‹ Marco Visconti, histoire du xive siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 6 · DE LA MORT DE MA.RCO VISCOIITI · texte numérisé non relu

DE LA MORT DE MA.RCO VISCOIITI

9iaTENTE.

u Du sang!.... du sang !...• les seuils fumans d*un <c palais à hautes tours en 'sont rougis! Une foule de u gens aux visages égarés y accourent avec fureur <( de toutes parts; ils s'entremêlent. Le sol en fouru mille.

« Malheureux, qui êtes- vous?... Il me semble.... ou « me trompé-je ?... mais non, je vous reconnais au « gros serpent qui resplendit sur vos armes, à la noble « hardiesse de vos figures. Milanais ! pourquoi cette (( grande douleur?...

«< Voilà que la foule intimidée s'ouvre. Un soldat , u se couvrant les yeux de sa main droite, montre de u Tautre un homme percé de coups qui, renversé dans u la poussière , palpite encore.

<( Cest Marco ! ce foudre de guerre, cette lumière aux « sublimes conseils, qui, sur la terre d'Italie, émoussa u si souvent les- serres des Guelphes, la gloire et IV a mour des Lombards !

ic Hélas ! pleurez ce rayon ardent qui s'est éteint sur

<! le visage du héros ! sur ce visage qui respire encore u le courage même sous les voiles de la mort ! Oui , u pleurez le fil coupé de ses jours !

« Mais quels mots terribles s'élèvent de la foule et << se propagent ! 0 crime ! Les frères , le neveu ont levé <( leurs mains impies sur ce grand homme... le sang a « donc trahi son propre sang ?

« Approche-loi , parle-moi ouvertement , toi qui as «c été son ami. — £st-il vrai , comme on Ta dit , que « son ame orgueilleuse fut domptée et qu'il fléchit «( devant les charmes d'une jeune fille?

« 11 ne répond pas. II sort du milieu de la foule et u il méprend en croupe en pleurant. Nous chevauchons « par des chemins tortueux , nous galopons dans Vé- K paisseur d'une forêt; le coursier s'arrête devant un u ch&teau.

« Les portes s'ouvrent ; le pont s'agite d'en haut, se a balance et descend ; les gonds crient , les roues craie quent, les barres, les verrous et les chaînes retente tissent , mais ame vivante ne paraît.

«( Dans les cours , sous les portiques environnans , <c sur les terrasses qui serpentent en haut, on ne voit « pas même une ombre. Pas un souffle , pas .une dé- « marche ne se fait entendre. L'air même parait mort » dans ce lieu.

« Vers le soir, une faible lumière colore les arceaux u d'un vitrage au fond des portiques , bien loin , bien «< loin.

« Elle vient d'un flambeau qui éclaire la bière igno- <c rée d'une vierge illustre ; lumière inutile aux tré- « passés!

u Penchée sur le dur et froid oreiller, son visage «( pâle et pourtant encore frais comme la rosée, « repose dans une attitude de paix et presque d'a- «c mour.

u Sur son cou d*i?oire et sur son sein de neige , sa <c chevelure légère s*élend jus(pi*à ses pieds , image « d'un voile d'or!

a Sa bouche s'entr'ouvre à un sourire céleste; la u violette cachée, encore intacte, ouvre ainsi son sein t( plein de rosée.

u Son œil virginal , à moitié voilé comme celui d'un u ange endormi , parait souhaiter de revoir encore le « jour.

ic Âme élue ! si jamais l'amour t'amène du ciel pour «t visiter ta belle dépouille

«( Mais quel est ce triste son de paroles sacrées qui <c s'élèvent dans le lointain tremblant, au milieu de « l'air immobile, le long de la vaste plaine? Toujours u et toujours ce bruit s'approche , on entend le pont «c retentir profondément sous les pas de gens inconnus : «( ils passent, ils passent, ils vont, ils vont.

«( Cependant les ténèbres s'éclaircissent , voilà les t( moines avec leurs Capes noires , qui avancent lenteu ment sur deux files égales.

u Six barons , richement vêtus , les suivent sous la «i charge glorieuse de la dépouille de Marco, enfermée tt dans son armure.

u Ils placèrent silencieusement dans la même cellule

<( obscure, dans un seul lit de mort, la plas belle et «( le plas*fort.

<c Lorsqu'on releva la visière , le visage du guerrier » parut sourire près de celui de sa bien aimée. »

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