AUXILIAIRES DE LA MORPHOLOGIE DES NOMS : LES PRÉPOSITIONS
La substitution des prépositions aux cas obliques simples et la disparition des désinences casuelles sont, dans l'histoire des langues néo-latines, deux phénomènes corrélatifs; d'une façon générale, on peut dire qu'une époque quelconque se distingue toujours de la précédente par le nombre croissant des prépositions, substituées en tant qu'outils grammaticaux aux désinences des cas obliques. Lequel des
deux phénomènes a logiquement précédé l'autre? ou, en d'autres termes, lequel des deux est cause, lequel effet? Il est bien acquis aujourd'hui que la dislocation du latin synthétique a eu pour cause, moins la prépondérance de plus en plus exclusive de la syllabe accentuée au détriment de la désinence, que la tendance de notre esprit à l'analyse, que l'habitude, devenue toujours plus constante et plus impérieuse, d'exprimer par des mots distincts (et placés entre les deux termes) le sens d'un rapport, bref, de préciser toujours davantage le sens des désinences enclitiques par des particules indépendantes et proclitiques. Mais ce supplément de précision était à ce point clair et décisif, que l'instrument primitif, la désinence, devint en fait inutile, et Ton se conduisit bien vite comme si l'on s'en apercevait. La désinence toutefois a survécu longtemps, en organe témoin, à l'époque où elle était nécessaire, et, en France, ce n'est guère qu'au tu' ou au Yui'' siècle que toute désinence oblique * a définitivement disparu. En réalité, il y avait longtemps qu'elle était en train de disparaître, et au v"" siècle la tendance était déjà parfaitement marquée; disons mieux, le travail préparatoire était plus qu'à moitié fait.
Il importe, avant d'aller plus loin, de définir sommairement la préposition et de montrer, de rappeler plutôt, comment ce mot de création secondaire a pris peu à peu une fonction distincte. Mais, disons-le tout de suite, ce qui distingue par-dessus tout la préposition, c'est sa place entre les deux termes du rapport, par conséquent devant le second terme : cette particularité lui a valu son nom de icpoôecnç (DH. comp, 2, Plut. M., 1,009 ^) - ^^^ ^^ auro. D'une façon plus générale — et les rares anastrophes connues ne font que confirmer la règle^ — la préposition est un mot indépendant, un ancien adverbe, devenu proclitique, c'est-à-dire nécessairement placé devant le mot auquel son sens l'a lié. Homère, qui dit si librement : xaià Sdtxpu x^***^? ^^' "^^5 Tétatai Ppotoïdi , ne place jamais après le mot qu'il explique cet ancien adverbe jadis plus libre ; jamais Saxpu ^écov xatâ, jamais sans modification de l'accent vùÇ Tétaxat ^potoTaiv âx(, c'est-à-dire sans maintenir l'accent primitif, ^poToTaiv l:ci ; mais alors ce n'est plus la préposition. La préposition était un mot
1 Sauf quelques génitifs isolés.
^ Par exemple, wbiscam, Â6Y)va)V difxo. C'est l'ancien emploi adverbial.
explétif, %\ l'on entend par là qu'il n'était jadis nécessaire ni à la syn~ taxe, ni au sens ; c'était simplement une explication utile. Quand Thucydide, vi, 91, dit : tf^ç i-rub tûv arufjL[jLi}r(ov rpcjoSou, que fait-il autre chose que d'expliquer le génitif (rj|AjjLi^u)v, et d'en préciser le sens subjectif? mais à la rigueur xfj; tcov j. -;;ps7sccu aurait suffi.
Le fait que l'on voyait d'une façon régulière la préposition devant le terme qu'elle expliquait a fait dire et croire qu'elle régissait ou gouvernait tel ou tel cas, qu'elle était la cause de l'emploi de ce cas, au lieu de dire simplement qu'elle se construisait avec lui, qu'elle l'accompagnait. Vainement on avait sous les yeux ces prépositions sans régime qui sont placées en tête des verbes, et les tmèses d'Homère, et les exemples nombreux où l'emploi de la préposition est facultatif, c'est-à-dire à coup sûr non néces8.aire, et ces mots qui sont tour à tour prépositions ou adverbes : rien n'y a fait ; il n'y a pas cinquante ans que les grammairiens ont découvert d'une façon sûre l'origine et le véritable rôle de la préposition.
Mais, ce qui n'a pas été bien précisé, ce sont les circonstances où tout d'abord on a pu employer la préposition en tant que préposition. 11 s'en faut que la phrase de Thucydide citée plus haut soit une construction primitive. La préposition n'a été d'abord usitée qu'avec un verbe, et seulement avec le verbe propre : vas ex auro factum. Seconde étape : le verbe propre est facile à sous-entendre, et c'est un verbe prégnant qui est exprimé : Verg., G. m, i3 : templum de marmore (factum) ponam. Longtemps le verbe propre a été ainsi . exprimé ou suppléé, ou même sous-entendu, mais de telle façon qu'il était aisément rétabli, et qu'il semblait qu'on y pensât toujours. Tant qu'on n'a pas mis librement une préposition entre deux substantifs sans le souvenir d'aucun verbe, le rôle de la préposition n'était que rudimentaire, et les cas obliques, avec leur désinence, tenaient bon. Les désinences n'ont cédé peu à peu que sous la double influence : — 1° du principe du moindre effort en vertu duquel la langue emploie, pour être comprise, le minimum de moyens ; — 2** de l'existence des prépositions employées sans verbe aucun et qui, doublant en fait les désinences des cas obliques, les ont expulsés. Mais ce dernier phénomène devait singulièrement se développer en terre gauloise, et voici pourquoi.
D'après tout ce que nous savons et voyons encore, il est de tradition sur notre sol de ne plus prononcer dans un mot la partie qui
suit Taccent ^ ou, en d'autres termes, l'accent tient dans nos oreilles une telle place qu'après lui il n'y en a plus aucune pour quoi que ce soit ; même les syllabes qui le précèdent sont comme écrasées devant lui, sans toutefois disparaître absolument : monaslérium, moustier. Plus encore que chez les Latins, l'accent, suivant l'heureuse expression de Diomède (Keil, Gramm, lai, y i. pp. 43o, 3i), était en Gaule Vàme du mot ; « Est accenlus velut anima vocis. » Il en est même devenu \e corps, si l'on entend par là qu'au lieu d'être marqué, comme en grec et encore en latin, par une simple élévation de la voix, il l'est incontestablement par une insistance de la prononciation. La désinence, principal indice en latin du rôle syntaxique de chaque mot, était donc sacrifiée, au grand détriment de la clarté, à laquelle nos ancêtres semblent avoir tenu plus que les autres peuples.
On a dit ou pensé assez souvent que si nos ancêtres recherchaient si fort la clarté dans l'expression, c'est qu'ils n'étaient pas bien intelligents : (( Quand je songe, disait Gallus (Sulpit. Sev. Dial, 1, 20), que je suis Gaulois, et que j'ai à parler devant des Aquitains Je crains que vos oreilles trop polies ne soient choquées par mon langage un peu rustique — Élève des écoles, lui répond Posthumius, tu agis adroitement en vrai élève des écoles : il ne sied ni à un moine d'être si rusé, ni à un Gaulois d'être si fin. » Croyons plutôt que ces Gaulois si bavards étaient en même temps très honnêtes, et que leur intelligence seule, sans Tamour de la probité dans le langage, n'aurait pas sufB à faire de notre langue la plus loyale qui existe : elle n'aurait été que la plus lourde. On sait que latin, tel qu'ils l'ont reçu, se décomposait déjà dans le sens analytique. Est-il donc surprenant que les prépositions, comme les proclitiques en général, se soient à ce point développées dans la syntaxe française ? Ce terme est indépendant ; il est placé avant le mot principal : il est donc toujours effectivement prononcé ; d'autre part il n'a pas d'accent, il fait presque corps avec le mot suivant : il ne tient donc pas trop de place. Si les
^ Déjà en latin les syllabes finales étaient bien mal prononcées, puisqu'elles n'exercent plus aucune influence sur la place de l'accent : dominas, domino . C'est un acheminement vers la suppression gallo-romaine des post- toniques. En grec, il n'en était pas ainsi : àvOpcoiwGÇ, avOpco'JTSU J aussi le grec a-t-il gardé intactes la plupart de ses désinences.
prépositions ont servi à quelque chose en grec et en latin, le souvenir de leur origine adverbiale persistait encore : en français, rien de pareil, ce mot est une nouvelle partie du discours.
Insistons un peu. Lorsqu'on dit en français : un temple de marbre, il n*y a plus dans la pensée de celui qui parle aucun souvenir d'un verbe quelconque, non plus que dans l'expression latine : templum marmoreum. Le rapport entre les deux termes est immédiat, il n'y a nul verbe intermédiaire, de marbre fait fonction d'épithète, non d'attribut ; de remplace véritablement la désinence du génitif ou de l'adjectif. Rien de pareil dans le latin ni dans le grec classique. Il semble vraiment que marmoris, composé en principe du radical marmor, de la voyelle de liaison i et de la désinence s, se soit purement et simplement analysé en de marbre :
marmor — (/)*, de — marbre,
deux mots au lieu d'un, un proclitique au lieu d'une désinence, le mot principal devenu en fait indéclinable, puisque les flexions ont disparu. Mais il faut bien remarquer que cette transformation ne s'est pas effectuée d'une manière directe, que la préposition a d'abord longtemps coexisté avec une désinence casuelle parce qu'elle servait à en expliquer et à en préciser le sens, et que bien lentement la particule explicative, sans avoir grammaticalement (vu sa place) rien de commun avec la désinence, a fini par en tenir lieu ; tant et si bien qu'après l'avoir soutenue et étayée, elle l'a éclipsée, supplantée, expulsée, La particule a fait comme ces Maires du Palais qui , en quelques années, à force de signer pour le roi, enfermèrent enfin leur maitre dans quelque monastère d'obscurité et d'oubli. Mais il fallut plus d'un siècle aux prépositions pour détrôner les désinences : de l'auteur de l'Iliade qui traite encore les prépositions en adverbes, à celui de la Chanson de Roland qui les utilise presque entièrement comme caractéristiques de cas obliques, il s'est bien écoulé deux mille ans ; dix nouveaux siècles ont passé, et les Allemands comme les Grecs déclinent toujours leurs substantifs.
Dans cette course méthodique vers l'analyse, les peuples ont marché d'un pas inégal, et la France tient la tête ; l'édifice à triple étage des langues synthétiques s'est écroulé, les communs et les dépendances qui faisaient corps avec lui sont maintenant dans son
voisinage. Autrefois, une centralisation excessive, maintenant un fédéralisme libéral ; si libéral, qu'il fût devenu dangereux pour l'unité et la cohérence de l'expression, si révolution n'avait été somme toute sage et progressive, sans à-coup ni rupture brusque avec le passé. Nos pères ont pu ainsi, à chaque nouveau sectionnement, bien établir les liens conservateurs de l'unité ; l'expression des rapports a été l'objet d'une attention toute particulière ; rien ne s'est vraiment avarié, ni détaché sans retour du pouvoir central, qui est le verbe. Un bon élève de rhétorique, impuissant à traduire en français sans la briser une longue période cicéronienne, donne toute son attention aux particules propres à rattacher entre eux, dans de justes rapports, les débris de la phrase primitive, et réussit enfin à ne rien perdre de l'ancien sens, tout en en facilitant l'intelligence et l'expression : ainsi, sur la terre gauloise, la synthèse antique s'est résolue en ses éléments sans dommage, et pour le plus grand profit de la probité, notre première vertu. Seulement, là où l'élève met un quart d'heure, les Français ont passé des siècles, et cela pour deux raisons : la pre* mière, c'est qu'il est plus malaisé de modifier la lourde et complexe machine qu'est toute une langue, que d'alléger une phrase de version latine ; la seconde et la vraie, c'est qu'ils ne l'ont pas fait exprès et qu'ils ne pouvaient agir consciemment, l'intelligence et le langage étant en fait modelés l'un sur l'autre. Mais, tandis que le langage est de soi inerte et passif comme un instrument qu'il est, l'intelligence est active, elle veut plus et mieux, d instinct, sans toujours s'en rendre compte ; le créateur a mis en nous le désir obscur du progrès, et cet élément vivifiant réagit sourdement sur la pesante masse, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la perfection dont elle est capable par essence ; il faut redire avec les Stoïciens, les premiers des grammairiens dignes de ce nom :
f( Spiritus intus alit totamque infusa per artus « Mens affilât molern. »
Nulle part l'agitation, l'évolution n'a été aussi rapide dans sa lenteur,
que dans la transformation du latin en notre langue ; et le plus actif,
le premier en date des ferments de perfection, celui que, sans l'avoir
absolument inventé, nous avons le plus heureusement exploité, c'est
la préposition, que Marcellus utilisait déjà presque aussi bien, sinon
autant que nous.
Le plus fragile des cas obliques était assurément le datif; en tant qu'il exprime le point d'arrivée, il est assez précis ; mais, en tant qu'il exprime aussi la relation, il a un sens naturellement bien vague, puisque les relations sont très diverses ; il semble vraiment que les innombrables cas primitifs soient tous venus peu à peu se fondre dans le datif, et nous assistons à l'achèvement de celte confusion en grec, puisque le locatif et l'instrumental y ont à peu près la même forme que le datif. Du jour où le datif exprima tout, il n'exprima nettement plus rien, et la résolution de ce cas en des éléments plus clairs fut plus nécessaire que toutes les autres. Ce fut probablement le premier cas analysé, et cela, à l'aide des prépositions les plus diverses. C'est au datif, c'est à la pluralité excessive de ses sens qu'est due la dislocation du moule casuel et l'origine de la clarté analytique. En fait, le datif d'intérêt n'était presque plus employé dans la langue écrite dès le second siècle de J.-C. Marcellus le remplace régulièrement par AD et l'accusatif:
prodesse ad, alUgare ad, adponere ad, suspendere ad, utile ad,
toutes expressions qui existaient déjà dans le latin classique, mais seulement avec le gérondif ou le verbal en -ndam ;
facere ad (en parlant d'un remède), être bon ou efficace contre : facere suffusionem ad oculos ; (sans verbe) anthera ou medicamen ad ulcéra, remède pour ou contre les ulcères ; (sans substantif ni verbe) : ad capitis dolores (3o, 21) ad véhémentes feminarum
capitis dolores et suffbcationes , et ad eos qui.caduci appel-
lantur, et ad freneticos et qui vertigines hahent : pour les violentes douleurs des femmes... et pour les épileptiques ou ceux qui sont sujets au vertige, etc.
ad solem, ad ignem, au soleil, au feu ;
ad angulos perfricare, frictionner aux bords.
Et, comme il arrive très souvent dans le De medicamentisj on trouve juxtaposées les deux tournures :
P. II 6, 17 : prodest gingivis et AD omnia ulcéra quae in ore fiant utile est.
Marcellus, ici comme dans l'explication des autres cas, répète volontiers la préposition que Scribonius néglige ^ :
P. 77, lo : AD sordida ulcéra oculorum crustasque habentia, quas medici escharas vocant, et AD carbunculos oculorum quos anthraces dicunt facit bene mel. . .
Scribonius, au lieu de et AD, avait écrit item ; encore Marcellus l'a-t-il ici bien scrupuleusement suivi, puisqu'il transcrit à la suite :
(mel) pyxide conditum,
au lieu de : in pyxide qu'il emploie partout ailleurs. L'exemple cité est donc particulièrement significatif. Du reste et d'une façon générale, quand Marcellus emprunte le texte même de Scribonius, il l'enrichit volontiers de prépositions explicatives ; nous reviendrons au besoin sur ce point.
La préposition explicative ordinairement employée au datif d'intérêt est AD ; rarement PRO, PER, CONTRA ou IN, toutes prépositions de sens plus précis que AD, dont la signification en quelque sorte approximative convenait fort bien au sens général du datif, sans le préciser toujours assez. Ainsi :
P. 32, I : per mediam frontem circumdetur.
P. 70, I : intra oculos infundere,
P. 33, 1 1 : rasamen pastae quod in magide adhaeret, etc.
Fronti, oculis, magidi, seraient corrects ; les prépositions employées donnent un sens plus net, plus pittoresque dans sa clarté :
à travers le milieu du front, verser dans l'intérieur des yeux, à l'intérieur du pétrin, etc. ;
* Suétone, dans un passage célèbre, Oelav. 86, dit que Tempereur Auguste mettait un soin particulier à exprimer ses idées le plus clairement possible : pour y arriver plus aisément, et ne jamais troubler ou retarder ceux qui le lisaient ou Tentendaient, il n'hésitait pas à emplojfer des prépositions devant les noms de villes et à répéter plusieurs fois les ronjonctions.
et disons une fois pour toutes que, si Marcellus, vu le caractère plutôt populaire des lecteurs auxquels il s'adressait, cherche à être aussi clair que possible, l'instrument était à sa portée, il n'a eu qu'à en multiplier l'usage. Mais cette multiplication même, dans sa régularité, est quelque chose de nouveau.
Les prépositions de sens plus spécialement locatif sont employées sans beaucoup de discernement avec l'accusatif ou l'ablatif:
P. 72, 21 : capilli super testamcombasli,
P. 35, 19 : terra sub lectum collocata.
P. 109, 25 : in noclem super cibum dandus erit,
IIS, construit avec niillere et ses composés est généralement à l'accusatif, bien que ce verbe n'ait plus du tout son ancien sens d'envoyer, mais simplement celui de mettre ; de même avec fundere, ce qui est plus naturel, puisque ce verbe a gardé son sens de mouvement. Au contraire, ai\ec ponere et ses composés, bien qu'ils soient exactement pour le sens les équivalents de mittere chez Marcellus, c'est l'ablatif qui est préféré :
P. 3o, i3 : reponetur in vasojlctili, P. 65, 16 : in ampulla repones.
P. 75, i4 : in vaso repones, etc.
Il est intéressant de constater ici, malgré la confusion des sens, la distinction traditionnelle des cas régimes.
Mais cette distinction est-elle vraiment faite P nous en doutons fort : depuis longtemps déjà, au point de vue de la prononciation, dominum et domino, rosam et rosa, hominem et homine devraient être infiniment plus aisés à confondre que dominos et dominis, rosas et rosis, homines et hominibus, corpora eicorporibus, templa eitemplis ; aussi remarquons-nous que toutes les confusions de cas que nous avons relevées dans Marcellus et dont nous avons cité plus haut quelques exemples affectent des cas du singulier.
Les quelques exceptions qu'on peut signaler à la règle de mittere et de ponere :
P. 33, i4 : in vino mittes,
P. 48, 19 : in ore missa,
P. i43, 10 : particulam in qua mittes^
P. 167, I : intromisso in vasoigne,
P. 169. 12 : in sextario.., tria cocliaria,,, mittantur ;
d'autre part:
P. i64, i5: in calice diffundes , P. 175, 9 : ovum incoclum in calice defunditnr, P. 35, 3o : in aceio intingues, — p. 66, 5 : in conchamtransfundes, P. 69, 20 : in chariam virginem scribe ou5ai%. — 28 : si in charta virgine scribas,., ^up^apav,
portent sur des exemples au singulier ^ .
Il semble donc que la prononciation ait ici joué son rôle et exercé sur la syntaxe de notre auteur une véritable action : il. est naturel que les substitutions de tel cas à tel autre, sinon les additions de prépositions, ne se soient pas propagées avec une vitesse égale pour les deux nombres.
L'extension croissante de l'emploi de l'accusatif, même sans préposition, en guise de cas oblique de direction ou de relation, prête aux mêmes remarques ; on trouve ordinairement l'accusatif, et l'accusatif du singulier, avec les verbes suivants :
Dolere : auriculam, caput, uvam, jecur, splenem : p. 261, 9 : pede
quem dolet stans ; Laborare : p. 182, 25 : verticem si quis uvam laboranti mordeat; Pati : p. 25i, 32 : qui nesciam patitur ; Horrescere : p. 278, 7 : siaeger cibum horrescit : Gratalari: p. 107, 7 : gratulaberis Temedium ; Remediare : p. 34. 33 : dolorem ; p. 101, 25 : surdiginem ;
rarement dolere pedes ; plus souvent oculos.
^ Dans un seul cas à notre connaissance, mittere est construit avec l'ablatif plariel :
P. 365, a6 : solvendam galbanam manas calidis, sicat solet eera molliri, et in sapra dictis speciebtts mittendum ;
est-ce Tinfluence de sapra dictis speciebus admiscendam qu'on peut lire à la ligne précédente, c'est-à-dire une sorte de lapsus ? est-ce pour éviter quelque équivoque résultant de ce que speeies semblerait être le régime de sapra ? Nous n'osons rien affirmer, sinon le caractère tout à fait exceptionnel de cette construction.
Avec uti, on rencontre l'accusatif singulier du pronom neutre :
P. 212. 7 : quod mulieres utuntur ;
P. 202, 24 : epithemalium faciès quod multishoris,., uti potueris;
avec le comparatif, l'accusatif de l'adverbe qui le modifie :
P. 347, 9: hoc quantum tenerioribus infantibus feceris, eventu efjicaciore proveniet.
Enfin, les prépositions explicatives de l'ablatif ou du locatif sont prodiguées au détriment parfois de prépositions plus justes ; ainsi :
P. 68, 9 : lino ad collum suspende re ;
P. 42, 21 : rubusm quo mora nascuntur ;
P. 52, 3o : in locum canorum nigri emicabunt capilli;
P. 55, 5 : caput in calore, etc. ;
non que l'usage des prépositions soit devenu habituel au point d'être partout nécessaire : loin de là. Rien ne ressemble moins à un thème impeccable que la prose de Marcellus ; il dit fort bien :
P. 69, I : lacer tum eodem loco in quo ceperis dimittes,
construisant tour à tour le même ablatif avec ou sans préposition, la préposition accompagnant le second, non le premier. Mais en général quand Scribonius lui fournit, par exemple :
Recette 57 : haec misceri oportet mortario deinde patella fictili fervefacerc ut spissentar, alque ita recondere quolibet vase, dum ne aereo,
Marcellus copie :
P. 120. 23 : haec misceri et teri oportet in mortario, deinde in pa~ tella fictili fervefieri, ut spissenlur, atque ita recondi in quolibet vaso, dum ne aeneo {sic).
Nous bornerons là nos observai ions relatives au cas oblique de direction et à ses dépendances ; aussi bien, et tout complexe qu'il est, est-il encore singulièrement clair et concret : direction, but, intention, sont des choses faciles à saisir, même pour les intelligences les plus simples.
Tout autre est le caractère du cas oblique du point de départ : les idées abstraites qui s'y rattachent sont aussi nombreuses que délicates, puisque le plus souvent, si l'on a en cours d'action une conception très nette du but visé, on ne songe guère à se retourner vers le passé pour examiner rétrospectivement les diverses causes efficientes ; il a même fallu attendre jusqu'au créateur de la logique, Âristote, pour rencontrer une distinction formelle de la cause efficienle et de la cause finale. Au point de départ concret se rattachent donc la cause efficiente, l'instrument, le moyen, la partie, la manière: autant d'ablatifs (en morphologie) dont les sens respectifs exigent^ pour être mis en lumière, une attention et un esprit d'analyse souvent subtil ; de là tant d'incertitudes dans l'emploi de l'accusatif de direction et de Tablatif : tels (cf. sup,) locoeiin locum. Quand on dit:
« Etre excité par le désir de la victoire » ,
Le désir est en tant que mot à l'ablatif, mais il est signe de direction y puisqu'en le sous-entendant on dirait :
« Être excité à (ou vers) la victoire, »
La construction de désir en instrumental ou cause efficiente ne lui enlève pas sa portée de cause finale. C'est ce que Marcellus a parfois souligné quand il écrit :
P. 1^2, il^ : ab intro,
P. 36, 29 : lanam oviculae de inter femora velles,
P. 3i I, 12 : pilosque ejus (leporis) de sub ventre toiles, etc.
Quoi qu'il en soit, le développement que Marcellus donne à l'emploi d'une préposition, pour exprimer le point de départ, est tel, que nous voyons dès lors apparaître notre génitif d'origine, de propriété, du tout divisé en ses parties. Sans négliger absolument l'emploi de la préposition EX, plus fréquente dans le latin classique, il semble préférer la préposition DE, qui, commençant par une consonne, s'entendait mieux sans doute, et faisait, même devant les voyelles initiales, l'effet du D de l'ancien ablatif :
Euboead, Cajod,
d'Eubée, de Gaïus, etc.
A tous égards, l'instinct populaire devait préférer DE, qui, susceptible de s'éiider, tient moins de place, et cependant par sa consonne initiale est plus significatif que la préposition E. Nous n'insisterons pas sur des locutions telles que les suivantes :
prendere de laça, destillare de verendis,
ollam tollere defoco, pars de qua sanguis fiait,
extirpare de, nasci de, légère de vite, etc. *,
ni même sur des cas analogues, mais où le verbe est sous-entendu, tels que :
ossa de persicis, terra de limine,
glandes de robore, poma de moro,
sanguis de loco pinnarum, lapilli de tribus cerasiis,
cortex de fraxino, aliorum de caule foliorum,
grana de malis, adeps de anseribus,
farinant de faba, viscuni de quercu, etc. ,
toutes expressions qui indiquent généralement l'origine ; ajoutons-y cependant :
P. 94, 21 : fel porcinum, dum non de scrofa,
preuve évidente de l'équivalence absolue de l'adjectif (équivalent luimême du génitif) et de l'ablatif avec DE. Du reste la phrase entière est à citer :
Tune addesfel hircinum vel caprunum vel verrinum aut porcinum, dum non de scrofa, et commovebis, et iterum concoques, etc.
De pareilles constructions, il faut le dire une fois de plus, se rencontrent parfois chez le pseudo-Pline et même dans le texte de Scribonius; ainsi :
P. 35, 6 : c/e horto collectum ;
mais le plus souvent quand Pline fournit :
cinis testarum ostrearum.
^ Cf. S. Chabert, De latinitate Marcelli, p. 100.
Marcel lus traduit — c'est une vraie traduction déjà :
P. iSa. 3o : cinis iestaram ustarum EX ostreis.
Ce qui est plus intéressant que tout cela, c'est l'ablatif de la matière et en particulier de la partie (plus exactement, du tout divisé en ses parties), iJ'une part, et, d'autre part, de l'instrument, du moyen ou de la manière. A l'époque de Cicéron, sans verbe, on écrivait plus volontiers vas aureum ou vas auri que le vas ex auro du bon Lhomond ; Marcellus dit constamment :
sucus de betae radice, de alio, de moris, de terebinthi fruticibus et
foliis, cinis ex ossibus, de ungala, oleum ex niice,
fomenta de/arinis, polenta de hordeo^, pulvis de ipso costo ;
ce qui ne l'empêche pas d'écrire, presque tout à côté :
P. io8, 25 : iwae immaturae suco eodem modo composito, quo sucum de moris componi debere supra diximus ;
P. 1 34. 29 : sedant tumores faucium et uvae perunctiones quaedam, ut sucus de moris coctus in mellis spissitudinem, item maii punici granorum sucus, item uvae acerbae sucus eodem modo decoctus.
Concluons- en qu'au besoin ou à sa guise Tauteur emploie sans scrupule et presque sans discernement le génitif de la matière d'où est tiré l'extrait, ou l'ablatif avec EA\ plus souvent avec DE.
Être considéré comme partie d'un tout, c'est encore être un extrait, mais d'ordre mécanique, plutôt que d'ordre physique ou chimique : peu importe à Marcellus , peu importait à tous ceux qui, avant lui, en l'absence de tout verbe, avaient usé du génitif pour exprimer ce rapport si simple du tout a sa partie. Avec un verbe, on avait bien :
Horat. Ep, ad Pis. 827 : 5/ de quincunce remota est
Uncia, quid superest ?
< Le pMu do -Pline, I, i, p. 11, avait écrit simplement : c polenta 9.
Mais on disait, sans verbe :
Id., ibid. 24 ' maxima pars vcUum, bien rarement :
Id.^ Ep. 11,2, 212 : de pluribus una.
L'originalité de Marcellus consiste à dire couramment, sans verbe :
P. 122, 10 : hysopi de denario duas partes;
P. 125, 17:5/1/1... cavaturis eorum de hoc ipso deniifricio ali-
quid resederit; P. 39, 25 : de mûris Jimo pilulas 1res; P. 47, 9 : addes. . . et cocleare unum de suco ocimi ; P. 187, 6 : quod (ce qui) de his liqaefactam fuerit; P. 147» i3 : plénum cocleare de hoc puluere cum vino dabis ; P. 58, 7 : de ipso autem medicamine si succenderis in cubiculo, etc.;
c'est-à-dire bien involontairement à remonter au sens primitif, philosophique, du génitif dit partitif, et à l'exprimer par une préposition d'éloignement. Le pseudo-Pline avait écrit :
I, I, p. 12 : aquapotaquae superfuit de bovis aut asini potione remédiât, si ter potetur ;
le manuscrit de Dresde porte même simplement :
Aqua pota quae super/luit bohus aut asinis potione remédiât ;
Marcellus traduit :
P. 34, 33 : ex eadem aqua de qua bos aut asinus biberit paululum sumptum et potatum tollit efficaciter capitis dolorem ;
et ce qu'il faut remarquer aussi, c'est l'emploi, indistinct en somme, de DE ou EX partitif.
Tout autre en principe est le sens du cas de l'instrument, du moyen ou de la manière : ce n'est plus ici la cause première, ni le point de départ le plus éloigné. Cependant, c'est encore un point de départ, ce sont les circonstances qui en second lieu précèdent l'action. Les noms employés à ce cas sont chargés d'un rôle absolument passif : quoi de plus inerte en soi qu'un instrument, qu'un moyen (ou intermédiaire), et, à plus forte raison, la manière, qui est en-
tièrement abstraite? Néanmoins le langage courant ne saurait conserver des distinctions aussi subtiles ; et de même que les rois barbares faisaient décapiter le porteur d'une mauvaise nouvelle, que les sultans turcs inauguraient une guerre en mettant aux fers l'ambassadeur du pays désormais ennemi, — et que les entremetteurs de mariages ultérieurement malheureux sont aussi énergiquement qu'injustement rendus responsables : « Que maudit soit le bec cornu de notaire qui me fit signer ma ruine M » — de même aussi on a bien vite confondu l'instrumental et l'ablatif, le médiateur et le véritable auteur, et l'on dit également :
T(o ^Uzi xeTCXyjYjxsvoç, ocnlis videri, et Tw s^Qpw xsTCAr^Yfx^vcç, Paulo^ videri.
Il est vrai que le véritable auteur actif était plus spécialement distingué par une préposition, et qu'en latin comme en grec l'emploi de prépositions pour expliquer les cas obliques ou les résoudre en éléments plus simples s'est d'abord et surtout appliqué aux substantifs exprimant des agents : ces prépositions étaient xpsç, à*::?, 6r6, ab, per. Le langage des Romains et des Grecs n'en était pas moins injuste, en confondant le responsable et l'irresponsable ; mais en fait, c'est chose inévitable • la vraie cause est trop délicate à trouver. Dans le langage de tous les jours, on n'en a pas le temps, ce langage étant en soi un perpétuel jugement téméraire. Voit-on des interlocuteurs en cours de discussion tourner sept fois, comme dit le proverbe, leur langue dans leur bouche avant de parler, et ne se prononcer qu'après « enquêtes, compulsoires, rapports d'experts? >> L'intelligence guide le langage parlé, mais de haut, souvent de loin ; c'est une suzeraineté plutôt qu'une domination véritable ; et c'est bien heureux pour les hommes « à la voix articulée ». Le droit de parler par mégarde est un des plus précieux qui nous aient élé donnés : jouissons-en, et remercions les grammairiens de n'avoir pas trop réagi contre les habitudes qu'ils observaient, d'avoir permis de dire : « Un verre s'est cassé d, et de laisser même se dissimuler un instant le meurtrier derrière l'épée dont il a frappé.
^ Molière, Médecin malgré lui, I, i.
' Ce datif d*intérêt est, pour le sens, un véritable instrumental.
En latin classique, disions-nous tout à l'heure, le principe est de placer une préposition devant le véritable ablatif, auteur ou point de départ, et de n'en pas mettre encore devant l'instrumental ^ . De ce principe, il ne reste rien ou à peu près rien chez Marcellus; dans Tun comme dans Tautre cas, les prépositions explicatives sont employées sans scrupules, sinon avec discernement : de, ex, per, cum, ab, tour à tour, parfois indistinctement, expriment Tinstrument, Taccompagnement, la cause ou le moyen.
L'instrument :
P. 2^2, I : de canna occidere;
P. 807, 33 : de reste circumcingerc :
P. 34o, 6 : tundere de ligno ;
P. 377, 19 : superlinere de pinnula(p. 5o, 28 : inlinere ; p. 96, 1 1 : despumare) ;
P. 3 1, 20 : haec cum linteofronti imponantur;
P. 32, 2 : fomentum per spongias molles (sans verbe) ;
P. 32, 7 : aqua per spongiam expressa ;
P. 36, 25 : caput in licio alligatur ;
P. 69, 7 ; de manu slnistra muscam capies :
P. 78, 26 : per specillum adponitur (ce détail manque dans Scrib., 37) ;
P. 83, 20 : inlinito per linguam ;
P. II 4. 4 ' ligare de licio;
P. 89, 16 : novem grana hordei sûmes et de singulis varum punges perque singula puncta carmen dices, et projectis novem granis septem alia corripies et si militer de singulis punges et carmen septies dices, abjectis etiam his quinque sûmes et idem quinquies
^ Il convient de remarquer avec M. E. GoUilieux (Deux éditeurs de Virgile, 1S87, p. Il) que Virgile met parfois à Taccusatif avec in des noms ordinairement à l'ablatif sans préposition, étendant une liberté dont l'usage lui fournissait quelques exemples : in vicem, in modam ; on trouve ainsi : nixas in hastam, corripit in nodam, crines nodaniur in aurum ; se induel in florem : abus assez rare en somme, et qui peut, quelquefois au moins, être explique et justifié ; enBn c'est un poète qui parle et un poète moins scrupuleux qu*on ne le croit en général, quand il s*agit de mettre son vers sur ses pieds.
faciès, idem de tribus granis similiter, idem de uno similiter^:
ce qui n'empêche pas des phrases telles que celles-ci :
P. 33, 33 : ^1 in panno rufo lino rufo ligata; P. 1 42, 1 4 : de ipso puhere digito locum ab inlro continges ; P. i5o, 21 : postea ex eo (avec cela) pinnula oblinendae strumae, etc.
Ces exemples sont cités ici non pas en raison de ce que la préposition n'est pas exprimée devant l'instrument, mais parce qu'il semble qu'au voisinage d'autres circonstanciels ce soit plutôt le nom de l'instrument qui ait pu se passer de préposition explicative. L'explication elle-même est variable. Ainsi l'instrument considéré comme point de départ est expliqué par DE : frapper de Vépée ; considéré comme intermédiaire, c'est par PER * : vaincre par Vépée ; considéré comme simple circonstanciel, c'est par CUM : frapper avec Vépée, Aujourd'hui nous confondons tout cela ; on dit :
aimé des siens ou : par les siens ;
distinction facile à motiver dans les origines, à peu près impossible à définir dans l'usage. On dirait que ces mots de plus en plus fortement articulés, de, par, avec, soulignent des actions de plus en plus concrètes, de marquant une abstraction plus grande, une action moins accentuée que par, et par^ que avec :
accablé de chagrin ; accablé par le chagrin ; nourri de lait, nourri avec du Icût ;
* Veut-on savoir quelle est enfin cette mirifique formule qu'il faut répéter vingt-cinq fois ? La voici : %Mp\a xupia xa^aapia Œ0Up(i)p6i. Et la recette était d'avance qualifiée à^efficax remedium !
* On trouve, p. 54. i5et i8, les deux emplois suivants :
Haec jabebis per puerun virginem eommoveri ; Neqae a qaoqaam nisi a puero alio virgine contingaiar .
Ne cherchons pas ici des nuances que Marcellus semble avoir été bien incapable de distinguer.
et notons ici que l'abstraction, avec de, est telle qu'en général on supprime tout article. Mais comment donner, dans une grammaire française pour étrangers, des régies précises pour l'usage à suivre dans l'expression de ces imperceptibles nuances P A plus forte raison, les idées anciennes de point de départ, d'intermédiaire et d'accompagnement ne sont-elles plus précisées par l'emploi de telle ou telle préposition. Marcellus écrit : per specillum et : de pinnuta, on encore exceptionnellement: pinnula (abl.) : où est la différence de sens P L'essentiel était moins d'employer telle ou telle préposition, que d'en employer une, puisque la fin du mot ne se prononçait plus.
Le moyen est de sens plus général, moins concret que l'instrument ; nous relevons des exemples analogues :
P. 65, 21 : perungere de melle ; — p. 38, 27 : caput ex eo pe-
ranges ; P. go, 25 : exstinguere de lacle ; P. 296, II : Jieri de permixto :
P. 28, 20 : suco de moris facto ; P. 28, 27 : dolorem factam ex vino nimio ; P. 2g, 20 : ex his pannus linitur ; P. 2g, 35 : capat ex nitro lavari ; etc.
Un cas bien intéressant, mais dont Marcellus, ici comme ailleurs, n'est pas absolument le premier à nous donner l'exemple — il l'a seulement multiplié — consiste à mettre à l'ablatif avec EX ou DE, parfois à l'accusatif avec AD, la substance dans laquelle on en a fart cuire une autre ; en français, cuire à l'eau, au vin ; macaroni aujns, friture au beurre ; à signifiant non pas accommodé avec, mais aussi et surtout traité par, comme : fait au tour, peindre et peinture à l'huile, etc. Cet à français semble venir du latin AD, Marcellus disant passim :
ad ignem ;
ad emplastri modum ;
mais le plus souvent, c'est ex que l'on rencontre, soit avec des verbes :
hysopum ex pa^so decoctum, ex vino trita, coquitur ex olco.
furfures ex melle coctos,
teruntur ex aceto et rosa,
scobem ex aqua defervere faciès ;
P, 122, b : in sole haec omnia teruntur et ex aceto ;
soit même sans verbe aucun :
P. 32, 3g : cerotum ex irino oleo, cérat à l'huile d'iris ; P. 1 48, 32 : haec teres diligenter et adjunges aceti boni quartarium et dabis bibere ex aqua calida.
Assurément on trouve parfois cum et même in, mais c'est l'exception, et nous pouvons en somme affirmer que la manière ^ s'exprime chez Marcellus par l'ablatif, accompagné le plus souvent de la préposition EX,
Plus abstraite encore est la cause, ou du moins ce que les grammairiens appellent ordinairement la cause, bien improprement nommée régime inanimé du verbe passif dans l'exemple : moerore conficior, puisqu'on aurait même à l'actif : moerore aliquis me conjicit. De cette règle, il reste bien peu de chose dans le De medicamentis ; presque toujours le nom de cause, à Tablatif, est expliqué par une préposition qui est EX (rarement PER : p. i48, 34 : si per dolorem manducare non poterit) :
P. 28, 19: dolorem factum ex perustione,