‹ Marcellus de Bordeaux et la syntaxe française [microform]Chapitre 5 sur 12 · ex ictu aut casa · texte numérisé non relu

ex ictu aut casa

P. 34, 8 : ex dolore capitis nauseam patiuntur ; P. 36, 10 : somnus difficilis ex dolore capitis ; P. 37, 18 : caput si e\fri(jore doluerit, etc.

' Sur la manière proprement dite, exprimée en fait par l'adverbe, j'avoue n'avoir découvert aucun exemple décisif de la résolution de l'adverbe en ses éléments ; faut-il croire que la synthèse, en ce qui concerne les pures abstractions, tenait bon et ne se laissait pas entamer ? Sans doute, puisque nous employons encore, autant que les liomains, l'adverbe de manière.

La transformation la plus curieuse à observer est sans contredit celle du yéailif; ce cas. on le sait, était celui du rapport immédiat, c'est-à-dire que toutes les fois que deux noms dépendaient I un de l'autre sans verbe intermédiaire, qu'il fût question d'exprimer la matière, la quantité, la qualité, la possesion. et tout le reste, le substantif dépendant prenait la forme du génitif, qui est a.ns, par excellence et au sens le plus général du mot. le cas. non de 1 origine, mais de l'espèce, le cas de la détermination. Ce cas avait pour synonvme -énéral l'adjectif formé d'un nom. ce qui impliquait encore l'emploi d'une désinence :

Sulla-e bellum,

Sulla-nnm bellum, et resserrait encore le rapport par suite de la règle étroite d'accord en genre, en nombre, en cas. Susceptible d'exprimer tant de cboses. ce cas ne comportait pas un sens bien précis.

Mais quelle était exactement l'étendue du mal i' En résultait-.l une telle obscurité que la nécessite de résoudre le génitif en ses éléments fut très pressante '.' Assurément non : en fait, c'est le dernier cas oblique qui ait disparu, et, en droit, il devait en être ainsi, puisqu'on réservait ce cas pour toutes les fois que l'on pouvait user, en supprimant le verbe, d'une expression syncopée'. Si le gemt.l ne paraissait pas assez clair, on avait la ressource de rétablir le verbe suivi d'un autre cas; s'il l'était assez, à quoi bon l'altérer .■> Cest. dira-t-on. que la désinence disparaissait dans la prononciation .> Mais les Français du movcn âge ont, pendant fort longtemps et sans dommage aucun, employé la simple juxtaposition pour exprimer sous leurs formes les plus simples les rapports les plus divers :

l'Hôtel-Dieu, la Cour le Roi, de par(t) le roi:

t Voici à CCI (gard un exemple Ciccronicn bien significatif :

l'ro Mur. 3 : Nrgat faUse reclum Calo me... Icgem ambilus latorem. .

sam L. Marenae allingcre.

Pro .Wur. 5 'réponse à robjcclion) : Nam nuod legen. de an.biln luU. . .

caa-

nous disons fort bien aujourd'hui :

la femme Durand, Jules Michelet, la rue Drouol ;

où était, où est encore l'obscurité ? N'était-ce pas aussi, dans les cas les plus clairs, un excellent usage de cette règle de construction que nous employons aujourd'hui pour exprimer les cas droits, sujet et complément direct : Pierre aime Paul ? Mais au temps de Marcellus la règle de construction ne jouait encore aucun rôle en syntaxe ; et, en l'attendant, l'analogie faisait son œuvre, le génitif était traité en cas oblique ordinaire, et sa dislocation en était d'autant moins due à un besoin de clarté que la préposition qui l'exprimait, DE, est précisément toujours la môme. La seule désinence du génitif tenait lieu, en grec et en latin, de celle des autres cas ; la seule préposition de en français peut, sans verbe, remplacer presque toutes les autres. Et pourquoi ne pas ajouter qu'au début du moyen âge Texpression du génitif par juxtaposition — vraie règle de construction, la plus ancienne de toutes — a probablement suggéré l'idée et l'usage de l'expression des cas droits par le rang qu^ils occupent aujourd'hui dans l'ordre des mots ?

Ce cas tout spécial, qui exprime simplement toutes les espèces de rapports, comment est il traité dans le De Medicamentis ? Où en est sa déformation P C'est ce que nous allons examiner.

Tout d'abord, Marcellus l'emploie assez souvent concurremment avec l'adjectif dérivé du nom :

P. 339, i3 : equinus samjuis, maxime admissarii equi ;

P. 256, 7 : summitatem veretri, vel inmm ventrem ;

P. 75, 22 : fel ursinum atque hyenae cum melle opiimo mixlum...

caligines eximit ; P. i/|2, 7 : jus in qno hirundinum pulli cocli fuerint, ... sed praecipue contra synanchen prodest, si hirundminos pullos vivos in nido prendas, etc.

iMais, comme nous l'avons vu, génitif ou adjectif sont très souvent remplacés par un autre cas, parfois l'accusatif, plus souvent l'ablatif, expliqués l'un et l'autre par une préposition. Non, encore une fois, que le choix de la préposition soit ici d'une bien grande importance : nos paysans disent indistinctement soupe aux choux (AD), et : soupe de choux (DE); l'essentiel est qu'il y en ait une pour marquer le

cas oblique, puisque la désinence ne s'entend plus, et que Tadjectif e encoîe une forme de la déclinaison casuelle. La p.éposU.on e plus souvent emplovée est DE: c'est DE qui a tenu heu en definUne des particules susceptibles de désigner les rapports .mmed.ats es plus divers II est bien dinicile, disait Dietz ^ <■ d'attendre partout la véritable portée des mots qui n'expriment que des rapports >,.

S'il était un cas qui paraissait ne pas devoir être exphcp.e par une préposition, c'était bien celui-ci qui représentait tant de sortes de rapports ; après les avoir ainsi simplifies en les expnn,ant tous par un seul et même cas - immense progrès h coup sur - n a laU-on pas revenir en arrière par l'emploi des prépositions les plus diverse et compliquer à plaisir des expressions depuis longtemps sm.phbees . Xussi s explique-l-on fort bien ce que j'appellera.s volonfers. sous toutes réserves, la réskiancc du génitif ; il a eu. maigre 1 aton.e de sa désinence, la vk plus dure que les autres cas obhques. Et, mal re toutes les observations déjà faites sur l'emploi de prepos.fons au heu du véritable génitif, nous pouvons dire que, de tous les cas obhques,

c'est vraiment le moins entamé. , , ,• i

Il conserve encore, et d'une façon presque absolue, 1 un de ses

emplois, l'expression de la propriété :

P. 211, 26 : anlidolum IJadriani, et en pareil cas se construit après le substantif dont il dépend, au lieu de se placer avant, comme d'habitude. Faut-il voir dans cet usage l'origine de la règle de construction signalée par M. Cla.rm-: „ Ln nom de personne complément se joint sans inter.nédunreau substantd complète '.> « tl est vrai qu'il ne s'agit <iue des Sern.enis de Sira.sboury où le substantil couq.lément, tout comme dans la canflene de Sainte-Eulalie, précède toujours le .:omplélé ; en sorte .p. a cette époque le génitif de la personne se place sans prcpos.t.on ava.it son régime, les autres génitifs s'exprin.cnt par DE et se placent après. Celte expression du génitif sans prépu.ilio., est conforme a 1 usage des langues germaniques dans les mots co.npnses, et à l'usage grecolalin Mais l'analogie même avec tous les autres cas obhques a du

amener peu à peu, d'abord le renvoi de ce génitif après son substantif, et, après de longues années d'exception, sa traduction comme celle des autres par la préposition DE, Cette préposition devenue décidément bonne à tout, exprimant tous les rapports, a fini par être accolée aux sujets ou aux attributs déplacés, comme pour signaler quelque cas qui n'était pas simple : // est honteux de mentir. Dieu hôtel est donc devenu hotel-Dieii, et, s'il ne s'était cristallisé sous cette forme, ce serait de nos jours hôtel de Dieu.

La place ordinaire du génitif dans Marcellus est, en somme, immédiatement avant le substantif; cette régularité de construction quand il est conservé, jointe à sa dislocalion dans la plupart des cas, est donc tout ce que nous pouvons observer cbez lui : il serait excessif d'en conclure que la future indication du génitif par juxtaposition est déjà nettement indiquée. Disons seulement que, d'une part, ce cas se dissociait parfois on deux éléments comme ceux dont il tenait lieu, et se trouvait ainsi ramené à ces autres cas obliques qu'il remplaçait depuis longtemps ; du reste, ce retour ne compliquait guère l'expression, puisqu'il s'opérait presque entièrement par la préposition DE; on ne se gênait plus pour séparer par des prépositions deux substantifs sans verbe intermédiaire; — d'autre part, dans les occasions nombreuses où il était encore conservé, il était placé de telle façon que la construction semble avoir joué ici, pour Féclaircissement de son sens, le rôle que la préposition jouait à l'égard des autres cas obliques. Mais, en fait, ce cas omnibus n'avait guère besoin d'être éclairci, puisqu'on l'employait seulement dans les rapports les pins clairs. L'essentiel était que sa désinence devenue atone ne le fit pas confondre avec le nominatif ou laccusatif; la construction y pourvoyait : de deux noms juxtaposés, en cas de doute, il devait être entendu que le premier était un génitif.

1 Gramm. des langues romanes, l. IH, 1' i^i

■* Thèse, 1880 : 1^1 gi'nitijloiin et de la préposition Dr., p. 176.

Si le génitif tient bon encore, que dire des cas droits, de ces cas qui devaient survivre dans notre vieux français jusqu'à l'époque de Joinville, soit plus de neuf siècles entiers*:^ Ici, pas d'analogie possible avec l'explication des cas obliques; pas d'analyse possible, le rapport étant on ne peut plus simple. Et cependant ne fallait-il pas déjà se

prémunir contre ratonle croissante des désinences ? Pourquoi supposer que rosa se distinguerait plus facilement de rosam, que rosae de rosa (abl.)? Et qu'v a-t-il de plus important à distinguer, que le sujet

de l'objet?

Constatons d'abord que le livre de Marcellus est fait pour être lu, non pour èlro parlé, et que l'orlbographe semble en avoir été mipeccable ■ dès lors, nulle confusion n'était possible entre les deux cas. Du reste, nous n'avons nullen>ent prétendu dire que les prépositions aient servi uniquement à remplacer les désinences llé.bissantes.mais que servant de plus en plus à éclaircir, dans le langage parle, le sens v'érilable des cas, leur action avait concordé avec nne tendance naturelle aux Romains et plus encore aux Gallo-Romains : celle de ne pas prononcer les désinences, - et qu'en conséquence la cbute des désinences obliques en avait été précipitée. Mais il n'en était pas de nieme des cas droits : jamais nne préposition, jamais surtout une régulante quelconque dan's la construction n'en était venue préciser le sens sv-ntaxique ; on devait donc les prononcer d'autant mieux, ou, si 1 on v'eut d'autant moins mal. La désinence des cas obliques précèdes d'une préposition est tombée, et avec quelle lenteur ! par suite d un double emploi : ici point de double emploi possible, partant conservation relative de la désinence. De plus, les désinences des cas droits étaient assez caractéristiques pour être entendues, surtout au cas ré-ime • si Vm linal sélide dexant une voyelle, il a sa pleine valeur devant une consonne, et l'.v du pluriel est tellement fort que nous le subissons encore dans les liaisons et dans la régie de nos rimes. 17„r,„ et nous pourrions insister longuement sur ce dernier point — il n'est pas rare qu'en latin même il n'y ait qu'une seule forme pour les deux cas droits : noms neutres, pluriels de la troisième, de la quatrième et de la cinquième déclinaison ; nulle règle précise de construction : leurs plirases en général v ont-elles beaucoup perdu de leur clarté:» Rien, disions-nous, n'est plus inq-ortant a distinguer que ces deux sens, netti^menl opposés, du sujet et de I objet : par conséquent, rien n'est plus facile, ri.n ne se fait plus aisément a di>tinction s'opère d'elle-même, et, .-onime on dit. le sens gênerai de la pbrase peut sullirc à l'intelligence de ces cas, sans autre auxiliaire

particulier. ,

^e nous étonnons donc pas d. ne rien trouver dans le De Mcdicamentls qui annonce iios rè-j^les niodrrnes de construction pour les cas

droits; il s'est écoulé plus de temps entre son époque et l'établissement déiinitlf de cette régie qu'entre cet établissement et notre époque à nous : dix siècles d'un côté, sept à peine de l'autre. Il a fallu bien des dissociations de cas ou de modes obliques avant d'arriver à la destruction formelle des modes et des cas, et encore le travail, en ce qui concerne le mode, est-il loin d'être acbcvé. ^^ous le verrons commencer dans le cliapitre suivant.

Mais retenons que Marcellus a tellement multiplié — bien inconsciemment — les auxiliaires de la décHnaison, que le principe même de celle-ci est désormais gravement atteint. Ce n'était plus un simple progrès, mais une métamorpliose. L'enq)loi de la préposition, sa place, sa répétition était quelque chose de nouveau par ce qu'il avait de systemallquc en fait : avec la préposition, l'esprit d'analyse se révèle d'une façon matérielle, il s'accuse, s'accentue, se fortilie, et, comme la boule de neige, vires acqalrlt eiindo. Rien ne l'arrêtera plus désormais.

CllAPlTUE m

AUXlLlAlKtS DE LA MOIU'UOLOGIE DES VEKBKS

On sait, ne fut-ce qu'au souvenir des éludes faites au collège, quelle est la complication des formes classiques de la conjugaison latine, de ses temps, de ses modes, de ses voix, de ses personnes, de leurs caractéristiques si diverses : suilixes, désinences, règles d'assimilation avec la racine, etc. Rien déplus obscur au premier abord, rien de plus diiliclle à saisir et par conséquent de plus malaisé à pratiquer que tout cela. Si, du moins, ces modiiications avaient pu suffire à tout', mais telle forme, conmie scripserhn, avait au moins trois sens, telle Idée ne pouvait s'exprimer que par une périphrase, scrlptiirus slm : la périphrase, ici, connue pour les cas obliques des noms, c'était l'ennemi dans la place, c'était la révélation de cet esprit d'analyse dissolvant et destructeur des formes synthétiques; cl, bien que le travail de dissociation ne soll pas terminé aujourd'hui, bleu que peut-être, en ce qui concerne les modes, il ne doive

iatnais Tèlre, il est évident que dans la langue française il est très avancé, tandis quil débutait à peine dans le latin C.céron.cn. A quel point en est-il en Gaule Romaine, quand Marcellus ecnt son ouvra-e? C'est la question que nous essaierons d'éclairer maintenant, au moins en ce qui a trait aux modes, aux voix et aux personnes • car il est remarquable que la question do I analyse dans les formes temporelles ne serait guère élucidée par le texte de Mar-

cgHus

Pourquoi cela ? La réponse est assez, facile : le livre de notre auteur est un recueil de recettes dont le temps ordinaire est le présent, ou de préceptes dont le temps ordinaire est le futur: l'emploi du passé est rare, en somme, et c'est précisément le passe qui est analysé dans notre langue. On est donc surpris de trouver „-i moms de passés composés que dans maint prosateur plus ancien, lùt-ce dans le stvie familier du Cicéron lui-même. Des expressions telles que :

P. 207, 10 ■• nilscebis et rcposila habebis, outre qu'elles sont extrêmement rares cliez notre auteur, ne présentent, d'autre part, aucun rapport avec lexpression liançaise . lu auras repo.sé », mais signilient :

« Tu frarderas, tu tiendras en repos. » ReposUn hahehh n'est nullement un synonvme de rcpones. Voici, dans une formule magique et dont la structure par conséquent est probablement fort ancienne, une locution de forme analogue, mais de sens tout diiïérent :

P. 2 20, 17 : Très oinjincs In medio mari mcnsaiii marmorcam positam hahcbant, daae lor<iucbant et una reloniuebal.

e.l-ce : « Avaient placé une table », ou bien « tenaient une table placée » :•> Le premier sens est peut-être le plus vraisemblable, mais il n'y a pas à chercher des traces de gallo-romain dans une lorinule

de cette espèce. . .

Il est donc bien certain que celte tendance à la décomposition <lu pa^sé (parfait) en deux éléments . l'auxiliaire avoir et le participe passif, tendance qui en latin se lit .jour d'assez bonne heure, semble réduite à néant dans le texte de notre auteur ; et cela, quand dans le français moderne elle se trouve être absolument Irioni-

pliante'. Reconnaissons d'ailleurs que le besoin de cette décomposition ne correspondait pas à un désir de clarté plus grande : les finales du parfait sont, ou bien imparisyllabiques au présent, comtiie amam, et cela sullit pour les distinguer de celles du présent ; ou bien elles contiennent la sifflante s, qui est, en roman, la plus persistante des con^onnes; ou bien enfin le radical est simplement allongé, comme dans ridi, et c'en est assez pour caractériser le son de la voyelle ro- ,„ane. La nécessité de distinguer le parfait de l'aoriste, et 1 analogie avec les autres formes analysées a beaucoup plus agi ic. que le besoin de probité dans le langage.

Ce qui est plus intéressant, c'est la confusion de sens qui se produit entre certaines formes temporelles, soit dans les propositions principales, soit plutùt dans les propositions subordonnées. C est d'abord l'impératif, dont les formes en -to ne se distinguent plus des formes plus simples :

P 33 2 1- miod si dolorc médium eapiit Jindi ridebilur, hederam

contunde. ac sacum ejas olco rosaceo misce et cum hnleolo

nmndo fronli inducito, lempora qao<,iu' ex eo et nares perunge ;

,iaod sinrai'ior dolor facrit, etiam cerebro superlunde,

1'. 02, 2o:hir„ndiinimslercas... mille m ms fetile oOpie m fimo

cabaUino per dics A.V.VV sajfossam habeto, •

p 5', 18 • posica rccondes dilirjcntcr et sub si,jnaado babeto cl ' .pwlidie uqaa eadcm caput irrora et pectine indc madefacto capat

pecte, . ^ .

p -6, 3o : pulcijlorcs deslringe eosque madetacito ex aqm Jvi-

(ilda et conlere hene..., .

1> -ylxk i3 : scparalim o//^ma... nilscelo atqiie adjicc lus welUs

optimi despumatl qaod satis videhltiir et ad majaltadmem nueis...

poilu dato.

Nous avons omis à dessein d'assez nombreux exemples qui, à la rigueur, auraient pu être intecprélés au sens classique. " C'est ensuite, à fmdicalif, le futur confondu avec le futur antérieur, le présent avec le futur, le présent avec l'imparlait ; dans une

. L'auleur de la Chanson de Roland remploie déjà aussi souvent -lUC le permet sa prédikcliuii nalurelle pour le passé dit dcfim.

répétition déjà signalée, à « necesse est iif seplima die amhukl » (p. 25o. 16), correspond (p. 353, 3i): a Intra (lies Vllsanabilur ». On dirait vraiment que les recettes médicales, ayant une valeur absolue, en dehors de toute époque et de tout engouement, s'expriment par des formes verbales dont la notion de temps est absente. C'est ce que nous aurions pu déjà dire au sujet de l'impératif, si l'on ne savait de science certaine combien le sens temporel s'est rapidement clfacé dans les modes autres que l'indicatif. Quoi qu'il en soit, voici des exemples qui nous ont paru intéressants :

P. i3o, 2 : (jiiibiis rehiis dentifricium faciès, rjiiod dolorem den-

iium sedat,

P. 139, 25 : sed dum prendes araneam rcl phylaclcriiim alligas*...

P. 160, 33 : quantum tcnerc potest. fjni tussiet,

P. 170, 7 : profuit multis... si febricitabit (ce passage est un développement de Scrib., 76, qui ne contient pas « si febricitabit ))),

P. 22(5, 3o : inde dalur. cum opiis est, fabae /E(jyptiae maf/nitiido cum Diu/si cyathis trdnis si sine febrc fuerint qui sunipturi sunt ; si febricitabunt, ex aqua rnulsa dabitur,

P. 309, 28 : debes... lir/are in pede dextro si dextra pars corporis colo laborabit, nut in sinistra, si ibi causa fuerit, liabere de-

bebit (pour debebis?), P. 375,21 : malafjmatis loco cum opus fuerit uteris.

La principale remarque à faire sur tout cela au point de vue qui nous intéresse, c'est rindiiïérence des temps employés après si conditionnel ; on sait qu'en français il n'y a dans ces constructions que trois temps possibles, quatre au plus : .S7/ vient, .v7/ venait, s'd était ou fût venu. Le temps de la proposition principale suffit à éclaircir le sens, et notre svntaxe est ainsi débarrassée d'une complication inutile. Mais en somme la confusion des temps ici n'est guère plus significative qu'elle ne l'est dans un livre de cuisine ou un cahier de recettes : il est donc inutile d'insister.

^ b'aut-il conjecturer ici [jrcndis, temps conforme à l'emploi classique et aussi parfois à l'usage de Marcelius lui-même ?

\ propos des modes, il y a deux choses bien distinctes à considérer • leur emploi lui-même, qui devient, comme celui des temps et pour la même raison, visiblement confus, et l'usage, important ici des auxiliaires de modes qui vont se développant d autant, en maintenant, en augmentant même la clarté des anciennes formes.

La confusion des anciens emplois se remarque surtout entre 1 indicatif et le subjonctif dans les expressions de mesures :

P. 29.19: adnuscetur opi quod satissh, (piantum salis s\i... sumetur, aceti quod satis erit mittes, quantum satis est infunde.

Rarement on trouve : quod satis est, et .seulement dans les transcriptions de Scribonius. 11 ne semble pas que le mode de la proposition principale, - l'un des modes au hasard de l'ordonnance médicale, - ait exercé ici la moindre inlluence sur le mode de la

])ropo5ition subordonnée ^

Après si conditionnel, nous relevions plus haut l'inditlercnce des

temps ; voici l'indillerence des modes :

P. 69, 23 ; depelletur si scribas,

P. III, 12 : si feminae sawjuis ex naribus nimie dejluat, nuund-

lae ejus vinciantur, P. m, 25 : si ex una nare sanyuis deJJuit, diversam auriculam

cera obturabis.

Il serait aisé de multiplier ces exemples avec si; en voici d'autres avec cum :

p. 160, 34 : qui /u,v.s-R'/... aduUun bibal cum dormilum vwUl , ace ixislca loqueiur (llclnu-.. loqualur).

' Marcollus, p. =:>6. .8. paraphrasant la rocoUc 258 ,\c Scril.onms, ,.cr,t <le .on chef • .. mscentur at,,,,. mmm rnrp„s H. fU cl Migrnlissimc s„b,gnnta,: „ L'exemple serait i„l. rossant si la conjecture ul, pour et. ne s Muposait.

ÎA:-

P. i88, 1 : fwn idem omnibus praesfanf, mm intérim haec lemperatura mirijicos effectns haheat{^cv., 97).

La tendance de Marcelius à multiplier les indicatifs est visible; il serait plus juste de dire que c'est la tendance à considérer comme incises et à soustraire aux lois de la concordance modale des propositions qu'à l'époque de la période cicéronienne, plus coliérenle et plus solidaire dans ses parties, on aurait volontiers considérées comme taisant partie intégrante de l'ensemble. Rappelons avec Riemann cet exemple de César, B. G., 3, 09, 2 :

accidit nt non nulli milites qui iujnationis munitionisque causa in silms discessissent (= disccsserant) repentino equitum adrenta interciperentur.

Cbez Marcelius, soit parce que la finale du subjonctif se distingue peu de celle de l'indicatif, soit que les exigences d'une langue qui devait d abord être intelligible laient amené à briser davantage la période, c'est l'indicatif qui est emplové :

P. 336, 3i : ita al, dam teritur, miscealar,

P. 294, 23: fjuodsiineaprovinciafaciendumfueritfiocmedica-

mentum, in qua cervisia non est, P. 207, 19 : ne ipse, dam remedium accipis, fcrrum tecum

haheas, V. 235, 20 : ut qui accipit jaceat, P. 3/ii, 23 : qui in renerem injirmior eril, test, milionis ex aqua

Jontana, quae prrennis est, cum melle decoctns edat, etc..

Voici une construction vraiment exceptionnelle cbez notre auteur :

P. 000, 20 : deinde rafani manducanfui\ ut sit vamitus facilior, qui Icnesmi auisas cflundat.

Du reste il est bien évident que la confusion de son et de sens entre le subjonctif et l'indicatif au présent était beaucoup plus facile qu'entre le présent et l'aoriste d'un même mode. Ku conséquence, ou bien l'on appliquait mal les régies classiques, et, par suite de la ressemblance des sons, on s'en desbabiluait peu à peu, — ou bien quand on voulait nettement exprimer la subordination modale, qui

est propremcnl le subionctif. on recourait à des périphrases dont le in clLsiqne avait déjà donné lexen.plc n,a,s que le lal.n de la rdenceet surtout le français allaient u.uUiplier s.nguhercn.ent. C'est ce dont nous allons maintenant nous occuper.

,1 ne saurait être question d'établir entre TanaUse d'une forme module en éléments plus simples et l'analyse des cas (./. cb n) : ni iuule ou un ,arallélisn.e complet. Le mode est de sa nature "c . plus complexe que le cas ; ce n'est pas le mode ma.s le temps d Xrbes. q i corrlspond réellement au cas des suhstanUfs^ L c.,.vtce même de ce que les noms expn.ent n'est ^-ept, e d au • modification, n'est jan.ais désirée, conm.andee m.e - do"le - „Pettée que tout cela ne soit exprimé par le xerbe, non pa le subsl. nous sommes donc ici en présence d'un élément absohnnen,

: Um et qui fait partie de l'élément subjectif du '-V-ge en général Comment analyser, non pas le sens, ma.s le en de 1 optafl. •ordre de l'impératif, le hochement de tète ou la d.screfon du potentiel le regret de l'irréel'.' 11 faut remarquer cependant qu >1 existe es:;bes d: sens très généraux exprimant ^^ ^'^^^^^^-^^^^'^ dément, le doute, la possibilité et son contra,re; dans les pluases I courtes on a moins besoin de subordinations savantes ; eulm. : commode, pour ne rien ébranler de la solidité u sens /verbe, de faire manœuvrer en son lieu et place. - '- ^ J ' re.le stable i l'infinitif. - des verbes exprmiant par eux-munes ce •ex ri-nait préalablement la désinence modale. C'est amsi qu on e Tiivéà une sorte d'analyse, dont les éléments sont, dune part, .ai verbe à forme invariable dénuée de tout sens personnel, mo- ,, et n,émc temporel ; d'autre part, un verbe ^•;.;; -^ J^ char.^e de tout, qui couvre son chef, et qm en bon soldat se bat pour ui tVr.dis que 1' nlinitif. comme un ro. d'échiquier, demeure nnmo- ; peu s'en faut. et. dans la mesure où le permet a résistance autres pièces, reste imprenable, intangible et. eu dehn. ve in „ct Toutefois, c'est lui qui donne la xie a 1 ensemble, et s, ce nnitif presque inerte en apparence n'existait pas. ce sera, a mo. pour la phrase et la suppression de tout sens. Marcelius a ia,t un ^;;:d us'age de cet infinitif; par là, il est déjà, sinon exclusivement français, du moins fort moderne.

On sait, eu ciTet. combien s'est développé cbe. nous 1 emploi de

(il

l'infinltir sans sujet exprimé : le rin est fait pour le hoire ; fai plusieurs endroits à aller (popul.)» ; si nous n'usons plus guère clc la construction Infinitive, tlile a ^jue retranché » ou inlmitif avec accusatif sujets nous employons la construction infinitivc après un grand nomi)re de prépositions :

à, (le, pour, sftns, par, après ; la construction interrogatlve directe ou indirecte :

(/ue faire? oii aller ? je ne sais ipie dire; l'inlinitii sNuonvme de rimpératif :

affranehir, faire suirre, laisser passer ; l'infinitir svnonvme de l'optatif, etc. Mais la construction la plus intéressante pour nous est encore celle de riidinitll aNec un auxiliaire de mode, au lieu de la morphologie lourde et complicpiée des anciens : Marcellus en use déjà largement.

Pour marcpier l'initiative hanale du sujet dans l'action, nous trouvons le \erhc facere (rarement jubere, et seulement dans les transcriptions de Scrihonius) construit avec rinlinltif. Cet auxiliaire, sur l'emploi duquel nous reviendrons à propos des voix, tient heu, en somme, de limpératif si souvent employé dans les recettes médicales : teri faciès est synonyme de tere. — Ln autre synonyme périphrastique de limpératif est deberc :

P. 60, II : teritur ante omnia crocuni, œpia phwiali infusum

macerari débet, deindc adjiclatur illic sarcocolla (Scrih., 22,

avait dit : feritnr ante ownia croeum atpia pluniatili, deinde

adjicitur sarcocolla... prias omnia scorsum nmeerata),

P. 57, lâ : medieamen... debebis adponere. Cuni auleni punjalae

fuerinl..., tuni... adpones, P. 108, 2G : (pio sueuni de nioris componi debere supra dixinnis, P. i58, 5: resinani... debebis jejunas haurire. Dans ces locutions, la forme simple serait l'impératif, ou mieux encore

' Ilist. de la Langue et de la Litt. françaises : l. VlH. p. SS\ (M. F. Brunol). 2 Cette construction rè^Mie encore dans le </<■ Medicanientis : P. 3»2, 24 : quotiens qids'iue ino[na seminis se laborare perspexeiit, Marcellus s'al)stienl de la construction poiudairc : dico quod ou qida.

— elle futur simple qui en est, en pareil cas, l'équivalent. D'ailleurs, l'emploi de debere est extrêmement fréquent : cet auxiliaire ./.ro.,' qui marque chez nous le futur dans toute sa généralité de temps à demi mode, depuis l'ohligation stricte jusqu'à la simple prohahilité et même la possibilité, n existait guère chez Gicéron que dans le sens le plus fort. Ici nous le rencontrons à ciiaque instant dans les lormulos pharmaceutiques. Citons encore :

P. 60. 3o: si (juis obserret ut..., uirwpie manu perfricet, et hoc

1er facere debebis, [\ G.). 8 : ma.^ca,n capics, cl dum caplcs dicere dchehh nomen cjns

cui remediuni faehirus es.

Voici une plu-usc dans iaquollo, par une sorte de correlalion, dchMs annonce le polcnliel de la subordonnée :

p 56 i', • sedomnes has spccies... miilore dcbcbi, ad mcimiram vel 'partes mpra scriplas, proal rolucris conjicerc mcdn-anwm copia m.

Yrainienl dchcrc, dans ces exemples et dans une foule d'autres, n'est qu'n,. n.oven de dégager de toute complication le sens du verbe a rinlb.itir. 'c'est au point qu'on pourrait presque le supprimer dans l'exemple suivant :

P 108 26 • uvae immaturac suco codem modo composifo, fpio 'sucum de moris componi debere supra di.cimus, nares Jluentes repleri percommodum est.

Ce dont nous n'avons trouve aucun exemple probant, c'est du cas oi, dcIn'O.u présent, construit avec riniinitil' présent, donne nctloment ,m lulur. comn.e werdcn dans la langue allemande ; d est vra, que l'auxiliaire étvmologi.p.c de notre lutur est /m(-.'o (j'a.mer-a,), non

debeo. . . i 1 ,.,

Il n'v a guère d'observations à faire au point de vue modal sut

l'emploi, très fréquent, des impersonnels />ro./../, conrenU. pera.w-

moéun est, utile est'. Le verbe dare mérite .me mention particulière.

■ Signalons ici l'ol,lilération complc-tc du sens verl.al tlo licet : P ,'55 8 • liccl H lune calopolia fi.cerc proplcr enmdem cas.m utile sH. sed lanc •,„^;„;, ,„;, ,„,,,,„,. Soril.onius (rccclle .Jli a^ail écil : Un-t H lùnc caU,poUa

quoi qu'il ne soit pas, à proprement parler, un auxiliaire de mode, mais simplement un verbe parfois suivi de l'infinitif (dès l'époque classique, on disait familièrement: dare ou niinistrare hibere). Cet emploi linal de rinlinilif est retenu par Marcellus et développé, soit avec bihere, soit avec des verbes de même sens :

P. 2 1 3. 17: et sic (lato mixlum sorbcre jejuno, P. 25*2, 2 : fel terrac trilum ex vclustissimo rino dabis bibef'cjcjiinn, P. 252. G : artemisidm... cribrabris et ex rino dcdns bdjere jejuno, etc.,

Mais le plus souvent on a :

P. 222, 8 : cyalhos tcpcfactos, si niniiuni cril J'ri<jns, didds bi-

bendoSy P. 22(8, 29 : fjcntianam... per tridiiiim bibendani dabis, P. 235, 33: ebuli conlasi siicum... per triduiun da lienoso biben-

daiiiy P. 239, 9 : radicem... da porco edendam per dies novent, etc.,

sans qu'il soit possible de déterminer dans quelle mesure la construction du complément de dare avant ce même verbe contribue à l'emploi de l'iniinitif ou du gérondif. Nous disons toujours en français : donner à boire: nulle part dans le de MedicanwnLis on ne tjouve la lourrmre latine correspondante : ab bibere, non plus qu'aucun infinitif précédé de [)ré[)()>ition.

Nous n'avons gaidé, on le sait, qu'un seul vestige du gérondif latin, et encore sous une forme indéclinable : en faisant vient de in faciendo : Marcellus le décline encore :

P. 69, 3o : si in faciendo ac suscipiendo praeVujamine castimonia ab (i/rof/iie serreUir (français : si en faisant et en prenant l'amulette...)

Nous avons l'babitude d'analyser : anmlelte, complément direct de prenant participe actif; prenant, comme le gérondif en -do des la-

facere propter eamdem causam, sed taiic aqna, non mel adjicitur. Marcellus t'\idemmcnl nv a rien compris du tout. Écrire, comme llelmreicli [utile sit\, est un acte gratuit de charité pfiilologique.

tins, est une forme passive demeurée invariable uniquement parce que son régime n'est pas encore exprimé '.

Ce qui est le plus remarquable dans tout cela, c'est le développement singulier de l'infinitif, dans tous les sens : fovere curabis, putrescere permittes, teri faciès, urani resilire compellunt, qaod destinalum eritsine ferro tollUp. 355, /j), etc. Et voici que le potentiel à son tour subit parfois une dissociation en ses deux éléments : l'élément modal est exprimé par un auxiliaire; l'élément fondamental ou substantif, par l'infinitif:

P. io3, 21 : hoc auxilio us(jue ad perfeclam sanitafem uti poleris, P. 160, 32 : salis (juantum intra p<dmani tenere potest qui tussiet

in pofionem cervesae aut curmi nnltat, V. 1G9, 24: haec oninia... miseentur, etquando aecjer uncjui habet,

toile ex eo uncias M ad Iridaanam unctionem.

L'exemple suivant est plus significatif, parce que le texte qui le contient est de Scribonius. rec. 258 :

P. 22G, 18 : liquejiunt qaae liquéfie ri habent. (Ces trois derniers mots manquent dans Scribonius, qui. d'ailleurs, préfère debeni, rec. 2G3, par exemple.)

Notre conclusion, en somme, est loin d'être aussi nette que celle que nous avons pu donner pour les cas : disons simi)lement que le travail se fait dans le sens de l'analyse, que l'infinitif i)araît de plus en plus commode et clair, qu'en conséquence les auxiliaires de modes vont se multipliant dans le sens où le français les a retenus ; du reste, si l'on excepte l'emploi de facio pomjubeo, l'usage de Marcellus est à peu près correct, et les lois grammaticales sont à peu près respectées. Ce qui ne l'est pas du tout, ce sont ces à'vp:zT:Tci vi;j.:i, ces lois non écrites qui représentent l'esprit même et le génie d'une langue, les autres n'étant que des recettes scolaires ; et si les lois écrites sont restées les mêmes, cela ne signifie pas que la langue soit demeurée immobile, qu'elle n'ait pas, pour ainsi dire, fermenté. Les quelques

1 II est aussi étrange (jne le gérondif latin soit devenu et demeuré invariable, même quand son complément précédait :

Leclorem delectando pariterquc monendo (Horal. ad Pis. 3/|4).

observations que nous avons faites semblent porter sur peu de cbose ; nous avons signalé dans cette eau claire quelques bulles suspectes qui en troublent par endroits la pureté ; mais le fond est gravement altéré, — nous ne disons pas corrompu, [)uisquc le sens de l'évolution était le bon, — et la persistance de quelque correction dans la forme n'est qu'un tiompe-l'œil qui, lui-même, s'évanouira bientôt. Le jour de la débâcle arrivé, on sera stu[)éfait de voir rimmense travail qui s'était réalisé sans bruit depuis deux siècles.

Nous ne voyons d ailleurs apparaître encore ni les propositions, si fréquentes en français, commençant par (juod ou (jnia (français : 7//<'), pour remplacer les anciennes propositions infinitives; et nous dirions volontiers que jamais l'inlinitif n'a été aussi employé qu'à l'époque de Marcellus, ayant encore tout son em[)loi complétif, et cependant se multipliant avec les auxiliaires de modes. D'autre part, les conjonctions auxiliaires de subordination modale ne [)rétenl, au [)oint de vue qui nous occupe, à aucune observation intéressante, en debors de la multiplication des antécédents pour augmenter la clarté :

usrjnc diini, tamdiu donec ou quoiisqac, co usqiic donec, lannllii qua/ndiii, tamdiu ut, etc.

ces expressions sont synonymes et employées en somme indiiïéremment :

P. 363, !>5 : tum slmul omnia... excoques tamdiu. ut herhae illae

ita molles fuuit, ut...^ P. 3()3, 33 : pcrmixta fiaec omnia tamdiu dccoques, donec ita

omne vinum e.rcoquatur^ ut...

\in français nous avons vu se former les longues locutions conjonctives : jusquà ce que, aussi lowftemps (jue. etc. Le mode est régulièrement employé '.

' Disons ici, pour en linir avec les conjonctions, que les asyndela entre qnalilicatlfs ne sont pas rares, en raison de ce que de v«''rilaljles locutions se sont forni<'es avec des noms et des adjectils :

P. 140, 10 : cepae longae coiulitoriae suco adjeclo nielle permixfo.

Cepac longae «ont deux mots inséparables ; (piant à adjeclo et perniixto, le premier est attribut, le second cpitlicte. .Nous disons en français : une grande bonne volonté; un lis blanc odorant ; toutes expressions rpii, traduites lilt«''ralement en latin, constitueraient des solécismis.

Les formes du passif et du moyen qui ont si complètement disparu dans la cbanson de Roland et, à plus forte raison, dans le français moderne, sont à peu près intactes dans le latin de ^Larcellus. Et non seulement le passif, en tant que forme, existe encore dans le de Medicamentis, mais il s'est multiplié comme par un retour oifensif : là où Scribonius écrit : utde est adhibere medicamen,}^\âvce\lus copie : utile est adkiberi medicamen. Ainsi facere, synonyme dejubere, est construit avec l'inQnitif actif des verbes intransitifs, mais avec l'inlinitif passif des autres verbes :

P. 33, 5; 66, 4; 122, 22 ; 2o3, 3i, eipass.: fervere faciès,

P. 219, 3 : infirmum deambulare faciès,

P. 2/19, 3o : Àusonius... iiitra quinque dies stare, ambulare autem

intra septem dies fecit, P. 332, 27 : porri sucus... haemorrhoidas continuo desinerc

facit .

Avec le passif :

P. 121, 24 : ter i faciès,

P. 121, 28 : coqui faciès,

P. 235, 20 : eum ire praecipies atque in calida diufoveri faciès.

Voici un exemple probant de la règle fornudée tout à l'beure relativement à l'emploi des voix :

P. 43, i4 : ahimen leni vapore deficere vel excoqm faciès.

En un mot, l'infinitif qui dépend defacere est toujours de sens intransitif. Cette règle, absolue pour facere, ne semble pas l'avoir été au même degré pour des verbes à peu près synonymes. Ainsi :

P. 70, i5 : deinde... faciem tuam ea aqua fovere curabis.

On serait tenté, il est vrai, de Wvc foveri, comme plus liant, si toutefois le yerhe fovere n'était pas à cette époque devenu aussi intransitif.

Si l'on compare cet emploi defacere à celui, si fréquent, du verbe

faire construit en anxiliaire', on ne peut s'empêcher d'être frappé de la ressemblance avec le français. Mais il y a plus : le verbe donner dans une phrase comme celle-ci :

j'ai fait donner cet habit,

ne présente-t-il pas à l'analyse un sens passif, à tel point que, si le sujet du verbe donner est exprimé, on le met, non pas au cas droit accusatif :

j'ai fait Pierre donner cet habit,

mais au cas régime du verbe passif, soit :

fai fait donner cet habit par Pierre,

soit, quand on ne craint aucune équivoque, comme dans la phrase suivante :

j'ai fait bâtir cette maison à (- ab) mon architecte; je hii{dà[. d'ini.) ai fait bâtir cette maison.

Voici, dans le Mont des Oliviers d'Alfred de Vigny, un double exemple de cette construction :

(( Un soupir de mon cœur, un signe de ma croix Pourra faire ouvrir [aperiri) l'ongle aux (a//) Peines éternelles. Lâcher {laxari) leur proie humaine et reployer (replicari) leurs ailes ».

On dit constamment, même avec d'autres verbes :

je lui ai vu faire,

je lui ai entendu dire,

j'ai ouï dire à (z= ab) Pierre, etc.

On sait qu'en latin amare et amari dérivent de la même forme grecque -v^f^72i, et que la confusion des formes et des voix a persisté dans /ieri (arcli. fiere), de çûssau forme non contractée de Gjsat. A vrai dire, dans de pareilles expressions, et grâce à la présence

< Remarquons que chez Marcelltis, comme en iranrais le \erhc J'ai n\ le >erbe facere s'emploie dans une foule d'acceptions fort peu classiques : hoc henc fucit. ce renu'de fait bien pour... etc.; mais cela n'est plus de la svntaxc.

de l'auxiliaire de modes, on peut dire qu'il n'importe guère que Tinfmitif soit à l'actif ou au passif; l'analyse seule permet de découvrir la véritable voix :

j'ai fait courir cet homme —fecihanc hominem currere ;

j'ai fait donner un habit à cet homme = Jeci vestem dari huic

homini ; .

je lui ai fait donner un habit par Pierre ^ feci illi vestem dan a

Petro.

Dans les deux cas l'accusatif qui suit l'infinitif est le sujet, non le complément de cet infinitif, en dépit de l'ordre des mots ; - allons plus loin : dans tous les cas oit un infinitif régi par un auxdiaire de modes transitif de sa nature, est suivi d'un substantif sans préposition, ce substantif est toujours le sujet de l'injindif; - mais comme le mot donner correspond tantôt à donare, tantôt a donari. il faut bien en conclure, qu'on le veuille ou non, que ce mot français est susceptible d'un double sens, actif ou passif, selon qu'il vient de l'actif c/oAiarc ou du passif donari. Nous avons donc en français au moins deux formes simples de sens passif : donner (qui a aussi le sens aclil)^ et donnée l'infinitif et le participe. A cet égard la préférence de Marcellus pour l'infinitif passif, loin de l'éloigner du français comme on pourrait le croire au premier abord, l'en rapproche au contraire beaucoup, d'autant plus que cette tendance lui appartient bien et que sur ce point il s'est nettement écarté du texte que

Scribonius lui fournissait.

L'emploi de l'infinitif passif est réguher chez lui, non seulement

avec /ac.r., mais avec les auxiliaires impersonnels oportet et prodesl:

Marc p. 27, 22 : aqua friqida pura nares diutius oblui oportet.

Scrib., rec. viii : aqua frigida nares diutius abluere /)a/T/

oportet.

. On ne saurait tirer argument de ce «lue la règle parait i„a,,,.l,cablc aux verbes de la troisième conjugaison, et de ce que lire ne saurait venir à la fo.s de légère ci de legi. La fausse analogie ,,nl a donné foo«. et Ihez a pu donner, et en fa.t a donné, /^'q^n comme amari et monert.

■i Pourquoi s-obstine t-on dans les grammaires françaises a qualif-er les parl,clpes a.nLl et aM de présent et de passé, puisqu'ils ^' ^'^ ^^^^'^ 'f?'" "^""^^^ relie, au lieu d'<,c./ et de ;,«../? C'est ce que P. Hamus ava.t fort b.cn vu dans t;a Grammaire (1072), ch. du. verbe.

Marc, p. 27. 10 : cum vero diu capiit dolet, et adtonderi prcssius et adradi prodest.

Scrib,, rec. x : prodest, cum diu caput dolet, adtondere ad cutem

et radere.

Marc, p. 59, 7 : expectari oportelnt donec impetus sedetur.

Scrib., rec xix : expectare oportelnt donec impetus sedetur, etc. ^

Les exceptions sont si rares- qu'à notre avis une correction s'impose à l'éditeur dans les quelques passages où on les relève. Marcellus va jusqu'à dire, p. 279, 23 : rediri oportet. Peut-être, au contact de Scribonius, aura-t-il hésité après oportet et prodest entre l'usage de son modèle et le sien propre, tandis que pour facere, inconnu à Scribonius en tant qu'auxiliaire de modes, il a librement et constamment usé du passif, quand le verbe était de nature transitive.

La voix moyenne, au sens propre du mot, n'existe pas dans le texte de Marcellus, non plus qu'en français ni en latin classique: les infinitifs neutralisés :

fondre z= être (en train d'être) fondu,

awjmenter zz être (en train d\'tre) au<jmenti\

finir = être (en train d'être) fini,

peuvent aussi bien venir d'infinitifs latins passifs ; ce qui est sur, c'est que leur indicalil est de tous points semblable à l'indicatif actif : c'en est un, toiit simplement. La transformation vocale, l'expression de rintransilif par la voix active se faisait déjà en grec, beaucoup plus souvent en lalin. Ce phénomène est plus fréquent encore dans la langue française qui ne possède plus de formes déponentes m réiléchies : la seule indication significative d'une diversité, c'est l'em-

' Tout ce (jui prt'c.'tlo siiflirait, sur ce point, ù réi'uler .laiius Cornarius, (pii, flans la lettre-proface de son editio princff^^, adressée à deux Ibnctlonnaires du comté de Mansfeld, soutient que Scribonius est un auteur grec, dont une traduction latine de basse «'poqiie. peut-rtre contemporaine de Marcellus. nous aurait seule été conservée (p. 27, lin., de Tcf/. princ.j.

- Vlarct'llus, en ellel, ou du moins U- Icxlc mamiscril du de Medlcanwnth a quel- «piefois conservé rinllnilif actif. .Notons cependant (pi'au le\te de Scrib., rec. /iô : salein terere oportet, Marcellus a substitué, p. i5o, 8 : salem terere te oportet, il te faut piler du sel.

ploi systématique de l'auxiliaire être dans les verbes pronominaux les plus réellement actifs :

je me suis frappé.

Nous ne vovons pas, d'autre part, que l'auxiliaire de ce qui sert à la fois de passif et de moyen soit plus fréquemment employé par Marcellus, ni qu'il ait dit couramment amati sumus pour amamur ; un exemple comme celui-ci est loin d'être probant :

P. 288, 33 : tepefactam liane potionem jejunus hibat : contmuo sanabitur. Faham inleijram frictam calidam in aeetum acerriniiim mittat et madefactam torminosus manducet : cito sanatus erit.

Il ne faut voir In, nous semble-t-il. que cette indilïoience de temps que l'on trouve si souvent dans les recettes médicales, et que nous avons déjà signalée. C'est ainsi qu'on lit :

P. 68, iG ; recieimusfucns, pour ulcrk.

Pour la même raison les formes de l'auxiliaire/»/ et celles de l'auxiliaire sam sont confondues aux temps composés du passif; e.ilin cet exemple : sanalm erU, est isole ou à peu près. Le jour ou 1 aux.l.airc dominera- et il don.inera le jour où. étaut devenu proclitique, .1 .era place délinilivemenl devant le verbe. - alors seulement le temps de l'auxiliaire l'emportera, et rendra inutile la forme simple correspondante. A quoi bon amamar quand on a la forme, plus cla.re dans .a complexité, uwnis amali ? amahamiu: quand on dispose de cramas amaii :' Mais ce moment est encore éloigné. Toute une série de causes le détermineront, le développement énorme des prépositions l'usage des auxiliaires dîi à l'airaiblissemenl de la Imale. 1 habitude toujours plus inqiérieuse de suivre l'ordre logique et de placer le modiliant avant le modifié, le besoin véritable de remplacer par des formes presque immuables, précédées d'auxiluiires, les anciennes formes simples de morphologie si compliquée : ce moment viendra sous l'inlluence de la double loi des auxiHa.rcs prochtujucs cl des ej:posant.s confiants. Toutefois, pour le passif, l'arrivée en sera un peu tardive, parce que les formes étaient suflisamment expressives par leurs sonores linales en U, et parce que nen ne va plus

doucement, dans l'histoire linguistique, que l'analyse dun terme abstrait.

Si le passif ne donne lieu à aucune observation intéressante, le réfléchi du moins n'offre-t-il pas quelque symptôme avant-coureur de sa forme française, exclusivement pronominale? ^'ous lisons :

P. 2 2/», 29 : cooperiat 6e sayis et, eu m coeperlt siidare, Icuet se et deamhulet diu.

Comme il s'agit, si je ne me trompe, des très vives douleurs causées par les coliques hépatiques, peut-être cooperiat se est-il synonyme de cooperiatiir, d'autant plus que la ligne précédente est ainsi rédigée : ineo latere complicatiis diu jaceat. Quant à leoet se, il serait tout indiqué d'y découvrir la forme française f/uil se lève, au heu du latin sur(jat. Malheureusement, outre que dans les deux cas le pronom se est placé après son verbe, l'exemple est, pour ainsi dire, unique. Le suivant :

P. 266, 12 : et moncbis nt se post balneiim calidissime tractct,

est du latin de construction parfaitement correcte, même s'il était permis de critiquer l'emploi du mot traclet. Dans cette proposition :

P. 255, 26 : in harenam solviintur lapides in vessica reperti,

Marcellus a commenté son modèle Scribonius, qui s'était borné à dire (rec. i53) : (medicamcntam) in harenam solvit lapideni. Or reperti signifie bien ici le français : qui se trouvent, sans que Marcellus ait cru devoir écrire : quos reperias, ou : qui se reperiunt. Tci pourtant :

P. 39, 3o : si vir aut adulescens aut infans hemicranium pafietur, ohservet ut scmper luna VU et XVII et XXVII se tondeat,

se tondeat est bien mis pour tondeatur : mais précisément en français nous disons : se faire tondre (se facere iondcri, en latin de Marcellus). L'exemple suivant :

P. 36o, 28 : deinde uhi cowjelaverit se adeps,

serait fort intéressant, s'il n'était fourni par Scribonius, rec. 271, presque sous la même forme :

deinde cuni rjelaverit se adeps ;

si bien qu'on est tenté de rapporter au vocabulaire des officines phar- .naceutiques, non seulement cette expression, plus rançaise que latine assurément par ses analogues, mais encore celle-ci, qui est du même genre :

P. .40. i4 : haec omnla dilhjenlksime... trila, ut pcrmiscere se

possint.

Il resterait en tout, comme exemples probants :

P. i58, 22 : radiées runiicae niinutae ej as, qaae per canipum se

s ternit, P. 82. II : {cutio) statim se suhniejit.

'''C'esuluelqne chose, cependant, si l'on consiclè.c le non.bre de ces diverses exceptions, et surtout le soin avec lequel Marcellus sa>t d.slinguer au besoin l'action réllécliie du passif pur et simple :

P. /ig, 6 et pass. : ni ceiia te ahslineas, mais, quand il s'agit d'animaux ou d'enfants sur lesquels on agit :

P. 2^10, 18 : caprae ahstincntur a cd)0. Scribonius emploie d'une façon générale aUlinere v^>». Mnir : ;:rcellus ne Confond pas l'abstinence ^'^^^^^^'^ ^^^^^ in.posee. Dans le cas d'une maladie grave, d "Pl''''!-^ J f ^ ...alades, même adultes, sans doute parce que le devon des gardes

est de leur commander :

1>. 3o5, 17 : cwn dolorem coli hahehil ali>,uis, anle dicm nhsùael)itur.

Scribonius (rec. ...) avait écrit ; at.ùacre débet. L'obligation est

fort bien marquée par Marcellus.

Le nombre des verbes transitifs emplovés u.transUnemenl c està-dire sans complément exprimé - le plus souvent ce compl.n.ent serait le pronom rcllécbi -, est assez, considérable :

P. 66, 29 : 67 qals observet sine intermisslone aiit oblivione ut qiiotiens laverit..., maniis ambas ad oculos référât.

On dira que se a pu tomber après fjaoticns ; mais la construction ordinaire de Marcellus est laverit se, non se laverit : or, le mot qui suit laverit est dedueta: enfin Tite-Live avait déjà, qnoique rarement, construit ainsi lavare (20, 17, i ; 44» 6, i, etc.). L'emploi rclléchi de lavari (p. 262, 21 et pass.) n'est pas seulement transcrit du texte du Ps.-PUne : il fut toujours d'usage courant dans la langue familière.

Coqiiere, français intr. cuire, a^i employé au neutre à plusieurs reprises :

P. 81, i5 : cum aliqnantuhim co.cerit, addes...

P. 280, 3 : vino niyrteo, id est in quo myrti bacae coxerint,

P. 249. 9 : quae tamdiu coquanl, donec niijrescant.

Même construction avec decoquo, p. 267, 19 ; 368, 4» etc. 11 en va de même avec bene accipere :

P. 119, 25 : altérai quoque radix bene arcipit (ce verbe manque dans Scrib., rec. 53) ;

Avec siccare :

P. i84, 17 • rJiodiam... siccare permit te,

P. 353, 3 : sanguineni... duni adhuc calidus exilit, et niox ubi siccaverit...

Ce nest là qu'une extension commode d'un usage déjà clas,>«ique en grec comme en latin. Un autre usage classique consiste à sous-efitendre des compléments dont l'idée se présente d'elle-même, quoiqu'ils ne soient pas rétlécbis. Marcellus emploie ainsi :

P. ICI, 21 : sanare, P. 76, 5 : ad sujfandt'ndani, abst.,

P. 66, 17 : persanare, P. 76, 11 : ad inunfjendum,

P. io3, 3 : succurrere. Pass : facere, bene facere, optinie

facere.

Signalons enfin les deux gérondifs de sens passif :

P. 335, 28 : niedicanienlo, qnud dia (ifjihindo (^ to) a(jilari) niiscetur.

p. 352, 2 : auro fervente circuitus eorum urciulo (= tm un) dcujnatur.

La preuiièie de ces deux phrases ne figure pas dans le texte de Scribonius (rec. 263), non plus que la seconde dans celui du l>s.-Pl.ne (Il 25). -Mais cet usage poétique était connu de longue date; l'explication par la voie passive est la plus simple et la plus conforme à rétvmologie, bien qu'à la rigueur on puisse admettre qu'on se trouve en présence d'un actif à sujet indéterminé ' .

Nous résumerons le peu que nous avons dit à propos des voiv en reconnaissant que, si Marcellus présente dans son texte quelques particularités retenues depuis par la syntaxe française, d n y a du moins dans le de Mcdleamenlis aucun indice vraiment sigmlicatil de la formation française du passif ou du moyen, par des auxiliaires verbaux ou pronominaux. Les quelques liésilations qui peuvent être si<rnalées semblent avoir toujours existé à quelque titre : la dillerence entre l'actif et le passif n'est pas toujours aussi nette qu'on Ire //•<7p/,<r et être frappé, mamjer et être mangé. Et encore ne disons-nous pas également :

Les oiseaux que j'ai vus mamjer {= manducare), et Les oiseaux que j'ai vu man'jer (= mandiicari),

en crovant fermement que, dans les deux cas, man;jer est à l'actif, ce qui 'a donné lieu à la règle ineple de l'accord ou du non accord du participe iu<:' La vérité est que, dans les deux cas, le participe devrait s'accorder, ce qui du reste ne changerait rien à la prononciation et par conséquent à la clarté de la phrase. Ces distinctions grammaticales des voix sont incontestablement utiles; mais la leahle n est pas tou'ionrs aussi nette, on ne saurait distinguer toujours avec autant de rigueur jusque quel point \e sujet est actif ou passil. Certaines philosophies veulent même qu'il ait toujours été passil :

(( Fata volentem duciint, nolentem Iralumt ».

1 Cf. V. Hcgo, Cromwell. IV, ',. •< G'osl un fa„totnc vain '[m lombc « le toa-

ctier (-M illum Inlirniem] tanirere) ». , ~ , , ,• i

m.: y. . : '. Ce lr6..e est moins .olidc; « y mo,a.,U (--<■> l'uc [.d.jucn]

ascendere) il tremble ».

Il est naturel que le langage se soit ressenti de ces incertitudes, et que la syntaxe des voi\ soit dans certains cas bien flottante. A coté de la voix active et de la voix passive, ou plutôt entre les deux, il se rencontre une foule de nuances, sans que la grammaire des Latins ait jamais eu pour les exprimer une autre forme que celles de l'actif et du passif. C'est encore là ce qui se dégage de plus clair de toute étude sur la syntaxe des voix dans n'importe quel ouvrage, dans celui de Marccllus comme dans la plupart des autres.

La morphologie des personnes est encore intacte ; il n'existe pas encore, d'une façon réelle, des pronoms auxiliaires de la personne; l'emploi d'un pronom-rappel au nominatif, comme le suivant, ne serait significatif que s'il était très fréquent :

P. ^0, 2 1 : Iierba vel Jicdcra in capifc statuae ciijiis/ihcf nnscl solel : ea si. . . cnpitî vcl icniporlbas ulUjclur, iniruin rcmediain.. . prneslabU.

Or il est extrêmement rare. C'est bien une sorte de sujet indclini, analogue au t:; des grecs et au mot français on, que la forme enclitique qais employée dans toutes sortes d'occasions par Marcellus :

P. 70, 6 : oculos cum dolere quls coeperit,

P. 25i, 02 : ea parte qua quis nesciam patitur,

P. 007, 33 : si de reste ventrcm circumcinxeris de (jua (jius

laqueo vitam linierit, P. 309. 29 : sed, dum utetur qais hoc praeligamine, abstinoat

venere, et cet exem[)le encore plus significatif :

P. 302, 23 : clavos... radi ad vivum oporlet, prout qnis pati

potuerit,

(piis est ici l'expression d'un sujet qui n'avait pu être exprimé ni sous-entendu avec rim[)ersonnel opnrtel. Du reste nous pouvons ajouter ici, avec plus d'assurance encore qu'à propos des temps, que dans un ouvrage comme celui-ci la distinction des diverses personnes est particulièrement indiilérente :

on prend, vous prenez, ta prends, il est pris, ils prennent, autant de formules absolument équivalentes. Enfin, il faut bien remarquer, comme pour la question des cas droits et plus ^e.^ que plus de dix siècles vont s'écouler avant qu au seuil de la Renaissance ^ la langue française éprouve le besoin de di.tmguer par des pronoms les diverses personnes, du singulier d'abord, puis par an^ ogie celles du pluriel. Le rôle des pronoms personnels aux liai es n'est pas commencé, tant s'en faut : les désinences dist.nguent suhsaminent les personnes; la deuxième, par un s- ^^^^ ^^^^jj^^ encore aujourd'hui une liaison- non sans quelque ^^^^^^^'^ - la troisième, par un / qui survit encore dans aune-t-d, et dans tous les parlers populaires de France :

il va-t-en ville, il a-t-eni repris; la première, comme il convient, par l'absence de toute caractéristique. A ?epoque de Marcellus, les pronoms ne jouent un rôle intéressant qu'à titre de rappel, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

Nous reconnaissons sans difficulté que les résultats de nos recherches sur l'analvse des formes verbales sont à peu près négatifs e nous avons essayé, chemin faisant, d'en découvrir les -^--- ^ sin^^uher que l'analvse des modes, qui est aujouidhui bien moms avancée que celle des temps, des voix et des personnes, soit dans le ./. Medicamentis plus . commencée . que les autres analyses ; mais de ce qu'elle était moins facile, il ne faut pas en conclure qu elle lut la moins nécessaire, loin delà; et voilà sans doute pourquoi elle a débuté avant les autres. A vrai dire, elle n'a jamais eu de commencement, et n aura sans doute jamais de lin : les éléments a dissocier ■sont ici tellement délicats, tellement complexes, nous pourrions due . si infudment délicats et complexes, qu'on songe involontairement, en les considérant, à ces cirons de Pascal, dont la dissection se développe et s'étend à l'infini : « ... Des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, deshun.eurs dans ce sang des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes... « bt

1 Cf. Savons, Étude litt. sur les Écriv. franc, de la Réf., pp. 3^9^ m-

voilà pourquoi tout le travail réalisé depuis les premiers monuments de la langue latine semble, et semblera toujours à mesure qu'il avancera, tout à lait insignifiant en comparaison de ce qui reste à faire. Retenons du moins cet excellent principe du développement de l'infinitif en deliors de toute acception modale, temporelle, personnelle et même vocale : la cbose en soi est bonne. G est l'isolement, c'est la mise en sûreté du radical verl)al, tandis qu'autour de lui les modifications peuvent « s'ébattre » à leur aise et sans danger pour lui. La fortune de l'infinitif a été telle dans notre langue et dans la plupart des langues modernes, qu'on ne saurait trop en remarquer l'adolescence à l'origine du français ; l'usage du (jne complétif\ qui en a fait dis[)araître quelques emplois, est compensé et au-delà par tout ce que l'infinitif a gagné de toutes parts.

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