver. Dans le langage de tous les jours, on n'en a pas le temps, ce langage étant en soi un perpétuel jugement téméraire. Voit-on des interlocuteurs en cours de discussion tourner sept fois, comme dit le proverbe, leur langue dans leur bouche avant de parler, et ne se prononcer qu'après a enquêtes, compulsoires, rapports d'experts? » L'intelligence guide le langage parlé, mais de haut, souvent de loin ; c'est une suzeraineté plutôt qu'une domination véritable ; et c'est bien heureux pour les hommes (( à la voix articulée ». Le droit de parler par mégarde est un des plus précieux qui nous aient été donnés : jouissons-en, et remercions les grammairiens de n'avoir pas trop réagi contre les habitudes qu'ils observaient, d'avoir permis de dire : « lin verre s'est cassé », et de laisser même se dissimuler un instant le meurtrier derrière l'épée dont il a frappé.

^ Molière, Médecin malgré lui, 1, i.

•^ Ce datif d'intérêt est, pour le sens, un véritable instrumental.

En latin classique, disions-nous tout à l'heure, le principe est de placer une préposition devant le véritable ablatif, auteur ou point de départ, et de n'en pas mettre encore devant l'instrumental < . De ce principe, il ne reste rien ou à peu près rien chez Marcellus; dans l'un comme dans l'autre cas, les prépositions explicatives sont employées sans scrupules, sinon avec discernement : de, ex, per, cum, ab, tour à tour, parfois indistinctement, expriment l'instrument, 1 accompagnement, la cause ou le moyen.

h' Inslrnmenl :

P. 2^2, I : de canna occidere;

P. 307, 33 : de reste circiimcingere ;

P. 3/io, 6 : tiindere de lujno ;

P. 377, 19 : snperlinere de pinnulai^^. 5o, 23 : Inlinere ; p. 96,

î I : despumare) :

P. 3i, 20 : haec cum linteofronti imponantur ; P. 32, 2 : fomcntum per spom/ias molles (sans verbe) ; P. 32. 7 : aqua [)er sponrjiam expressa ; P. 36, 25 : capiit in licio allujatur ; P. 69, 7 : de manu sinistra miiscam captes : p .3' 2G : [)er spccillum adponiliir (ce détail manque dans

Scrib., 37) ;

P. 83, 20 : mlinilo per Uwpiam ;

P. II 4. \: li gare de licio:

P. 89. 16 : novem grana hordei sûmes et de singulis varum piinqesperqiie singula puncta carmen dices. et projectis novem granis \eptem alia corripies et similiter de singulis punges et carmen septies dices, af^jectis etiam his qniwiue sûmes et idem qninquies

1 II convient de remarquer avec M. E. GoUilieux [Deux éditeurs de Virgde, 1887, p 11) que Virgile met parfois à Taccusalif avec in des noms ordmairement a ['ablatif sans préposition, étendant une liberté dont l'usage lui fourn.ssaU quelques exemples : m vicem, m rnodam ; or. trouve ainsi : nixas in hastan., cornpU m nodam crines nodantur in aarwn ; se mdaet in florem : abus assez rare en somme, et qui peut, quelquefois au moins, être expliqué et justitié : enlln c'est un poète qui parle et un poète moins scrupuleux qu'on ne le croit en général, quand il s agit de mettre son vers sur ses pieds.

faciès, idem de tribus granis similiter, idem de uno similiter^;

ce qui n'empêche pas des phrases telles que celles-ci :

P. 33, 33 : siïn panno rufo lino rufo ligata; P. i/i2, l^ : de ipso palvere digito locum ab intro continges : P. 100, 21 : postea ex eo (avec cela) pinnula oblinendae strumae, etc.

Ces exemples sont cités ici non pas en raison de ce que la préposition n'est pas exprimée devant l'instrument, mais parce qu'il semble qu'au voisinage d'autres circonstanciels ce soit plutôt le nom de l'instrument qui ait pu se passer de préposition explicative. L'explication elle même est variable. Ainsi l'instrument considéré comme point de départ est expliqué par DE : frapper de Vépêe ; considéré comme intermédiaire, c'est par /'ER- : vaincre par Vépée ; considéré comme simple circonstanciel, c'est par CUM : frapper avec Vépée. Aujourd'hui nous confondons tout cela ; on dit :

aimé des siens ou : par les siens ;

distinction facile à motiver dans les origines, à peu près impossible à définir dans l'usage. On dirait que ces mots de plus en plus fortement articulés, de, par, avec, soulignent des actions de plus en plus concrètes, de marquant une abstraction plus grande, une action moins accentuée que par, et par, que avec :

accablé de chagrin ; accablé par le chagrin ; nourri de lait, nourri avec du lait ;

» Veut-on savoir quelle est enfin cette mirifique formule qu'il faut répéter vingt-cinq fois .^ La voici : *Aupia v.upia 7.a7C7apia GCjp(Dp6u Et la recette était d'avance qualifiée à'cfjicax remediam !

2 On trouve, p. 54, i5et i8, les deux emplois suivants : Ilaec juhebis per puerum virgineni commoveri ; Neqae a qao'iadni nisi a puero alio virginc contingatur. Ne cherchons pas ici des nuances que Marcellus semble avoir été bien incapable de distinguer.

et notons ici que l'abstraction, avec de, est telle qu'en général on ' pLe tout article. Mais con.n,ent donner, dans une gramma. Za se pour étrangers, des règles précises pour 1 usage a su.vre dalr pression deœs imperceptibles nuances ? A plus forte ra.son, t id e?anciennes de point de départ, d'intermédiaire et d accompa- ' netent ne sont-elles plus précisées par lemploi de telle ou telle pre- Son Marcellus écrit : per specillun, et : de p.nnula, on encore ex ionnellement. ,,«««/. (abl.) : où est la dilîerence de sens L sentiel était moins d'employer telle ou telle prepos,t,on que d'en employer une, puisque la f.n du mot ne se prononçait plus.

in,oyen est de sens plus général, moins concret que 1 .nst.umenf nous relevons des exemples analogues :

P. 65, 2. : perungcre de melle ; - V- 38. 27 : raput ex .0 pe-

ruiKjes ;

P. 90, 25 : exstin(juere de lacle ;

P. 296, Il : Jieri de permlxto ;

P. 28, 20 : suco de moris facto ;

P. 28! 27 : dolorem factum ex vino nimio ;

P 20, 20 : ex his panniis linitiir ;

P. 29, 35 : caput ex iidro Icwari ; etc. Un cas bien intéressant, mais dont Marcellus, ici comme ailleurs n'est pas absolument le premier à nous donner 1 exemple - d 1 a Liement multiplié - consiste à mettre à l'ablat.f avec FA ou DE parfois à l'accusatif avec .^D. la substance dans laquelle on en a fa.t 0 "e une autre ; en français, cuire à l'eau, an oln ,nacaron. au jus, friture au beurre; à signiliant non pas accouunode a,ec ma.s auss. et surtout trailc par, connue : fai, au tour peindre ei ,. «

l'kuile, etc. Cet à français semble ven.r du latm MX Marcellus disant passini :

ad ignem ;

(id emplastri modnm ; „,ais le plus souvent, c'est ex que l'on rencontre, soit avec des verbes :

hysopum ex passo decoctnm,

ex vino Irila,

coqmlur ex oko.

furfures ex melle coctos,

teruntur ex aceto et rosa,

scobem ex aqua defervere faciès ;

P. 122, 5 : m sole haec omnia teruntur et ex aceto ;

soit même sans verbe aucun :

P. 32, 29 : cerotum ex irino oleo, cérat à l'huile d'iris; P. i48, 32 : haec teres diiujenter et adjumjes aceti boni quartarium et dabis bibere ex aqua calida.

Assurément on trouve parfois cuni et même in, mais c'est l'exception, et nous pouvons en somme aflirmer que la manière ' s'exprime chez Marcellus par l'ablatif, accompaghé le plus souvent de la préposition

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