ex perfrictione
34 : — — ex ictu aut casa ; P. 34, 8 : ex dolore capitis nauseam patiuntur ; P. 36, 10 : somnus difficilis ex dolore capitis ; P. 37, 18 : caput si ex frigore doluerit, etc.
' Sur la manière proprement dite, exprimée en fait par Tadverbe, j*avoue n'avoir découvert aucun exemple décisif de la résolution de l'adverbe en ses éléments ; faut-il croire que la synthèse, en ce qui concerne les pures abstractions, tenait bon et ne se laissait pas entamer ? Sans doute, puisque nous employons encore, autant que les Romains, Tadverbe de manière.
La transformation la plus curieuse à observer est sans contredit celle du génitif; ce cas, on le sait, était celui du rapport immédiat, c'est-à-dire que toutes les fois que deux noms dépendaient l'un de l'autre sans verbe intermédiaire, qu'il fût question d'exprimer la matière, la quantité, la qualité, la possesion, et tout le reste, le substantif dépendant prenait la forme du génitif, qui est ainsi par excellence et au sens le plus général du mot, le cas, non de l'origine, mais de l'espèce, le cas de la détermination. Ce cas avait pour synonyme général l'adjectif formé d'un nom, ce qui impliquait encore l'emploi d'une désinence :
Sulla-e bellum, Sulla-nnm bellum,
et resserrait encore le rapport par suite de la règle étroite d'accord en genre, en nombre, en cas. Susceptible d'exprimer tant de choses, ce cas ne comportait pas un sens bien précis.
Mais quelle était exactement l'étendue du mal ? En résultait-il une telle obscurité que la nécessité de résoudre le génitif en ses éléments fût très pressante ? Assurément non : en fait, c'est le dernier cas oblique qui ait disparu, et, en droit, il devait en être ainsi, puisqu'on réservait ce cas pour toutes les fois que l'on pouvait user, en supprimant le verbe, d'une expression syncopée ^ Si le génitif ne paraissait pas assez clair, on avait la ressource de rétablir le verbe suivi d'un autre cas; s'il l'était assez, à quoi bon l'altérer? C'est, dira-t-on, que la désinence disparaissait dans la prononciation P Mais les Français du moyen âge ont, pendant fort longtemps et sans dommage aucun, employé la simple juxtaposition pour exprimer sous leurs formes les plus simples les rapports les plus divers :
r Hôtel-Dieu, la Cour le Roi, de par(t) le roi;
^ Voici à cet égard un exemple Gicéronien bien significatif :
Pro Mur. 3 : N égal fuisse rectum Cato me. . , legem ambilus latorem. . . caa-
sam L. Murenae aUingere.
Pro Mur. 5 (réponse à l'objeclion) : Nam quod legcm de ambilu tuli. . .
nous disons fort bien aujourd'hui :
la femme Durand, Jules Michelet, la rue Drouot ;
où était, où est encore l'obscurité ? N'était-ce pas aussi, dans les cas les plus clairs, un excellent usage de cette règle de construction que nous employons aujourd'hui pour exprimer les cas droits, sujet et complément direct : Pierre aime Paul ? Mais au temps de Marcellus la règle de construction ne jouait encore aucun rôle en syntaxe ; et, en l'attendant, l'analogie faisait son œuvre, le génitif était traité en cas oblique ordinaire, et sa dislocation en était d'autant moins due à un besoin de clarté que la préposition qui l'exprimait, DE, est précisément toujours la même. La seule désinence du génitif tenait lieu, en grec et en latin, de celle des autres cas ; la seule préposition de en français peut, sans verbe, remplacer presque toutes les autres. Eît pourquoi ne pas ajouter qu'au début du moyen âge l'expression du génitif par juxtaposition — vraie règle de construction, la plus ancienne de toutes — a probablement suggéré l'idée et l'usage de l'expression des cas droits par le rang quMls occupent aujourd'hui dans l'ordre des mots ?
Ce cas tout spécial, qui exprime simplement toutes les espèces de rapports, comment est-il traité dans le De Medicamenlis ? Où en est sa déformation ? C'est ce que nous allons examiner.
Tout d'abord, Marcellus l'emploie assez souvent concurremment avec Tadjectif dérivé du nom :
P. 339, i3 : equinus sanguis, maxime admissarii equi ;
P. 256, 7 : summitatem veretri, vel imum ventrem ;
P. 75, 22 : fel ursinum atque hyenae cum melle optimo mixlum.,.
caligines eximit ; P. i42, 7 : jus in quo hirundinum pulli cocti fuerint, ... sed prae-
cipue contra synanchen prodest, si hirundininos pullos vivos in
nido prendas, etc.
Mais, comme nous l'avons vu, génitif ou adjectif sont très souvent remplacés par un autre cas, parfois l'accusatif, plus souvent l'ablatif, expliqués l'un et l'autre par une préposition. Non, encore une fois, que le choix de la préposition soit ici d'une bien grande importance : nos paysans disent indistinctement soupe aux choux (AD), et : soupe de choux (DE) ; l'essentiel est qu'il y en ait une pour marquer le
cas oblique, puisque la désinence ne s'entend plus, et que l'adjectif est encore une forme de la déclinaison casuelle. La préposition le plus souvent employée est DE : c'est DE qui a tenu lieu en définitive des particules susceptibles de désigner les rapports immédiats les plus divers. Il est bien difficile, disait Dietz^, « d'atteindre partout la véritable portée des mots qui n'expriment que des rapports » .
S'il était un cas qui paraissait ne pas devoir être expliqué par une préposition, c'était bien celui-ci qui représentait tant de sortes de rapports ; après les avoir ainsi simplifiés en les exprimant tous par un seul et même cas — immense progrès à coup sûr — n'allait-on pas revenir en arrière par l'emploi des prépositions les plus diverses et compliquer à plaisir des expressions depuis longtemps simplifiées ? Aussi s'explique-t-on fort bien ce que j'appellerais volontiers, sous toutes réserves, la résistance du génitif; il a eu, malgré l'atonie de sa désinence, la vie plus dure que les autres cas obliques. Et, malgré toutes les observations déjà faites sur l'emploi de prépositions au lieu du véritable génitif, nous pouvons dire que, de tous les cas obliques, c'est vraiment le moins entamé.
Il conserve encore, et d'une façon presque absolue, l'un de ses emplois, l'expression de la propriété :
P. 211, 26 : antidotani Hadriani,
et en pareil cas se construit après le substantif dont il dépend, au lieu de se placer avant, comme d'habitude. Faut-il voir dans cet usage l'origine de la règle de construction signalée par M. Clairin'^ : « Un nom de personne complément se joint sans intermédiaire au substantif complété ?» Il est vrai qu'il ne s'agit que des Serments de Strasbourg, où le substantif complément, tout comme dans la cantilène de Sainte-Eulalie, précède toujours le complété ; en sorte qu'à cette époque le génitif de la personne se place sans préposition avant son régime, les autres génitifs s'expriment par DE et se placent après. Cette expression du génitif sans préposition est conforme à l'usage des langues germaniques dans les mots composés, et à l'usage grécolatin. Mais l'analogie même avec tous les autres cas obliques a dû
* Gramm. des langues romanes, t. Il], p. i4i
* Thèse, 1880 : Du génitif latin et de la préposition DE, p. 176.
amener peu k peu, d'abord le renvoi de ce génitif après son substantif, et, après de longues années d'exception, sa traduction comme celle des autres par la préposition DE. Cette préposition devenue décidément bonne à tout, exprimant tous les rapports, a fmi par être accolée aux sujets ou aux attributs déplacés, comme pour signaler quelque cas qui n'était pas simple : // est honteux de mentir. Dieu hôtel est donc devenu hôtel-Dieu, et, s'il ne s'était cristallisé sous cette forme, ce serait de nos jours hôtel de Dieu.
La place ordinaire du génitif dans Marcellus est, en somme, immédiatement avant le substantif; cette régularité de construction quand il est conservé, jointe à sa dislocation dans la plupart des cas, est donc tout ce que nous pouvons observer chez lui : il serait excessif d'en conclure que la future indication du génitif par juxtaposition est déjà nettement indiquée. Disons seulement que, d'une part, ce cas se dissociait parfois en deux éléments comme ceux dont il tenait lieu, et se trouvait ainsi ramené à ces autres cas obliques qu'il remplaçait depuis longtemps ; du reste, ce retour ne compliquait guère l'expression, puisqu'il s'opérait presque entièrement par la préposition DE ; on ne se gênait plus pour séparer par des prépositions deux substantifs sans verbe intermédiaire ; — d'autre part, dans les occasions nombreuses où il était encore conservé, il était placé de telle façon que la construction semble avoir joué ici, pour l'éclaircissement de son sens, le rôle que la préposition jouait à l'égard des autres cas obliques. Mais, en fait, ce cas omnibus n'avait guère besoin d'être éclairci, puisqu'on l'employait seulement dans les rapports les plus clairs. L'essentiel était que sa désinence devenue atone ne le fit pas confondre avec le nominatif ou l'accusatif ; la construction y pourvoyait : de deux noms juxtaposés, en cas de doute, il devait être entendu que le premier était un génitif.
Si le génitif tient bon encore, que dire des cas droits, de ces cas qui devaient survivre dans notre vieux français jusqu'à l'époque de Joinville, soit plus de neuf siècles entiers? Ici, pas d'analogie possible avec l'explication des cas obliques ; pas d'analyse possible, le rapport étant on ne peut plus simple. Et cependant ne fallait-il pas déjà se
prémunir contre l'atonie croissante des désinences ? Pourquoi supposer que rosa se distinguerait plus facilement de rosam, que rosae de rosa (abl.) ? Et qu'y a-t-il de plus important à distinguer, que le sujet de l'objet?
Constatons d'abord que le livre de Marcellus est fait pour être lu, non pour être parlé, et que l'orthographe semble en avoir été impeccable : dès lors, nulle confusion n'était possible entre les deux cas. Du reste, nous n'avons nullement prétendu dire que les prépositions aient servi uniquement à remplacer les désinences fléchissantes, mais que servant de plus en plus à éclaircir, dans le langage parlé, le sens véritable des cas, leur action avait concordé avec une tendance naturelle aux Romains et plus encore aux Gallo-Romains : celle de ne pas prononcer les désinences, — et qu'en conséquence la chu le des désinences obliques en avait été précipitée. Mais il n'en était pas de même des cas droits : jamais une préposition, jamais surtout une régularité quelconque dans la construction n'en était venue préciser le sens syntaxique ; on devait donc les prononcer d'autant mieux, ou, si l'on veut d'autant moins mal. La désinence des cas obliques précédés d'une préposition est tombée, et avec quelle lenteur ! par suite d'un double emploi : ici point de double emploi possible, partant conservation relative de la désinence. De plus, les désinences des cas droits étaient assez caractéristiques pour être entendues, surtout au cas régime : si Vm final s'élide devant une voyelle, il a sa pleine valeur devant une consonne, et Ys du pluriel est tellement fort que nous le subissons encore dans les liaisons et dans la règle de nos rimes. Enfin — et nous pourrions insister longuement sur ce dernier point — il n'est pas rare qu'en latin même il n'y ait qu'une seule forme pour les deux cas droits : noms neutres, pluriels de la troisième, de la quatrième et de la cinquième déclinaison ; nulle règle précise de construction : leurs phrases en général y ont-elles beaucoup perdu de leur clarté? Rien, disions-nous, n'est plus important à distinguer que ces deux sens, nettement opposés, du sujet et de l'objet ; par conséquent, rien n'est plus facile, rien ne se fait plus aisément, la distinction s'opère d'elle-même, et, comme on dit, le sens général de la phrase peut suffire à l'intelligence de ces cas, sans autre auxiliaire particulier.
Ne nous étonnons donc pas de ne rien trouver dans le De Medicamentis qui annonce nos règles modernes de construction pour les cas
droits ; il s*est écoulé plus de temps entre son époque et rétablissement définitif de cette règle qu'entre cet établissement et notre époque à nous : dix siècles d'un côté, sept à peine de l'autre. Il a fallu bien des dissociations de cas ou de modes obliques avant d'arriver à la destruction formelle des modes et des cas, et encore le travail, en ce qui concerne le mode, est-il loin d'être achevé. Nous le verrons commencer dans le chapitre suivant.
Mais retenons que Marcellus a tellement multiplié — bien inconsciemment — les auxiliaires de la déclinaison, que le principe même de celle-ci est désormais gravement atteint. Ce n'était plus un simple progrès, mais une métamorphose. L'emploi de la préposition, sa place, sa répétition était quelque chose de nouveau par ce qu'il avait de systématique en fait : avec la préposition, l'esprit d'analyse se révèle d'une façon matérielle, il s'accuse, s'accentue, se fortifie, et, comme la boule de neige, vires acqvdrit eundo. Rien ne l'arrêtera plus désormais.