‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 11 sur 51 · I.A IKMMK DANS i/aVENIR · texte numérisé non relu

I.A IKMMK DANS i/aVENIR

la société, Madame d'Alvarez , nalurellenient oonfiaiUe, expansive, après l'infâme piège dans lequel elle était tombée , redoutait constamment de trouver sur son chemin des âmes basses et viles comme celle du chevalier d'IIazcal! ou bien des cœurs égoïstes et secs connue celui d'Olivera.

Lorsque Méphis entra dans le salon, il trouva Maréquita toute pensive. — Qu'avez-vous , chère amie? vous paraissez bien triste aujourd'hui?

— Hélas ! qui ne le serait en songeant que Dieu ne permet pas à une seule de ses créatures d'être heureuse sur cette terre? — Le marquis Giiilio de Torepa sort d'ici; — ce jeune homme a une tête de séraphin, beaucoup d'imagination, une certaine hardiesse de pensée, possède cinq cent mille livres de rente, et avec tout cela il est malheureux!

— Et cela vous étonne? Maréquita, si comme moi vous aviez étudié les causes des" malheurs qui affligent la société, dégradent l'homme, avilissent la femme, vous verriez, ma chère amie, que le mal prend racine dans

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l liommc même ; dès le moment où il sera assez éclairé j)Our voir que l'intérêt même de son égoïsme lui commande d'être bon, généreux, franc et exempt de toute vanité, oh! de ce moment sa position changera. — Ce qui perd l'homme, c'est sa faiblesse, son défaut de réflexion, sa stupidité! il croit sans examen, et agit sur la parole d'autrui.

— De grâce , Méphis , laissez-nous nos croyances; oh! ce sont des consolations pour nous pauvres femmes, qui ne comptons pour rien dans les sociétés humaines ; au moins, la loi religieuse nous accueille , et la foi , par la personnification de la Vierge , associe dans le ciel la femme à la Divinité.

,jj— Chère amie, vous n'avez donc pas compris mon tableau de la femme guide de l'humanité?

— 1Mon ami , je crois votre pensée très belle , mais je crains qu'elle ne soit prématurée;— la femme de nos jours ne sait encore que pleurer, prier et se sacrifier.

— Malheureuse enfant , et c'est là justement la cause de nos maux.

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— Cependant que doviondrait noire sooiék^ sans le dévouement de la femme ?

— Maréquita , ce dévouement, pour être utile, devrait se conformer aux impulsions de la nature. Eh! quel bien nous fait ^ je vous prie, le dévouement de la jeune fille qui, pour obéir à la volonté de son père , ou pour le sauver d'une ruine complète, abandonne son amant, renonce aux douces joies de son amour, sacrifie tout son avenir, en consentant à épouser un vieillard riche , dont la fortune sans doute soutiendra la maison de banque du beau-père , mais dont les goûts , l'humeur lui sont antipathiques ? — Chère amie , pouvez-vous songer sans frémir à la somme de maux qu'entraînent ces unions mal assorties , toujours le résultat de ce beau dévouement des femmes ! — Ah ! Maréquita , détrompezvous, non seulement vos dévouements n'adoucissent en rien nos malheurs, mais presque toujours, au contraire, ils nous en occasionnent déplus grands.

Les sacrifices que vous faites pour nous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand ,

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sont autant dv croix ((u'il nous iaul portcitoute notre vie ! — Vous dites que , dés votre enfance , notre égoïsme vous martyrise ; pour vous rendre plus séduisantes, sachez que ces corsets dont vous parliez sont cause des plus grands maux. — D'abord (et ici je vous parle comme médecin), ils empêchent le développement du corps de la jeune fille en guépûiitsai taille , ils oppriment les organes internes qui lui seront d'une si grande importance quand elle deviendra mère! — Qu'arrive-t-il ? La jeune fille se maiûe, devient enceinte, continue à porter le corset aussi tard qu'elle le peut; sa grossesse en est plus pénible, ses couches plus périlleuses , et enfin elle met au monde un enfant faible , rachitique et souvent difforme; — voilà donc un être destiné à souffrir toute sa vie, et cela parce que sa mère, sa grand'mère, sa bisaïeule, etc., etc., ont fait pour plaire aux hommes le sacrifice de leur santé ! — A part le premier malheur que le corset inipose à cette débile et souffrante humanité européenne, le corset entraîne avec lui des conséquences morales non moins funestes.

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L'homme, liabilué à ne voir dans la femme qu'une petite poupée , dont tout le mérite se trouve renfermé dans le plus ou moins de largeur de sa ceinture, ne peut nécessairement considérer cet être-là comme son égal ; — il ne sent en elle ni force corporelle , ni vigueur morale, et ne peutlui demander ni aide pour ses travaux , ni inspirations pour sa pensée : — à ses yeux , la femme se résume en un joli jouet , qu'il faut tenir sous un p-lobe , comme un bouquet de fleurs artificielles que la poussière peut ternir. — Qu'arrive-t-il, avec cette manière d'envisager les femmes ? lorsque le joli jouet est fané , ou la rose flétrie (pour me servir de la comparaison classique), on la jette avec dédain, pour remettre sous le globe une rose nouvelle; bouton à peine éclos et brillant de fraîcheur. — En agissant ainsi, croyezvous, Maréquita, que les hommes aient tort? non, ils sont conséquents.

— En vérité, monsieur Lysberry , dit Maréquita avec humeur, vous êtes désespérant, votre manière d'analyser la vie la dessèche ; — je suis très loin d'être amie des corsets, car ils IL 7

me gênent et me donnent des palpitations , mais jamais je n'avais songé aux terribles conséquences que vous leur attribuez.

— Hélas ! voilà votre malheur , à vous autres femmes, vous n'examinez nullement ce à quoi vous croyez, et n'approfondissez pas les questions.

— Monsieur, nous sentons et voilà tout.

— \j' intuition! oh ! c'est beaucoup, c'est la voix de Dieu qui vibre en nous, — c'est la réverbération de la lumière divine, et je m'incline devant vous qui en possédez une plus forte dose que nous autres hommes; mais, mon enfant, cela ne suffît pas.

IVIaréquita devint rouge j elle prit un petit air boudeur, comme l'enfant gâté qui n'est pas habitué à être contrarié ; — pour la première fois, un homme osait lui dire qu'elle n'était pas absolument parfaite. — Méphis lisait dans son ame et voyait avec peine ce qui s'y passait. — Pauvres femmes! pensa-t-il, vous dont la supériorité serait manifeste si vous aviez la conscience de votre valeur , vous êtes petites comme des enfants devant im homme

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assez fort pour oser vous dire la vérité! — Je vous le répète, Maréquita, nous ne serons tous réellement heureux que lorsque la femme sentira toute l'importance de son rôle. — Oh ! sa mission est belle et sainte I — Grandir l'homme, doubler ses forces, lui inspirer l'idée des bonnes choses, les lui faire exécuter, en un mot être l'intermédiaire entre Dieu et l'homme, existe-t-il rien de plus élevé ? Et qu'elle est sublime la joie de cette femme qui peut se dire : — C'est d'après mes pensées, avec mon amour, que ce peintre a composé son magnifique tableau ; que ce poète a chanté les merveilles de la nature ; que ce savant en a découvert les secrets et appliqué l'utilité. ~ Maréquita, lorsque les femmes seront éclairées sur leurs devoirs et sur le but qu'elles doivent donner à leur vie, leur amour sera véritablement cette lumière divine, dont les Écritures parlent comme devant conduire l'homme au travers de l'obscurité. — Cher ange , mon langage va peut-être vous paraître un peu rude, mais vous me pardonnerez ma sincérité en faveur de l'amitié ar-

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dciilc, dévouée ot pleine de sollicitudes (jue j'ai pour vous. — Oh ! je vous aime tant, que Tespoii' de vous être utile me fait affronter jusqu'à la crainte de vous déplaire; — mon affection pour vous ne ressemble pas à celle de ces mères qui étouffent leurs enfants en les caressant;— non, j'agis comme le Christ, il flagellait rhimianité , mais il l'enseignait et la sauvait.

Heureuse d'avoir trouvé enfin un ami tel qu'elle le désirait, Maréquita se laissait allei' au charme inépuisable de cette douce intimité, et trompée encore une fois par son imagination, elle crut que cette simple amitié pourrait suffire à son bonheur.

Méphis passa toute la journée avec Maréquita ; après dîner, ils allèrent d'abord se promener au bois de Boulogne, ensuite ils se rendirent à l'Opéra, enfin ils ne se séparèrent qu'à deux heures du matin. — Pendant tout ce temps il avait saisi avec une adresse admirable toutes les occasions de lui prouver, par des exemples, que le dévouement mal entendu des femmes aufijmente les maux de la société.

Aussi , (juand Maréquita fut au lit , elle

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son{i;cM avec cdioi que son clévoucniciil pour Olivera n'avait scivi cju'à cless('cher le cœur (lu jeune étudiant , en lui persuadant que pas une femme n'était vertueuse , et que cette conviction avait fait de lui, à vingt-ci luj ans , un libertin blasé. — Elle se rappela que son dévouement pour son père, en la condamnant à vivre ( car maintenant elle ne se sentait plus la force de se tuer), n'avait eu d'autre résultat que d'abréger les jours du vieillard, en le faisant mourir lui-même de chagrin y — elle songea enfui au sacrifice de Clotilde envers sa famille, sacrifice qui la fit renoncer ta son amour pour épouser milord M ,

briser l'existence de son amant, déshonorer son mari , plonger dans l'affliction sa mère et sa sœur, et en définitive l'entraîna, elle, la vertueuse Clotilde, à la prostitution. — Tous ces exemples justifiaient tellement Topinion de Méphis, qu'elle ne trouvait pasini argument pour la combattre, et cependant IMaréquita répétait sans cesse : — Mais quel serait pour la femme le but de la vie, si ce n'était le dé- \H)ucment?

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